Il est l'une des premières causes de mortalité en Algérie, au même titre
que les accidents de la route. Mais lui, il prévient avant de frapper et on
voit la mort s'approcher sans que l'on puisse grand-chose. Tueur silencieux, le
cancer continue à faucher les vies, régulièrement et plus rapidement d'année en
année.
Les statistiques sont éloquentes mais restent relativement loin de la
réalité puisque altérées en partie par le vieillissement de la population, car
l'incidence du cancer augmente avec l'âge et aussi par l'absence de diagnostic
chez beaucoup de cas qui échappent à la logique des «stats». Le cancer, par
définition, est une prolifération importante et anarchique de cellules
anormales qui ont la capacité d'envahir et de détruire les tissus sains et de
se disséminer dans l'organisme. Mais au-delà de la compréhension académique et
des chiffres impersonnels, le cancer s'attaque directement à la structure
familiale, la mettant à mal le temps d'accomplir sa besogne, et ne lâchant
prise que lorsque le deuil est fait. « C'est une mort qui fait souffrir et le
malade et sa famille, personne ne peut y échapper », racontera Salim qui a
accompagné pour ses derniers jours sa soeur, morte d'un cancer généralisé. «
C'est pénible le sentiment d'impuissance devant cette mort qui rampe
inexorablement », ajoutera-t-il.
Parler du cancer sous tous ses aspects, c'est forcément évoquer la mort
et surtout cet aveu d'impuissance et d'échec qui accompagne la famille du
malade. Le fatalisme est également un ingrédient indispensable dans l'équation
finale. Une terminologie rattachée au destin qui fait que la famille accepte
son sort, mais une fois seulement que la mort a accompli son travail. « Tant
qu'on ne l'a pas encore enterré, on souffrira avec lui et plus que lui », dira
N., dont le frère traîne un cancer du foie depuis plus d'une décennie. « Les
premiers temps après le diagnostic, les spécialistes qu'on a consultés ne lui
donnaient pas plus de six mois, mais c'est finalement Dieu qui décide ». N.,
les larmes aux yeux, détaillera ce pénible chemin fait par la famille au chevet
de leur enfant. « Nous avons tout tenté mais il a refusé la chimiothérapie, il
espère toujours mais il sait qu'il n'a aucune chance. Les jours de crise,
lorsqu'il vomit, lorsqu'il a mal et qu'il ne peut plus bouger, on se dit que
c'est la fin mais il arrive toujours à se remettre sur pied ». N., comme tous
les parents de malades cancéreux, vit la mort au quotidien, mais également avec
l'espoir d'une intervention divine, se raccrochant à une histoire entendue
d'une voisine qui a entendu dire, à son tour, qu'un tel a guéri du cancer après
avoir pris une mixture faite à base de plantes médicinales.
Des prédicateurs oncologues ?
Ces exemples, loin d'être des exceptions, circulent parfois avec force
dans le cercle familial du malade et même au-delà et il n'est pas rare de voir
des « interférences » dictées par la volonté de bien faire s'immiscer dans le
monde du cancéreux. Recettes miracles, adresses de « taleb » et site web
d'émissions télévisées dédiées à la guérison par l'entremise de remèdes «
religieux » sont conseillés, soufflés, dictés à l'entourage du malade qui, en
désespoir de cause, tente même l'inimaginable pour pouvoir s'accrocher à un
infime espoir autre que celui de la fatalité. Des cas de guérison sont cités
comme ça pour convaincre la famille, mais très rares sont les cas réellement
identifiables.
Côté chiffres, on a enregistré l'année dernière 350 nouveaux cas du
cancer du sein au CHUO, où l'on a signalé le décès d'une dizaine de femmes et
une centaine d'ablations. En 2007, on enregistrait 300 nouveaux cas du cancer
du sein. Selon des oncologues, les facteurs favorisant ce type de cancer sont
notamment héréditaires et à trouver dans la vie socioéconomique de la femme.
Ils affirmeront, en outre, que l'absence d'un sérieux dépistage est parmi les
causes réelles de la propagation du cancer. En effet, selon eux, il serait
souhaitable que toutes les femmes âgées de plus de vingt ans procèdent, si
possible chaque mois, à une autopalpation des seins. Idéalement, les femmes de
plus de quarante ans devraient subir périodiquement un examen assez profond
incluant une radiographie mammaire.
