Crise du système capitaliste ou crise de la perception que s'en font certains puissants de ce monde ? Difficile de répondre du moment que tout a été fait, jusque-là, pour que la confusion soit totale entre le capitalisme en tant que système et le capitalisme en tant que comportement.
Il est clair que, en partant de l'exclusion de tout ce qui est moral du domaine de l'économique, les économistes ne se doutaient pas qu'ils allaient produire là une sorte de monstre qui, à l'image du robot intelligent, et une fois la morale engloutie, se retournera - au nom de l'intérêt toujours - contre ses propres producteurs.
D'un autre côté, on a assisté ces dernières années à l'émergence d'un nouveau profil d'hommes, et donc de comportements, à la tête des puissances de ce monde. Des hommes et des femmes qui ont montré sans cesse que, de notre temps, il n'est plus question de s'embarrasser de morale ou d'éthique et qu'il n'est qu'un seul repère qui compte, celui du capital.
Le capitalisme-système, qui a fait de la spéculation le mode de vie par excellence, a fini par s'essouffler en raison du rythme qu'il s'est lui-même imposé, alors que, poussant la sphère de la morale jusque dans ses derniers retranchements, le capitalisme-comportement s'est retrouvé seul, face à lui-même.
La crise financière que traverse l'économie mondiale ne peut pas et ne doit donc pas être datée au 9 août 2007, comme le font certains analystes: elle est beaucoup plus ancienne, du moment qu'elle n'est que l'aboutissement des choix formulés et clairement annoncés à la naissance même de l'économie politique. Tenter de résoudre cette crise par un sauvetage qui consiste à injecter des liquidités dans les économies ou à racheter les institutions défaillantes, aura dès lors un certain nombre d'inconvénients dont les plus importants sont au nombre de deux.
D'abord, et à l'image du médecin qui ne se concentre que sur la manière de soigner la fièvre, il s'agira de courir après le traitement d'un symptôme au lieu de s'attaquer à la cause réelle, à la maladie elle-même. Moraliser le système, comme cela s'entend assez souvent ces derniers temps, peut être effectivement une réponse à la situation actuelle. Mais cela ne sera le cas que si par « moralisation » on entend refonte réelle de ce système et non des ornements factices destinés à apaiser la crainte, dans l'attente du passage de la tempête.
Ensuite, en intervenant avec force pour réguler le marché, les pouvoirs publics ne font en réalité qu'empêcher le marché d'agir et donc de mener sa propre régulation. Mais cette manière d'agir - contraire aux principes mêmes de l'économie de marché - ne viserait-elle pas au fond à pousser plus loin la confusion entre le capitalisme et ceux qui le font ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Aïssa Hirèche
Source : www.lequotidien-oran.com