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Le coup de bill'art du Soir Panijel et Vautier, même combat pour l'Algérie



Par Kader Bakou
Le film Octobre à Paris de Jacques Panijel devait être projeté hier à la cinémathèque d'Oran. Après un demi-siècle de censure, sa sortie officielle en France est prévue demain, 19 octobre. Tourné dans les mois qui avaient suivi la manifestation des Algériens à Paris, le 17 Octobre 1961, le film montre la vie des Algériens dans les bidonvilles de Nanterre et de Gennevilliers, les arrestations et le centre de torture du 28, rue de la Goutte d'or.
La préparation et le départ de la manifestation sont évoqués par un montage d'archives, de photos et d'images filmées. Alternant avec les témoignages, la caméra refait aussi le trajet de ceux qui ont été arrêtés, battus et jetés dans la Seine. «On a reconstitué la réunion de la cellule, les instructions qu'ils ont données d'emprunter tel ou tel chemin, d'emmener aussi les femmes et les enfants. L'ordre était surtout de ne pas apporter la moindre arme, même pas un caillou. Nous avons donc reconstitué la scène de la fouille des militants au départ du bidonville. Les instructions étaient de manifester pacifiquement, d'emprunter les trottoirs pour ne pas gêner la circulation. Bien sûr, les gens savaient qu'il y avait un risque. Ils avaient ordre de fuir si la police les chargeait. Mais surtout pas de bagarres, pas de coups. Il s'agissait vraiment de manifester pacifiquement», a rappelé Panijel dans une interview publiée dans la revue française Vacarmeen 2000. En 1973, le film avait obtenu un visa d'exploitation (en France), après une grève de la faim de René Vautier, sans pour autant être distribué. En 1981, des promesses de diffusion à la télévision (en France toujours) sont restées sans suite. Jacques Panijel (1921-2010) a pris une part active à la lutte politique contre la guerre d'Algérie, en participant au Comité Maurice Audin et en signant le Manifeste des 121 dans lequel il est écrit : «La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres.» René Vautier a réalisé en 1950 son premier film, Afrique 50, qui était une simple commande de la Ligue de l'enseignement destiné à mettre en valeur «la mission éducative» de la France dans ses colonies. Sur place, il décida de témoigner d'une réalité non commandée. Ce premier film anticolonialiste sera interdit pendant plus de quarante ans. Vautier écopera de 13 condamnations et mis en prison militaire à Saint-Maixent, puis à Niederlahnstein, en zone d'occupation française en Allemagne. Après sa sortie de prison, il rejoint les maquis du FLN en Algérie où il a filmé plusieurs batailles et actions armées des combattants pour l'indépendance de l'Algérie. Le monde, aujourd'hui, a plus que jamais besoin d'hommes comme Panijel et Vautier.
K. B.
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