Pour le cancer du col de l'utérus, qui occupe la deuxième place avec près
de 300 nouveaux cas en 2008, un programme de prévention incite les femmes à
effectuer un frottis au moins tous les trois ans à partir des premiers rapports
sexuels. Le cancer du côlon peut être détecté précocement par la mise en
évidence de sang dans les selles.
Pour les hommes, l'auto-examen des testicules devrait également être
régulier. Concernant le cancer de la peau, les statistiques le placent à la
troisième position, avec une centaine de nouveaux cas signalés l'année dernière
au CHUO. Il est fréquent à partir de 40 ans, avec deux fois plus de cas chez la
femme que chez l'homme. Il affecte les personnes présentant des peaux claires
ou s'exposant au soleil durablement et de façon répétée. Généralement, il
apparaît sur une malformation congénitale préexistante, tel un grain de beauté
ou, d'une manière autonome, sous forme de tache de taille moyenne de 7 mm au
minimum d'un brun violacé à contour irrégulier.
Les chiffres de l'apocalypse
Par ailleurs, le cancer de la thyroïde a enregistré une cinquantaine de
nouveaux cas au CHUO l'année passée. Toujours selon les propos des
spécialistes, les causes de cette maladie résident surtout dans le manque
d'iode dans les selles. Ce cancer est généralement féminin puisqu'il touche 5
femmes pour un homme. En effet, le ministère de la Santé enregistre, selon un
bilan national, plus de mille nouveaux cas par an.
Le cancer de la prostate affecte, quant à lui, la glande de l'appareil
génito-urinaire masculin, appelée prostate. Il s'agit là d'un cancer
génito-urinaire le plus fréquent chez l'homme. En 2008, le CHUO a enregistré
une centaine de nouveaux cas dont la plupart à un stade très avancé. On estime
à 15% le nombre des hommes susceptibles de développer ce cancer au cours de
leur vie. La prévalence de la maladie croît avec le temps, l'âge moyen
d'apparition de la maladie étant de 65 ans et plus. L'incidence du cancer de la
prostate est liée à l'alimentation. Des études ont établi une corrélation entre
lui et un régime riche en graisses et pauvre en fibres, tout en ajoutant que la
généalogie joue un rôle non négligeable.
Enfin, on estimera que 80% des cancers sont liés à l'environnement. La
fumée de cigarette, inhalée activement ou passivement, est un facteur
prépondérant, responsable d'environ 30% de la mortalité due au cancer.
L'alimentation serait à l'origine de 40% des décès par cancer, mais la relation
de cause à effet n'est pas clairement définie. Certaines graisses et fibres
seraient associées à une forte incidence du cancer du côlon. Les graisses
seraient, comme l'alcool, des facteurs favorisants.
A cause de la difficulté de son dépistage, le cancer de la rétine prend
de plus en plus d'ampleur à Oran, notamment chez les enfants. A ce sujet, on
apprend auprès de la clinique ophtalmologique d'Oran que cette dernière a reçu,
depuis le début de l'année, 10 nouveaux cas de cette pathologie. Les malades
subissent généralement un traitement superficiel avant de passer à la
chirurgie, qui consiste en général en l'ablation de l'oeil. Cette chirurgie est
indispensable pour prévenir la contamination du deuxième oeil, en l'absence
d'un laser diode qui pourrait servir comme une thérapie simple et efficace afin
de traiter cette maladie et même pour la dépister plus tôt. En effet, une unité
de cancérologie oculaire n'est pas disponible au niveau du l'ensemble du
territoire national. Les malades graves sont généralement évacués pour une
prise en charge à l'étranger, notamment à Paris où les recherches médicales en
la matière sont très avancées. Selon les spécialistes, les causes de cette
maladie sont notamment héréditaires, dues au mariage consanguin, ou c'est la
conséquence d'une méningite non traitée. Pour assurer un traitement à cette
maladie grave, le choix semble porté sur l'hôpital Mustapha Pacha, à Alger,
pour la création d'une unité de cancérologie oculaire. En attendant que la
science découvre la cellule tueuse du cancer, les familles n'ont d'autres choix
que de prier Dieu pour qu'il abrège les souffrances de leur malade.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Moncef Wafi
Source : www.lequotidien-oran.com