
«Les paroles s'en vont, les écrits restent», dit le proverbe. La métaphore illustre parfaitement la différence entre l'intangible (la parole) et le tangible (l'écrit), et par delà l'importance du second pour immortaliser le premier. Combien d'inventions, combien de créations se sont perdues dans les replis de l'histoire parceque leurs auteurs n'avaient pas pris la précaution de les confier à des supports qui résistent au passage du temps et à l'action dévastatrice des hommes ' La mémoire est faillible, oublieuse et passagère, s'éteignant avec la disparition de l'individu. La parole, le geste et le savoir subsistent avec tant que subsistera celui qui les produit ou s'il les transmet à la descendance. C'est là toute la problématique du patrimoine intangible et de sa préservation. L'Homme en avait déjà pris conscience quand il vivait encore dans les cavernes et les abris sous-roche. C'est bien parce que nos ancêtres avaient reproduit sur les parois rocheuses de leurs habitats préhistoriques des scènes de chasses et les animaux qu'ils côtoyaient que nous avons aujourd'hui cet art pariétal qui nous donne même une idée sur la vie durant ces périodes.
La confection d'un plat, d'un ustensile ou d'un habit sont un savoir-faire individuel d'abord, qui ne deviendra collectif que par sa transmission et pérenne que par sa transcription. Il en est de même pour les paroles, les gestes, les mouvements et les figures qui composent un poème, une danse, une parade ou une exécution. Le «transmis de père en fils» ne peut garantir la préservation du patrimoine immatériel, surtout si le fils refuse de mettre ses pieds dans les traces du père, ce à quoi nous assistons aujourd'hui et qui fait peser sur ce patrimoine un risque de disparition pure et simple si rien n'est fait. Combien de fois n'a-t-on entendu un vieil artisan se plaindre de ne pas trouver une relève ' Qui achète de nos jours une kachabia, un burnous, une gandoura, un plateau de cuivre, une aiguière ' Relation cause-effet, le «vieux» ayant perdu son attrait, les jeunes s'en détournent. Cette défection est aussi le résultat de mutations socioéconomiques qui ont induit de nouveaux modes de vie et comportements. Désormais, on va au restaurant pour manger un couscous -qui est produit industriellement-, un bouzelouf ou une loubia aux pieds de veau (ils ne tarderont certainement pas, eux aussi, à devenir un produit industriel). Il en va ainsi de presque toutes les productions qui font partie de notre patrimoine culturel que nous
délaissons par paresse et par ignorance de sa valeur. Le patrimoine intangible est un acquis de et pour la société. A ce titre, il lui revient de le préserver, aidée en cela par les institutions concernées qui ont aussi leur rôle à jouer dans la formation, la promotion et la pérennisation des pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire de notre patrimoine immatériel.
H. G.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Gherab
Source : www.latribune-online.com