«Celui-là fait le crime à qui le crime sert.» Pierre Corneille
Il vaut mieux tard que jamais. Enfin, après des années d'ignorance simulée, de périphrases soigneusement enveloppées dans des formulations biscornues où les sous-entendus sont lourds de non-sens à force de leur proximité avec une langue de bois usée jusqu'à la corde, des personnalités officielles viennent de reconnaître officiellement le rôle des lobbys dans le secteur d'activités politiques habituellement réservé aux rares privilégiés. C'est quand cela ne commence plus à tourner rond dans certains cercles vicieux que la sagesse commence à pénétrer des esprits pourtant réputés pour leur perspicacité. Non, ils n'ont pas découvert l'Amérique ou le fil à couper le beurre en dénonçant ce qu'ils feignaient d'ignorer. Ils savaient et ils se sont tus tant que la situation leur paraissait gérable, contrôlable. Mais maintenant que la coupe est pleine et que les effets secondaires commencent à n'être plus secondaires, on reconnaît enfin l'existence de groupes qui sont aussi vieux que le monde. Qu'est-ce qu'un lobby' C'est un groupe de personnes organisées qui défendent des intérêts généraux ou des intérêts particuliers. Et c'est là que le bât blesse! Comment faire la distinction entre un intérêt commun à une grande foule de gens et celui qui est propre à une seule personne, quand on sent que des liens visibles ou invisibles relient souvent les deux catégories: le particulier et le général. D'abord, il y a deux formes de lobbys: ceux qui opèrent au grand jour et qui ont pignon sur rue, qui s'affublent de logos et de noms d'associations, de partis, de confréries reconnues par la loi et la société civile, et il y a les lobbys informels qui agissent soit en francs-tireurs soit en groupes dans les officines, les arrière-boutiques, les longs couloirs peu éclairés, les vestibules où tout le monde fait semblant de passer, dans les maquis, dans les institutions publiques créés à d'autres fins, dans la presse... Enfin là où l'odeur de l'argent est le parfum qui fait tourner les têtes. Reconnus et encadrés par la loi en Amérique du Nord, dégageant une odeur de soufre en Europe, les lobbys sont souvent considérés comme utiles aux seuls intérêts privés par les régimes jacobins.
Car les lobbys servent avant tout à peser d'abord sur les opinions publiques, sur les faiseurs de lois, sur les différents interprètes et exécuteurs de ces lois. On raconte que le chef berbère Jugurtha, un des premiers patriotes connus du Maghreb central, pour essayer d'infléchir la dure politique impérialiste de Rome, fit un voyage dans la capitale de l'Empire pour essayer de s'assurer le soutien de quelques sénateurs véreux. Il parvint à la conclusion que «tout pouvait s'acheter à Rome». Dans l'histoire médiévale, les ligues, les compagnies corporatistes furent les premières expressions d'intérêts particuliers qui s'efforçaient de peser sur l'autorité du pouvoir féodal ou sur celle du monarque absolu. Dans les complexes rapports conflictuels entre deux Etats, des personnalités sont souvent sollicitées pour arrondir les angles et plaider des causes pour la recherche d'un compromis et faire l'économie d'une guerre. C'est la Révolution française qui mit fin à l'existence des corporations et des organisations professionnelles. C'est en pleine révolution industrielle, au XIXe siècle, que l'Europe va prendre conscience de l'activité de ces groupes. La loi de 1901 va permettre aux citoyens de s'organiser en associations. La plus célèbre d'entre elles en France est celle des vignerons (les bouilleurs de cru) qui donnera bien du cep à retordre au pouvoir central. Le régime de Vichy suspendra cette liberté et n'autorisera que les associations paysannes réputées pour leur conservatisme. Chez nous, c'est l'Association des Maires d'Algérie qui fera office de frein et d'obstacle à toute velléité de réformes souhaitées par la Métropole durant la colonisation. Pour identifier les lobbys, il suffira de savoir à qui profitent tous les crimes et désordres commis: mesures économiques contraires à l'intérêt national (exportation de métaux non-ferreux ou importation de fripe), incendies d'entreprises de production industrielle, mise en faillite de sociétés nationales, emprisonnement de cadres intègres (Onaco, SNS), mises à sac de sociétés commerciales par des manifestants pacifiques... Il suffira de voir à qui profite le crime et suivez mon regard.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com