Oran

Le cadavre encerclé, tellement d'actualité !



Le cadavre encerclé, tellement d'actualité !
Le Festival international du théâtre de Béjaïa (FITB) est entré dans le vif du sujet lors de sa troisième soirée réservée au théâtre de Kateb Yacine, en offrant deux adaptations de la pièce Le cadavre encerclé, l'une mise en scène par le Franco-Algérien Farid Oukala et l'autre par Djamel Abdelli, adaptation de Omar Fetmouche, du théâtre Abderahmane Bouguermouh de Béjaïa (TRB).Deux focalisations, deux visions sur l'?uvre tragédienne de Kateb. Montée en avril dernier, dans le cadre d'une passerelle culturelle franco-algérienne, entre la compagnie des Deux rives de Toulouse et le TRB, Le cadavre encerclé de Farid Oukala a choisi de mettre l'effort sur le décor et de rester plus ou moins fidèle à l'esthétique du verbe propre à l'auteur de Nedjma. Sur un arbre, un oranger, symbole de la vie et de l'enracinement, «planté» au milieu de la scène, Lakhdar (rôle campé par le metteur en scène lui-même) entame le prologue de la pièce par une tirade pour crier que «ici est la rue des Vandales.C'est une rue d'Alger ou de Constantine, de Sétif ou de Guelma, de Tunis ou de Casablanca?». Lakhdar ne s'arrête pas à cette délimitation spatiale, mais «actualise» son propos pour parler aussi de la rue de Baghdad et de Ghaza. Farid Oukala démontre de la sorte l'intemporalité de la pièce de Kateb qu'il qualifie d'ailleurs d'«actualité». «Je ne suis pas un corps, je suis une rue et c'est un canon qu'il faut désormais pour m'abattre», crie Lakhdar. «Yalah !» ajoute-t-il dans un discours théâtral qui, sans attenter à l'âme du texte original, s'est efforcé de faire place à quelques répliques en arabe et à des mots rares et solitaires en kabyle.Des ajouts cependant trop brefs et isolés pour se fondre dans le tout textuel, essentiellement en français. Le prologue se prolonge dans l'élan tragique du théâtre grec, lorsque Lakhdar soulève «Marguerite, la Parisienne», qui avait pansé ses blessures, et «Nedjma, la fille de l'étrangère que mon père avait enlevée», (une Nejdma qui, curieusement, se voile la tête), deux femmes à la douleur commune et aux destins distincts. L'histoire se passe dans le contexte colonial et autour des massacres du 8 Mai 1945, dont rendent compte des images projetées sur un écran et la trame narrative est soutenue par des extraits de chants kabyles interprétés par un personnage-chanteur.Poignardé dans le dos, Lakhdar meurt au pied de l'arbre, au même endroit où Ali, son fils, apparaît dans le dernier acte, jouant avec le poignard de son père, et suggérant la continuité du combat contre l'injustice. La mise en scène de Djamel Abdelli, elle, a fait l'économie de la présence de l'enfant. Et pas seulement. Le décor est très minimaliste, bien que ne trahissant pas l'esprit de «l'esthétique dramatique» de l'?uvre originale. Le texte est entièrement en arabe dialectal dans lequel s'égare, par moments, la modernité de la littérature katebienne. La pièce débute sur un fond de notes musicales andalouses. On ne commencera pas avec la tirade de Lakhdar.En place du fameux prologue de la «rue des Vandales», ce sera l'apparition de Nedjma en haïk, dans un souci de donner à la pièce une authenticité qui transparaît aussi dans le costume de l'avocat au tarbouche. Les deux pièces se distinguent par les choix des zooms scéniques qui sont faits sur les actes de la pièce. Suggérée par des voix off dans la première adaptation, la scène des détenus est, dans la deuxième représentation, jouée et prolongée pour traduire les affres de la torture coloniale. Au-delà des insuffisances, ce sont deux visions croisées sur Le cadavre encerclé qui, outre le sens allégorique qu'elle suggère, n'empêche pas de transposer, magnifiquement et douloureusement, l'image imaginée sur la situation actuelle du pays.


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