Oran - Revue de Presse

Le phénomène prend des proportions inquiétantes



80% des viandes proviennent de l’abattage clandestin Le danger est là, tout pesant pour les consommateurs qui achètent une viande au statut sanitaire douteux. En effet, «80% des viandes proposées à la vente sont d’origine inconnue» et c’est un responsable des services vétérinaires qui le souligne. A quelques bornes de la ville d’Oran, plus exactement au niveau de la localité de Hassi Bounif, c’est carrément une tache qui noircit davantage le tableau de cette commune en terme d’hygiène et de salubrité publique. Avec son marché de fruits et légumes insalubres et surtout ce cortège de va-et-vient de voitures qui viennent de toutes parts pour acheter une viande malade, issue d’abattage clandestin! Un abattage clandestin qui se fait au grand jour dans des locaux qu’abrite une ferme située à la sortie du village, non loin de la zone de Hassi Ameur. Ici, l’hygiène du milieu est une vue de l’esprit dans ces lieux insalubres réputés de tous les dangers, sanitaires, s’entend. Des lieux où les animaux au statut sanitaire inconnu sont orientés vers l’abattage. Ces animaux peuvent présenter certaines maladies parasitaires, comme cette brebis qui a été sacrifiée, avant-hier, devant nos yeux ou encore ces chevreaux et autres génisses, en l’absence de tout appareil de contrôle sanitaire et répressif. Des locaux illégaux où maquignons, sacrificateurs et autres véreux se sont donné rendez-vous pour vendre une viande de qualité douteuse à un prix, en tous les cas, pas gratuit et avec tout ce que cela suppose comme danger potentiel à la santé humaine. Ici, dans ce marché de viandes improvisées, on ne vend pas au kilo mais au quart, comme nous le dit ce jeune maquignon qui se dit prêt à nous faire un bon prix! entre 400 à 450 Da le kilo, ce «poison!», un prix alléchant qui attire de nombreuses ménagères à l’approche du mois de Ramadan. Les tripes (avec foie) se négocient à 800 Da. Vous pourriez même le contacter facilement dans le cas où vous voulez faire une commande. Même à domicile. Son téléphone portable est affiché même sur le mur du local. Et tant pis, si on abat un animal enragé, tuberculeux ou encore présentant un kyste hydatique, entre autres zoonoses transmissibles à l’homme, la brucellose, comme le dit un vétérinaire qui ne comprend pas que le cas de Hassi Bounif jouit d’une telle impunité. Le maire de Hassi Bounif, lui, est du même avis et confie, avoir «déposé deux plaintes, l’une à la justice et l’autre à la brigade de Gendarmerie nationale locale, contre des fermiers qui sous-louent leurs locaux en violation de la loi. Les plaintes sont restées sans suite». La santé du consommateur réellement menacée «La vigilance, la lutte semble être un bien vain mot face à l’ampleur du fléau qui n’est pas restreint à cette commune mais qui touche d’autres communes, d’autres marchés hebdomadaires», comme le déplore M. Kébir, responsable de l’inspection vétérinaire qui met en avant un sérieux problème de santé publique. «C’est une véritable bombe à retardement. 80% des viandes qui sont proposées à la vente ont un statut sanitaire inconnu. Parce que d’origine inconnue. Et ce, dit-il, malgré l’existence d’abattoirs à Gdyel, El Mohgoun, El Braya, Oran, Misserghin, Boutlélis, bref, des structures d’abattage qui peuvent ainsi réduire les risques sanitaires...» Je me demande aussi si par ignorance des élus, on ferme les yeux sur ce phénomène ou si les citoyens sont mal informés ou, à défaut, complices. Je comprends bien que les gens veulent acheter quelque chose de moins cher mais de là à acheter une pareille viande, c’est carrément de l’inconscience». La situation est d’autant plus alarmante lorsqu’on sait que cette denrée nécessaire à une bonne chorba, en ce mois de Ramadan, est consommée par une grande partie de la population, comme le déplore ce père de famille qui ne comprend pas pourquoi le cachet bleu du vétérinaire a complètement disparu: «Je reconnais que les gens soient boulimiques en ce mois, mais de là à nous faire manger des microbes, c’est purement criminel». A la rue des Aurès, véritable maquis où il faut jouer aux coudes pour se frayer un chemin, c’est le même constat, la même déception: la plupart des viandes exposées au niveau des étalages des bouchers ne sont pas estampillées. Absence de contrôle quand tu nous tiens! Là où le bât blesse, c’est qu’il n’y a pratiquement pas ou presque de contrôle des services de la répression de la fraude et de la qualité. Un terme que n’entend pas de cette oreille le directeur du commerce régional ouest par intérim, même s’il reconnaît les insuffisances en la matière: «Nous ne sommes pas les seuls à endosser les choses. Nous avons certes une part de responsabilité dans cette mission de salubrité publique, néanmoins énormément d’efforts doivent être faits pour réduire les risques alimentaires. On s’est assigné un objectif et je peux avancer non sans rougir, que beaucoup de choses ont été faites en terme de campagne de sensibilisation, d’information et interventions». Et, de poursuivre: «La plus grande responsabilité incombe aux citoyens. Des citoyens qui sont complices comme ceux qui ont transformé leurs maisons en lieux de tueries des animaux. Autrement dit, qu’est-ce qu’on peut faire au plan réglementaire? Même les services de la Gendarmerie ne peuvent rien faire dans ce cas de figure sinon à jouer au chat et à la souris!» Il faut dire que les données avancées par l’inspection vétérinaire donne froid au dos lorsqu’on apprend qu’Oran recense à elle seule, pas moins de 28 points noirs, à l’exemple de ces marchés hebdomadaires de Béthioua, de Benfréha, de Gdyel, et où la viande est exposée dans des conditions alarmantes. Pire encore, certains avancent que le marché de la viande provient pour une bonne partie des tueries clandestines, comme celles connues à Hassi Mefsoukh et Gdyel. Le consommateur est-il bien informé sur ce sujet, surtout sur ce qu’il mange comme viande douteuse, cachectique, fiévreuse, cadavérique ou pisseuse? Est-il conscient du risque qu’il encourt lorsqu’on apprend qu’une prise en charge médicale coûte 12 millions de centimes à l’Etat par jour pour une simple intoxication. Autre indicateur effrayant: les intoxications alimentaires ne cessent d’augmenter, comme le déplore un autre médecin qui tire la sonnette d’alarme sur ce problème de santé numéro un. Une véritable bombe à retardement. C’est dire que la santé n’a pas de Prix.   Safi Z.
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