En ces temps où nous n'avions à partager que très peu, il nous faisait
lire Lacan, puis Legendre, et Boudjedra et tous les autres, ligne par ligne en
laissant libre cours à nos ponctuations incertaines, nos interprétations
rêveuses.
Et tous ces mots que nous ignorions parce qu'il en était le seul
détenteur, celui qui nous ouvrait les portes de la psychanalyse pour mieux
regarder nos horreurs, pour mieux éteindre nos haines passagères, meurtrières.
Il nous codifiait comme les produits d'un supermarché pour garder soigneusement
nos codes, nous, qui tremblions déjà dans nos souks bruyants, dans nos frocs,
cherchant quelque courage à supporter nos peines. Et il était toujours là pour
nous dire combien la vie n'est que prétexte, combien la mort n'était que le
problème des vivants, eux, qui se croient aussi éternels qu'un Dieu dans
l'imaginaire des hommes.
Eux qui se prennent pour ce qu'ils ne sont pas. Khaled Ouadah est mort et
avec lui l'extinction de nos feux prématurément, nous rappelle combien il nous
illuminait par ses rappels à l'ordre, ordre des choses. Désordre de la nature
quand tu viens à nous gifler de toutes tes forces en plein sommeil, en pleine
décomposition de nos rapports, de nos petites hypocrisies aimablement étalées
dans nos sourires jaunis par le temps. Il nous a fait découvrir tant de
sentiers que nous empruntions sans en réduire la distance tellement ils
menaient à un bout. Le bout du monde. Sans haine, sans regrets. Nous tentions
quelques dires par nos bouches tonitruantes de paroles pêchées au fond de nos
lacs vaseux mais il était le seul à savoir leur donner un sens, à les mettre au
pas, à les arranger en ordre serré pour nous pousser à réfléchir à demain.
Khaled Ouadah est mort en laissant quelques phrases pour tous ceux qui l'ont
connu mais surtout pour cette armée de petites gens qu'il a pu sauver du
désastre familial, social, refusant même dans la maladie de quitter les
senteurs de sa terre, du blé qu'il a moissonné comme on cueille des fleurs dans
un jardin oublié, planté comme un paradis sur de vastes surfaces. Khaled Ouadah
est mort en laissant plein de souvenirs d'un pèlerin qui a voyagé souvent, sans
aller top loin. Juste en restant près de nous.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ahmed Saïfi Benziane
Source : www.lequotidien-oran.com