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Le CHU d'Oran face aux immolations 43 décès depuis le début de l'année



Le CHU d'Oran face aux immolations                                    43 décès depuis le début de l'année
Il y a des statistiques qui donnent froid dans le dos et qui sont même effrayantes, lorsque l'on s'y attarde quelques minutes. Il en est ainsi de la multiplication des actes d'immolation par le feu ces derniers mois, objet d'un suivi au niveau du CHU d'Oran, plus particulièrement au service des grands brûlés.
Ainsi, depuis le début de cette année, sur 45 cas d'immolation, 43 décès ont été enregistrés. Ces chiffres nous ont été révélés par le chef de service, le professeur Kaïd Slimane, qui rajoute pour mieux mesurer l'ampleur du phénomène qu'en 20 ans, son service n'a eu à traiter que 4 cas d'immolations.
Le plus difficile, explique notre interlocuteur, est de devoir faire face aux familles, aux proches à un point tel que la décision d'interdire les visites a été prise récemment : 'Les gens sont devenus agressifs depuis le début de l'année, nous le ressentons, on se fait insulter sans cesse, il y a des bagarres, alors que les brûlés devraient être isolés', et avec une pointe de lassitude, celui-ci poursuit : 'Ce petit service des brûlés ne dispose que de 20 lits, c'est le seul pour tout l'Ouest'. Face à la mauvaise réputation du service des grands brûlés, 'ceux qui y entrent en sortent tous morts', comme on dit souvent dans les rues d'Oran, le professeur Kaïd Slimane reste stoïque: 'Ceux qui avancent cela ne savent pas de quoi ils parlent, sachez que l'essence est ce qu'il y a de plus dangereux et c'est, de par le monde, l'agent causal de décès par excellence. Lorsque les brûlures atteignent plus de 40 % de la surface du corps, il n'y a presque aucune chance', comme ce fut le cas du petit Amine brûlé lors de l'immolation de sa mère le mois dernier. Mais pour le personnel médical, la situation du service, tant sur le plan de l'état des lieux des locaux anciens inadaptés, dégradés, y compris du manque de moyens, rendent les prises en charge d'autant plus difficiles, sans compter les pénuries récurrentes de sérums, de drogues et d'anesthésiants. Autre manière de montrer que ce 'petit service' fait ce qu'il peut, c'est le coût de la prise en charge d'un malade qui revient à 100 000 DA/j contre 3 200 euros/j en France alors qu'annuellement, ce sont 3 000 brûlés qui sont pris en charge, dont 600 hospitalisés.
En dépit de l'augmentation des décès, 30 en 2010, 70 en 2011, 9 cas sur 10 s'en sortent, nous affirme-t-on. Pour le chef de service, il est plus qu'urgent de lancer le fameux projet du centre des grands brûlés en attente depuis 2005. Ce projet d'un centre régional des grands brûlés de 120 lits, pour lequel une assiette de 5 ha, face à l' EHU du 1er-Novembre, a été retenu, est toujours au stade de l'offre de l'étude. Des bureaux d'études tunisiens, algériens et canadiens ont été sollicités mais l'ampleur du projet a réduit les postulants, sauf si ce n'est les Canadiens dont l'offre, jugée trop élevée, a été rejetée. Aux dernières nouvelles, deux plis devraient être étudiés par la DDS très prochainement.
Le professeur Kaïd Slimane nous précisera que sur les 120 lits, 25 seront réservés aux brûlés, 45 à la chirurgie plastique et 40 à la rééducation. Le moment est venu pour doter la population algérienne d'une telle structure pour que cesse la litanie des statistiques macabres.
D. LOUKIL
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