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LE CAIRE, L'ANTITHESE DE TUNIS



LE CAIRE, L'ANTITHESE DE TUNIS
Le paradoxe est assez flagrant pour ne pas le souligner. Quand la Tunisie s'ouvre à un début de démocratie avec la formation d'un nouveau gouvernement technocrate et surtout l'adoption d'une Constitution «nouvelle» pour les Etats arabes, l'Egypte consacre l'antithèse des «printemps arabes», focalisant tous les griefs que l'on peut reprocher à une révolution populaire. En se portant candidat à la présidentielle, le tout récemment promu maréchal Al-Sissi vient de se présenter à la candidature suprême.Dans l'absolu, un militaire arabe qui veut devenir président et qui deviendra président n'est pas forcément une surprise, mais dans un pays qui a payé le prix fort pour dégommer un général de la tête de l'Egypte, c'est finalement un retour de manivelle que beaucoup de «démocrates» n'auraient pas attendu. La révolution de la place Tahrir ne pensait certainement pas passer le flambeau à Morsi et ses «Frères musulmans» avant de voir l'armée qu'elle a combattue prendre les rênes du pays à la faveur d'un putsch militaire qui n'a jamais dit son nom. Al-Sissi représente pour tous les amoureux des révolutions arabes le félon qui a pris en otage le combat du peuple égyptien, s'érigeant en défenseur de la démocratie, pourfendeur de l'islamisme rampant des Frères, qui s'inscrit dans l'optique des lendemains déchantants d'une révolution populaire propre à des pays du tiers-monde.L'ex-général devant se conformer à un calendrier adoubé par Washington s'est entouré de toutes les garanties «constitutionnelles» internes pour assurer une transition démocratique à même de satisfaire le minimum syndical exigé par les chancelleries occidentales. Les Etats-Unis d'Amérique qui ont toujours imposé un Smig «démocratique» à leurs partenaires du tiers-monde n'ont d'autres choix que de se rallier aux exigences du maréchal pour retrouver leur place dans l'échiquier régional. L'Egypte pour Washington a autant d'importance stratégique que Tel-Aviv qui pense, à juste titre, que Le Caire est le premier rempart défensif contre l'offensive islamiste du Hamas. Al-Sissi devient ainsi le parfait alibi d'une transition entre une révolution populaire spontanée, un gouvernement islamiste par défaut et un retour de la dictature armée orchestrée par des puissances extérieures au Caire.L'Egypte devient par conséquence l'exemple à ne pas suivre dans le monde arabe avec l'avènement d'une nouvelle ère tunisienne qui consacre la démocratie en modèle de gestion. L'Egypte, avec Al-Sissi à sa tête, impose toute la culture de la non-reconnaissance des compétences locales dénigrées pour promouvoir un pays en dehors des cooptations claniques et militaires. Hier la Tunisie, aujourd'hui l'Egypte, le fossé se creuse profond pour que d'autres pays arabes puissent se reconnaître de l'une des deux rives. Un fossé d'autant plus abyssal qu'un pays comme l'Algérie à la recherche d'exemplarité se perd dans des conjectures aussi subtiles qu'inutiles et qui à la fin risque de basculer vers la plus mauvaise des balances. A méditer.


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