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«Le monde n'est plus ce qu'il était il y a 14 siècles»



«Le monde n'est plus ce qu'il était il y a 14 siècles»
La ministre de la Solidarité, de la Famille et de la Condition féminine a plaidé pour l'ouverture des portes de l'ijtihad et évoqué les violences à l'égard des femmes comme principales sources d'éclatement de la cellule familiale.Les questions sociétales, liées notamment à la place de la femme au sein de la société suscitent à chaque fois des débats houleux marqués par des réactions aussi rétrogrades que violentes. Cela a été le cas, hier, lors de la rencontre d'information organisée à Alger par la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition féminine sur la participation de l'Algérie à la 59e session de la commission onusienne de la condition de la femme. Devant un parterre exclusivement féminin, comptant de nombreuses députées, sénatrices et représentantes du mouvement associatif, mais aussi des ministres femmes, Mme Meslem a tenté de faire le bilan des acquis en matière de droits des femmes.Les réactions des unes et des autres ont dévoilé une inquiétante régression dans la pensée, poussant quelques députées, les plus téméraires, à exprimer leur crainte de voir les acquis arrachés au prix des sacrifices, s'envoler, appelant à des mécanismes de protection constitutionnelle. Les quelques intervenantes qui ont osé dénoncer les dispositions iniques du code de la famille ont eu du mal à se faire entendre en raison des répliques brutales d'une partie de l'assistance.Ce fut le cas de la sénatrice et professeure Louisa Chachoua, présidente de la commission santé. Son plaidoyer pour le système de parité permettant aux femmes d'accéder aux postes de responsabilité et l'ouverture d'un débat sur le principe de l'égalité, à travers notamment une réflexion sur l'héritage, a provoqué des réactions frisant l'hystérie. Pour conclure, la sénatrice a lancé : «Il faut continuer le combat. Les droits s'arrachent. Ils ne se donnent pas !»Kouadri Aïcha, présidente de l'Association des femmes cadres, a insisté sur la nécessité de permettre aux Algériennes d'accéder à des postes de responsabilité. Membre de la commission finances de l'APN, Nora Bendaoud a exprimé son refus de «voir les femmes toujours confinées dans des postes ministériels spécifiques». «De grâce, ne nous enfermez pas. Nous sommes capables d'assumer n'importe quel poste», a-t-elle lancé.Le cri du coeur est venu de Boutaghène Yassef députée de Tizi Ouzou du Parti des travailleurs : «Nous sommes là grâce à notre militantisme et non pas au Président ou au système des quotas. La femme doit s'imposer par ses compétences.» Interrompue par les cris de la moitié de la salle, elle poursuit cependant dans le brouhaha : «Je suis libre d'exprimer mon opinion. La pensée unique est révolue. Ce qui nous réunit, en tant que députés, c'est l'Algérie. Depuis des heures vous n'avez pas parlé d'égalité entre homme et femme ni du code de la famille qui consacre à la femme le statut de mineure, même si elle est ministre.C'est ce code qui a fait éclater des familles entières.» Excédée, elle finit par lâcher : «Je vous ai écouté dire l'impensable et vous, vous n'acceptez même pas l'avis de l'autre. Il faut apprendre à s'accepter. Je ne suis pas venue pour faire les louanges du Président mais pour aider les femmes qui travaillent pour qu'elles puissent avoir dans chaque quartier des crèches publiques afin qu'elles poursuivent leur carrière.»Mme Meslem, visiblement très gênée par cette manière d'empêcher l'expression libre, a du mal à recentrer le débat : «La religion est certes un trait rouge qu'il ne faut pas franchir. Néanmoins, nous sommes en 2015, il est temps d'ouvrir les portes de l'ijtihad (jurisprudence). Leur fermeture a conduit le monde arabo-musulman à de graves situations.Pour éviter ces crises sanglantes qui nous entourent, il faut impérativement réfléchir à s'ouvrir, parce que le monde n'est plus ce qu'il était il y a 14 siècles. Tout a changé. Les lois élaborées l'ont été par le gouvernement pour protéger la société et son équilibre et, en même temps, lutter contre les fléaux sociaux. Notre défi, aujourd'hui, est de lutter contre la crise des valeurs qui ronge notre société.»Des propos que la ministre a réaffirmés lors d'une conférence de presse tenue en marge de la rencontre : «La société a changé et les mentalités aussi. Investissons dans l'école, afin que nos enfants soient porteurs de notre idéal. Il faut que l'école puisse refléter le projet de société auquel nous aspirons.» Pour réussir, a-t-elle souligné, «il faudra que les politiques soient à la hauteur. Nous comptons beaucoup sur la société civile, les médias, mais aussi sur l'élite».D'après Mme Meslem, le projet de loi sur les violences à l'égard des femmes n'a pas été retiré, «il est toujours au niveau du Sénat. Il doit être bien étudié et examiné dans un climat plus serein». Néanmoins, elle répond à ceux qui voient dans ce texte une volonté de détruire la cellule familiale : «Ce qui détruit la famille, ce sont les violences exercées contre les femmes devant leurs enfants. Une mère battue ne peut élever ses enfants dans de bonnes conditions. C'est pour protéger la famille, mais surtout les enfants, que le projet de loi a été élaboré. Le Coran n'a jamais dicté ces actes de violence qui ternissent son image.Lisez le message d'Adieu du Prophète, il y consacre de longs passages. Ce message doit être enseigné dans nos écoles et les portes de l'jtihad doivent être ouvertes.» Pour la ministre de la Solidarité, le divorce «est aujourd'hui aussi important qu'avant parce que tout simplement, les mentalités ont changé et les jeunes ne voient plus l'institution du mariage comme avant. Il faut peut-être adapter les textes par rapport à cette réalité?»


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