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Le mur



Le mur
Un mur ne peut jamais s'évanouir devant une élégance. Seul un poclain ravageur sait lui faire les frais.Nous sommes devant le mur, disait l'un. Il faut y aller de l'avant disait l'autre. Les deux se retrouvent droits au mur. Paradoxe des réflexions, le mur n'a jamais été un objectif qu'il faut tout mettre pour l'atteindre, si ce n'est pour justement le détruire. Il y a longtemps qu'il n'est plus un obstacle physique tant les nacelles et les bras longs l'escaladent sans efforts et l'enjambent facilement. Le mur au sens parpaing est fini. Il se prolonge tout de même dans les poches immobilières et se fait bâtir dans les tiroirs-caisses de leurs promoteurs.Mais le vrai mur, le plus dur, l'infranchissable est cet esprit invisible qui dit non à tout bout de champs. Qui refuse l'accès, qui considère tout visiteur comme un intrus, toute idée comme une agression. Repoussant et hostile, il se fortifie à la mesure de ses croyances de vérité. Rien ne lui résiste, il résiste.Sans nom, sans rang, cet état de flétrissure de repères provoque des apparences toujours trompeuses. L'interdiction d'émettre un avis, le refus de l'admettre comme tel est vécu chaque jour comme un refoulement d'identité. Une nette négation de l'autre. C'est dans son diamètre fécondé par une prétendue philosophie de l'être que reposent toute la méchanceté et la fermeture hermétique de ce mur qui ne cesse de cloitrer l'ouïe et la vue. Il suffit en somme de bien regarder si c'est encore possible ; le contenu de nos têtes, d'évaluer délicatement le planning des actualités ou d'écouter usuellement l'agonie des jours pour que l'on puisse se dire avec courage des vérités pas bonnes d'être des vérités à dire.Les déceptions et les joies, les intrigues et les coups bas font que les c?urs ne sont plus des cages de vertus et de bontés, mais des boites froides et insensibles. A peine s'ils domestiquaient l'ennui quotidien comme asservirait la mauvaise méthode l'initiative et la bonne intuition. Ainsi le mur s'est métastasé à travers tous les organes. Le virus de la barrière et de l'enfermement a gagné toutes les parties nobles de l'individu procréé fondamentalement sain, ouvert et limpide. Là où le regard se pose il y a du béton coulé dans la cuve de l'espèce humaine. Là où la voix aspire à arriver, les destinations sont bouchées, embouteillées.Refuser un avis, c'est d'abord ne pas imposer le sien. On ne crée pas l'idée, on la capte. Partant de l'idée que c'est toujours l'idée qui précède l'avis, il y a de ces personnes qui fanfaronnent d'être non seulement auteurs d'avis, mais un peu plus ; créateurs d'idées. En fait tout se prospecte, se découvre, se conquit et s'apprivoise pour finir à se mettre en évidence. Tenter d'utiliser l'eau comme carburant ou essayer de bouillir le sable pour en extraire de l'énergie n'est pas en soi une mauvaise idée. Elle le serait si l'on pensait que la science est inefficace pour ce faire. Croire qu'une chatte puisse s'acoquiner naturellement avec un rat n'est pas un mauvais avis. Il le serait si l'on pensait que leur accouplement est possible. S'il ne brise pas ce mur, l'homme va rassembler davantage en son sein les affrontements pour les pondre avant termes au gré de toutes les gratuités.Ce rempart qui tend à s'élever devant chaque ouverture de bouche finira par bloquer les luettes et empêcher les langues de bouger. Planter des rivets dans le palier dentaire ne va pas mutiler la parole. Bien au contraire il l'exacerbe et la pousse à mieux mûrir pour mieux sortir le jour où la puissance vocale déracinera les causes comme le ferait un ouragan vis-à-vis d'un zinc tenant lieu de protège périmètre.Il est facile de se faire installer un mur ou de s'installer comme tel. Borné, carré le mur est un repoussoir. Tiens ! Sur un mur l'on peut écrire ses émotions, ses fantasmes et aussi ses gabegies. Mais c'est le virtuel. L'on transcrit parfois dans le réel ses graffitis, ses slogans et ses coups de gueule.A mon tour voyez-vous, à défaut de pouvoir écrire ou dire des choses simples je me fais des murs. Le mur n'est pas dans ma tête, c'est elle qui l'est.


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