L'Utica, l'organisation patronale
tunisienne, est en crise. Le départ de Hedi Jilani, lié par des liens de
parenté aux clans Ben Ali-Trabelsi, n'a pas suffi. Des entrepreneurs tunisiens
qui ont subi la prédation sous les années Ben Ali veulent une remise à plat.
Le 19 janvier dernier, deux cents chefs
d'entreprise ont décidé que la révolution devait s'étendre à l'UTICA, Union
tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, pour déboulonner Hedi
Djilani, 63 ans, de la présidence de la centrale patronale. Ce n'était pas le
difficile à faire. Hedi Jilani, lui-même, ayant compris qu'il est temps de
passer la main. Sa dernière vraie action remontait à début janvier, alors que
le mouvement enclenché par le martyre de Bouazizi faisait bouger la société
contre le régime. Hedi Jilani annonçait au nom de l'UTICA une campagne pour
engager 50.000 diplômés des universités durant les quatre à huit semaines à
venir". Le patron des patrons enjoignait aux entreprises tunisiennes de
" procéder immédiatement " à ces recrutements supplémentaires pour atteindre
au moins 4% du total de leurs effectifs en donnant "la priorité aux
chômeurs de longue durée et aux enfants de familles nécessiteuses ". Exit
Jilani. Mais la nouvelle direction qui a émergé de la " révolution "
au sein du patronat, Hamadi Ben Sedrine, Ali Slama et Zohra Driss, était
cataloguée plutôt proche de l'ancien patron des patrons. Le 25 janvier, l'UTICA
a annoncé sa " séparation " du Rassemblement constitutionnel
démocratique (RCD) et de tout autre parti politique. Un changement en douceur
avec une mise en garde sur le risque que l'instabilité fait peser sur
l'économie avec un risque de réduction des " flux d'investissement direct
étranger et la création d'emplois ". Le plus important estimait sagement
l'UTICA sans Jilani est de revenir à la " stabilité et la sécurité afin
que les activités économiques retrouvent leur rythme normal ". Mais
l'Utica, si fortement liée au régime, pouvait difficilement se passer d'une
vraie crise. Elle est en cours.
l Discrédit
Plus d'un millier de chefs d'entreprises viennent de signer une
pétition pour un changement radical au sein de l'organisation patronale. La
représentativité de l'UTICA est mise en cause, le départ de Jilani ne suffisant
pas à la laver de son statut de faire-valoir de l'ancien régime. Les
pétitionnaires estiment, en effet, que l'UTICA est totalement démunie de
"la crédibilité et l'indépendance nécessaires pour se démarquer des
pratiques de l'ancien régime". Ce que veulent ces contestataires est tout
simplement une remise à plat de l'organisation avec la mise en place d'un
comité indépendant qui sera chargé " du renouvellement intégral des
structures professionnelles et l'organisation du congrès avec une réflexion sur
la préparation d'un projet de refonte des statuts et du règlement
intérieur". Une réunion du Conseil national de l'UTICA prévue au début du
mois n'a pu avoir lieu, le siège de l'organisation ayant été envahi par des
patrons contestataires. Le Bureau exécutif contesté n'en continue pas moins
d'assurer le service minimum en appelant le gouvernement provisoire a créer un
Fonds d'urgence pour indemniser les entreprises industrielles, commerciales et
de services, ainsi que les artisans qui ont subi des dégâts au cours des
tumultueuses journées de la révolution. Il n'en a pas moins pris acte du fait
que sa légitimité est contestée et a décidé de réviser le statut et le
règlement pour hâter la tenue du congrès. L'UTICA, plus que l'UGTT qui vient de
perdre son statut de syndicat unique avec le lancement de la Confédération
générale tunisienne du travail (CGTT), peut difficilement échapper aux remises
en cause.
Autoprotection par autolimitation
Les acteurs économiques nationaux,
contrairement aux étrangers, n'avaient que des moyens passifs - ne rien faire -
pour échapper au clan Ben Ali-Trabelsi qui, selon certaines sources, avait fait
main basse sur au moins 40% de l'économie tunisienne. Nombre de ces patrons
affirment aujourd'hui - et il est difficile de les démentir - avoir été
contraints à s'associer aux membres du clan. Il est admis que le niveau des
investissements réalisés par les Tunisiens a été considérablement affecté par
la stratégie d'autolimitation des entrepreneurs. Mahmoud Ben Romdhane,
professeur d'économie à l'université de Tunis, et membre du secrétariat
d'Ettajdid (ex-parti communiste) estime que 200.000 emplois potentiels n'ont
pas été concrétisés entre 1955-2010 du fait de ce choix passif d'autoprotection
des investisseurs tunisiens.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Oussama Nadjib
Source : www.lequotidien-oran.com