Oran - Revue de Presse

«Le Maroc est le pays du voisinage qui reçoit le plus d'argent de l'UE»



Eneko Landaburu, ambassadeur, chef de la Délégation de la Commission européenne au Maroc, explique pourquoi le Maroc est le voisin qui reçoit le plus d'argent de l'espace communautaire européen.

(Extraits d'une interview parue dans Les Afriques).

Les Afriques : Quels sont les fondements de la coopération entre l'Union européenne et le Maroc ?

Eneko Landaburu : L'Union européenne développe depuis 2005 son concept de politique de bon voisinage aussi bien avec ses voisins de l'Est que du Sud. L'objectif est de créer un espace de paix, de stabilité et de prospérité. C'est le meilleur moyen pour développer des stratégies de croissance et d'emploi. Le Maroc occupe une place spéciale dans ce concept parce que, depuis une dizaine d'années, il s'y développe un projet politique global proche de nos objectifs de développement en général. (…)

L. A. : A combien s'élève la contribution financière de l'UE vis-à-vis du Maroc ?

E. L. : Nous venons de signer un engagement de près de 600 millions d'euros pour trois ans, sur la période 2011-2013. Le Maroc est le pays du voisinage qui reçoit le plus d'argent de l'UE. C'est aussi, parmi nos voisins, le pays qui présente le programme le plus ambitieux. Et c'est parce que ce pays a fait des efforts importants que nous l'accompagnons.

L. A. : Quelle est la portée du «statut avancé» qui lie le Maroc à l'Union ?

E. L. : C'est un accord d'ensemble qui permet aux deux parties de poursuivre le dialogue politique le plus loin possible. Nous avons eu un sommet UE-Maroc cette année. Le statut avancé signifie aussi de très grands efforts pour développer le dialogue politique au-delà des questions bilatérales, et instaurer des échanges par rapport à quelques grands problèmes comme la crise financière, le réchauffement climatique, la lutte contre le terrorisme. Dans le cadre de ce dialogue politique, nous avons mis en place une commission mixte parlementaire avec des représentants du Parlement européen et du Parlement marocain. Autre élément du statut avancé, un programme de convergence règlementaire qui débouchera sur un plan d'action énumérant les réformes nécessaires pour rapprocher la législation marocaine de l'acquis communautaire. Le but, c'est de faire bénéficier le royaume des potentialités offertes par le marché communautaire. Nous attendons maintenant des autorités marocaines qu'elles nous proposent ce programme national.

L. A. : A terme, peut-on imaginer une intégration totale du Maroc dans l'UE, comme le réclamait Hassan II ?

E. L. : La réponse de l'Union européenne à l'époque avait été claire. C'est une question qui n'est pas à l'ordre du jour. Le Maroc n'est pas un pays européen. C'est un partenaire de premier plan qui s'inscrit dans la politique du voisinage.

L. A. : D'autres pays du sud de la Méditerranée sont aussi candidats au statut avancé avec l'UE. Qu'en est-il ?

E. L. : En effet, la Tunisie, l'Egypte et la Jordanie sont officiellement candidats. Le statut avancé requiert un certain nombre de conditions à remplir. Il y a des négociations en cours avec ces pays. (…)

L. A. : Des hommes politiques européens s'opposent à la délocalisation des services au Maroc. Qu'en pensez-vous ?

E. L. : Pour moi, la délocalisation n'est autre que la normalité d'une vie économique libre. A chaque fois, au cours de l'histoire, qu'on a voulu être protectionniste, on a vu que les secteurs ainsi protégés ont perdu en compétitivité. Mon pays, l'Espagne, était hier protectionniste, avant son adhésion à l'UE. L'ouverture des frontières a entraîné certes la fermeture des chantiers navals et l'affaiblissement de la sidérurgie. Mais à la longue, l'Espagne est sortie gagnante, grâce à une croissance économique sans précédent.

L. A. : Ce mouvement de délocalisation n'est-il pas en train de faire du Maroc une plateforme d'exportation de l'UE vers l'Afrique et le reste du monde ?

E. L. : Je pense qu'il y a des produits conçus et fabriqués en Europe qui vont s'imposer quels que soient les coûts. L'Allemagne est le plus grand exportateur d'Europe, avec des produits sophistiqués. A côté de cela, il y a des produits dont le coût salarial est le plus important dans le coût global. Ce genre de produits et services sont concernés par la délocalisation, qui est l'une des manifestations de l'ouverture des économies. De son côté, le Maroc subit l'ouverture d'une tout autre manière, avec un déficit commercial préoccupant. Il faut qu'à terme le pays trouve des niches d'exportation. De ce point de vue, le marché africain peut être intéressant en termes de débouchés.


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