Rejeté par le hirak, remous internes, déboires de certains de ses membres avec la justice et erreur d'aiguillage lors de la dernière présidentielle : appareil de pouvoir depuis l'indépendance du pays, le Front de libération nationale (FLN) traverse sans aucun doute l'une des pires crises depuis sa création à l'automne 1954.Eclaboussé par l'emprisonnement de deux de ses anciens secrétaires généraux Djamel Ould Abbes et Mohamed Djemaï, mais aussi d'autres élus, le FLN, dont l'exclusion de la scène politique est réclamée par le mouvement populaire, fait face, depuis quelques semaines, à des remous internes qui risquent sérieusement d'hypothéquer sa survie. En cause : la décision du secrétaire général par intérim, Ali Seddiki, arrivé à la tête du parti en septembre dernier, de soutenir, lors de la dernière présidentielle, le candidat du RND, Azzedine Mihoubi.
Ce soutien, dont les raisons demeurent inexplicables aux yeux de la base militante, s'est révélé non seulement désastreux, puisque Mihoubi est arrivé presque bon dernier, avec un gisement électoral, selon les résultats officiels, d'un peu plus de 600 000 voix, dérisoire pour un parti prétendument majoritaire dans les Assemblées, mais s'est mis à dos l'actuel Président, pourtant militant du parti ! Une attitude qui pourrait expliquer, dans une certaine mesure, le refus, pour l'heure, d'Abdelmadjid Tebboune de prendre langue avec les dirigeants de ce parti dans le cadre des consultations sur la situation du pays et la révision constitutionnelle.
Et rien de plus édifiant que le malaise profond qui secoue l'ex-parti unique : la décision de l'ex-secrétaire général Amar Saâdani de quitter le navire. Alors que l'actuelle direction contestée tente tant bien que mal de gérer les affaires du parti en procédant à un audit interne en perspective du congrès qui devrait théoriquement avoir lieu en juin prochain et en élaborant des propositions pour l'enrichissement de la Constitution, voilà qu'un "mouvement" vient de voir le jour appelant à la tenue d'une conférence nationale. Dénommée "Mouvement du rassemblement des militants du FLN", cette entité, coordonnée par Anane Riad, insiste, "devant l'absence d'une direction légitime forte capable d'affronter les défis et la sauvegarde de l'unité des rangs et d'affirmer la présence du parti", sur la "nécessité d'aller à une conférence nationale des militants pour unifier les rangs et mettre en place une direction légitime". Son objectif est de "rendre le parti aux militants et au service du pays", écrit le coordonnateur dans un placard publicitaire publié hier dans les colonnes d'El Khabar. Tout en précisant que ce "mouvement n'est pas parallèle au FLN et ne nourrit aucune ambition", il appelle les militants à adopter le langage du "dialogue" et à ?uvrer à l'"unité" des rangs et à "éteindre le feu de la fitna". "Nous soutenons toute initiative allant dans ce sens et nous appelons toutes les parties à s'inscrire dans cette démarche.
Nous appelons tous les militants sincères où qu'ils se trouvent et quel que soit leur statut à rejoindre le mouvement pour sauver le parti de façon unitaire et définitivement. À travers cette conférence, nous voulons sortir avec une direction légitime qui va gérer les affaires courantes, préparer un congrès rassembleur sans exclusive et convoquer le congrès", note le texte. Ce mouvement ne manque pas de soutenir que le parti a été visé depuis 2012, du temps où Abdelaziz Belkhadem était à sa tête avant d'être écarté par un conseil national houleux en août 2013 et que sa stabilité et ses rangs ont été sérieusement entamés depuis le dixième congrès, en 2015, lequel avait ouvert la voie aux "opportunistes" et aux "mercenaires". Reste qu'à la veille de cette sortie, dont le choix du recours à une forte médiatisation est loin d'être fortuit, Ali Seddiki a laissé entendre que "seule une minorité" réclame la tenue d'une conférence nationale.
Dans une déclaration à un média électronique, il a affirmé "s'attendre à l'invitation du Président pour lui soumettre les propositions sur la révision de la Constitution", non sans soutenir que le congrès se tiendrait au mois de juin, à moins d'un chamboulement de l'agenda politique. Mais derrière cette fausse sérénité se dissimule assurément un grand bras de fer entre deux ailes. Et qui ne fait que commencer. Déjà désapprouvé par l'ONM, rejeté par le hirak, le FLN est plus que jamais confronté à l'épreuve de sa survie.
Karim K.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim KEBIR
Source : www.liberte-algerie.com