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Le mythe de la toute-puissance d'Israël Relations israélo-arabes



A force de s'intéresser depuis longtemps et de très près à Israël qu'il a d'ailleurs visité en long et en large, le docteur Helmi Abdelkrim Zabi, enseignant-chercheur en sciences politiques notamment en Egypte, a fini par développer un discours à la limite de la paranoïa.
L'enseignant a été hier matin l'invité du Centre des études stratégiques du quotidien gouvernemental Echaâb. Il était venu donner une conférence sur le thème de «la stratégie israélienne pour le morcellement de la région arabe». Le chercheur improvise.
Pour lui, c'est l'Etat hébreu, ses services secrets (le Mossad) et son réseau diplomatique qui sont derrière la division de l'Irak à travers la création, dans un premier temps, de la région autonome du Kurdistan, en attendant de l'ériger en Etat indépendant avant d'aller carrément vers l'instauration de la nation kurde dont les populations occupent aussi des territoires en Syrie, en Turquie et en Iran.
La division du Soudan, qui s'est soldée par la création d'un nouvel Etat dans le sud du pays, serait aussi l'aboutissement d'une stratégie de morcellement tracée par les Israéliens. L'invité d'Echaâb ne se fait plus d'illusions : si de nouvelles divisions interviennent au Soudan, en Irak, en Syrie, en Egypte ou même en Arabie saoudite, ce sera par les seuls agissements du Mossad et des diplomates israéliens. Pour se préserver, les hébreux, selon cette vision des choses, s'emploient à foutre la pagaille chez leurs voisins immédiats et même au-delà.
Convoquant pour le besoin l'histoire, l'orateur rend responsable le pays de Benyamine Netanyahu de toutes les divisions interarabes et de la naissance des mouvements autonomistes ou indépendantistes dans plusieurs coins de la région. Dans une communication qui a duré 40 minutes, M. Zabi n'a à aucun moment évoqué la responsabilité des régimes politiques en place dans ce «morcellement».
Il n'a rien dit des méfaits du régime de Saddam Hussein à travers ses interventions militaires dans la région peuplée de kurdes. Il a passé sous silence le rôle de Khartoum dans l'éclatement du Soudan. Il n'a même pas évoqué le projet de création d'une confédération des Touaregs lancée par Mouammar El Gueddafi, parce que très difficile à imputer aux Israéliens.
Sentant que la salle, où se trouvaient notamment les ambassadeurs ou leurs représentants de Palestine, du Yémen, de la Libye et du Soudan, n'était pas acquise à la thèse de la toute-puissance d'Israël, l'enseignant observe qu'il faut organiser un colloque - et non pas une conférence de presse - pour passer en revue toutes les composantes de la stratégie israélienne en question.
Pour terminer, il lance un sourire gêné de quelqu'un qui a été ébranlé dans ses convictions et dit : «Bien entendu, il ne faut pas lier cette stratégie aux événements qui se passent actuellement», allusion faite aux bouleversements en cours dans au moins cinq pays (Tunisie, Egypte, Syrie, Libye et le Yémen). «Israël a été surpris par ces événements», déclare-t-il pour ne pas avoir à développer cet aspect de la problématique des relations israélo-arabes.
La stratégie du chaos
Au cours du débat, M. Zabi a été cependant obligé de revenir à la réalité. Il y a d'abord cette intervention de l'ambassadeur du Soudan à Alger. «Ce n'est pas Israël qui a pris l'initiative de la division du pays. Le problème s'est posé dès 1922 avec l'occupant britannique qui a tout fait pour séparer le sud du nord.
La rébellion a commencé en 1955 avec le soutien d'un groupe de pays occidentaux qui ont poussé à l'implication du Mossad, et le problème se pose toujours», dit-il, ajoutant que la faiblesse des pays arabes découle du fait qu'ils ne disposent pas d'une stratégie de défense commune.
«Si je ne savais pas qui vous êtes et ce que vous faites, j'aurais dit que votre communication est une apologie du sionisme, de la toute-puissance d'Israël qui est capable de faire ce qu'il veut, où il le veut», avance un autre intervenant. Pour conclure, un journaliste lui demande s'il ne pense pas que la force de l'Etat hébreu réside dans la faiblesse des Etats arabes.
Acculé, le docteur fait des concessions à son auditoire. «Il faut dire que devant la stratégie israélienne de morcellement, les pays arabes n'ont pris aucune initiative afin de la contrecarrer», répond-il. Se défendant d'avoir surestimé les capacités de nuisance d'Israël, il reconvoque l'histoire et voit dans le recul de son armée en juillet 2006 face au Hezbollah au sud Liban, la preuve de sa vulnérabilité.
Que faire concrètement pour donner la réplique au Mossad et à la diplomatie israélienne ' s'interroge-t-on dans la salle. Ignorant complètement l'option de la paix à travers la création aux côtés d'Israël d'un Etat palestinien, le conférencier plaide pour la manière forte, la stratégie du chaos. «Il faut créer des divisions à l'intérieur de la société israélienne», avance-t-il.
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