L'avalanche des commandes annulées réduit considérablement le chiffre d'affaires de l'entreprise. "Dès que le téléphone sonne, c'est pour une annulation. On ne parle même plus de report", déplore le dirigeant de la PME. Le carnet de commandes est vide, la trésorerie se tarit...Le téléphone ne sonne plus. Et quand ça arrive, c'est pour annuler les commandes. Le bruit des machines a cessé pour laisser place à un silence qui a envah i l'atelier duquel se dégage le mauvais parfum de l'humidité d'intérieur renfermé. Toufik Saïm ne dort plus, ses nuits sont comme un cauchemar qui n'en finit pas. En cause, son entreprise de production de parfums et de produits de beauté est fermée.
Le coronavirus a eu raison d'elle. Depuis le 15 mars passé, l'entreprise, qui produit des déodorants et des parfums, a subi l'effet très violent de la crise sanitaire. "C'est sans précédent. Sur quatre semaines, nous perdons l'équivalent de 45% de notre chiffre d'affaires", enrage le patron de la petite entreprise. "Si dans certains établissements l'activité est fortement ralentie, dans d'autres elle est nulle depuis le début de la crise", ajoute-t-il.
Si pour l'heure, les grosses boîtes tiennent, les microentreprises sont emportées par le tsunami du corona sans qu'on puisse y opposer la moindre résistance. Les prévisions optimistes de Toufik, qui pensait que le printemps allait être "parfumé" par sa production, ont été balayées. Lui qui sortait d'une année fortement impactée par le Hirak.
"Le mois de mars devait être le mois qui allait permettre de rattraper la baisse subie à cause des mouvements sociaux", espérait-t-il. "C'est une grosse claque. Cela nous impacte profondément. J'ai traversé le mois d'avril difficilement et ce le sera aussi pour le mois en cours", s'inquiète Toufik qui, malgré tout, a décidé de garder ses employés. Il emploie quinze travailleurs à plein temps.
"Nous avons 15 salariés, mais nous ne pensons pas recourir au chômage, même si la période est compliquée. Ce ne serait pas agréable pour eux. Nous avons décidé de reprendre la production tout en prenant à notre charge beaucoup plus de mesures de sécurité nécessaires", a-t-il décidé. Cependant, la relance de l'activité ne garantit nullement la sortie du tunnel. Le marché est en berne.
L'avalanche des commandes annulées réduit considérablement le chiffre d'affaires de l'entreprise. "Dès que le téléphone sonne, c'est pour une annulation. On ne parle même plus de report", déplore le dirigeant de la PME. Le carnet de commandes est vide et la trésorerie se tarit rapidement.
La matière première achetée risque d'être périmée faute d'utilisation. Une perte qui viendrait aggraver un déficit qui vire au rouge. Difficile d'avoir une visibilité au-delà d'un mois. Pour une entreprise de cette taille, c'est mortel. Comme la plupart de ses collègues, le patron passe ses matinées à éplucher sa comptabilité. "Il faudrait trouver des solutions immédiates. Mais là, je ne vois pas comment nous pourrons nous en sortir", regrette-t-il.
Depuis une semaine, la situation est alarmante pour cette entreprise qui n'a le choix que de reprendre le travail partiellement, avec moins d'effectif, pour éviter la faillite et surtout se préparer à l'après-coronavirus. "Un grand groupe peut se permettre de traverser une crise de plusieurs mois. La pression sur la trésorerie d'une PME est insoutenable", prévient-il.
Pour M. Saïm, la crise que nous vivons obligera les entreprises à revoir leurs chaînes de production. Mais elle risque surtout de faire baisser l'investissement et, au passage, de pousser vers la faillite de très nombreuses petites et moyennes entreprises. "Nos entreprises ont vraiment besoin de ressources pour savoir comment gérer la situation et comment elles peuvent survivre à cette crise.
Au moment où les entreprises s'efforcent d'échapper au gouffre financier, elles espèrent une bouée de sauvetage qui viendrait des pouvoirs publics", souhaite Toufik. Son optimisme chevillé au corps est sérieusement malmené. Le désespoir l'envahit à mesure que les jours passent et noircissent l'horizon.
"Je veux bien faire preuve d'optimisme, mais la psychose actuelle contribue au mal-être des entreprises", lâche-t-il. "Le gouvernement a multiplié les annonces de soutien aux entreprises, c'est positif. Mais je ne suis pas certain que cela suffise, compte tenu de l'étendue du problème.
Le gouvernement a juste reporté les paiements des taxes, mais nous, nous souhaitons un allégement ou une exonération pour cette période", souhaite le patron. "La réalité est que le gouvernement devra mettre en place des mesures rapides pour aider ces petites entreprises, les propriétaires et leurs employés pour faire face à la difficile réalité", réclame M. Saïm.
Il suggère au gouvernement de mettre un comité de veille ( patrons-ministères) pour suivre la situation heure par heure, décider des mesures à prendre pour limiter les dégâts et faciliter la reprise. Forcé de s'adapter à la nouvelle donne, le propriétaire de la parfumerie de Bordj engage des démarches pour pouvoir se redéployer. Il s'attelle à actualiser le nouveau plan de continuité d'activité, de récupérer ses impayés, de réorganiser son approvisionnement et probablement de geler les nouveaux investissements.
"Il faut déjà se préparer à l'après-crise", anticipe-t-il. "La demande rebondira-t-elle dans certains marchés ' Cela vaut la peine d'examiner attentivement son positionnement, dans les pires scénarios comme dans les meilleurs. Mieux vous vous serez préparé aux différents scénarios, plus votre entreprise en profitera, sécurisera ses parts de marché et sortira renforcée de la crise", analyse le patron. Au-delà de la crise, il est convaincu que l'avenir sera un bon parfum. Il vaincra le coronavirus.
Chabane BOUARISSA
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chabane BOUARISSA
Source : www.liberte-algerie.com