Oran

Le c'ur battant de l'Islam



Le c'ur battant de l'Islam
Tradition multiséculaire répandue dans le monde entier, le soufisme n'apparaît pas comme une pratique unique, mais bien plutôt comme une façon d'être au monde. Se présentant comme le c?ur battant de l'Islam, il a fait sien cette parole (hadith) de son Prophète : «N'insultez pas le siècle, car Dieu est le siècle».Dans ce sens et à l'opposé de tout dogmatisme, il a toujours su adapter les formes de son message au contexte dans lequel il était formulé, sans jamais en corrompre l'esprit. Devenir le fils de l'instant Nous avons vu que pour échapper aux réflexions et aux questionnements incessants du mental, le soufi s'efforce de concentrer sa conscience sur l'instant qui passe, dans toute sa plénitude. Dans les faits, ce silence psychique et cette concentration du C?ur l'amènent à découvrir la présence divine dans tout ce qui l'environne, et avec elle, à découvrir l'activité incessante de la grâce. Ce que la plupart nomment coïncidences ou hasard deviennent pour lui des signes de la part de son Seigneur. Et cette découverte le conduit peu à peu à «lâcher-prise», car comme le dit Ibn Ata Allah «Déleste-toi du gouvernement de toi-même : ce dont un autre se charge pour toi ne le fais pas pour toi-même». Faouzi Skali écrit pour sa part dans Traces de lumière : «Ce que tu sais est déjà du passé, et ce que tu dois savoir n'est pas encore né. Laisse ton c?ur accueillir la connaissance qui viendra en son temps». Et de réciter ce poème : «Ô Ami, cesse de chercher le pourquoi et le comment ; cesse de faire tourner la roue de ton âme. Là même où tu te trouves, en cet instant tout t'est donné, dans la plus grande perfection. Accepte ce don, presse le jus de l'instant qui passe.» La convenance de l'instant Chaque instant possède aussi sa convenance et celle-ci doit être respectée. Cette convenance vis-à-vis de l'instant réside dans l'adoption de l'attitude juste. Ibn Ata Allah affirme que «les droits des ?uvres dont le temps est fixé peuvent toujours être rattrapés ; mais les droits du moment ne peuvent se rattraper». Ainsi, ce que l'instant exige de nous est prioritaire par rapport à ce que nous avions prévu et programmé, comme ceci apparaît de manière évidente dans le cas du bateau qui coule. S'attachant à conserver la primauté de l'esprit sur la lettre, le soufi saura modifié son programme si les circonstances l'exigent. Et cela est aussi valable pour les obligations rituelles : car si la prière peut toujours être rattrapée, l'hospitalité impose de répondre sans délai aux besoins des invités qui arrivent. Les soufis parlent du «sabre» du temps, et affirment que «le temps est pour toi ou contre toi : chaque souffle qui passe ne peut être remplacé, et chaque souffle qui vient a sa propre exigence». A partir du moment où les circonstances sont perçues comme le reflet de la volonté divine, les obligations qu'elles imposent passent avant nos propres désirs. A l'image de la Révélation elle-même, l'instant apparaît comme un discriminant (furqan) qui sépare les hommes, entre ceux qui écoutent Son appel et ceux qui y restent sourds. Le sage est celui qui reste vigilant aux exigences de l'instant. La dimension éternelle de l'instant soufi L'éternité n'est pas de ce monde ; on ne peut la goûter véritablement qu'au creux de l'instant qui passe. En effet, chaque instant contient la présence divine, mais c'est l'homme qui en est absent. En s'immergeant dans l'instant, le soufi rejoint l'éternel. Comme l'écrit encore Titus Burckart, «si le souvenir peut évoquer le passé dans le présent, c'est que le présent contient virtuellement toute l'extension du temps. Et c'est cela que réalise l'invocation soufie (dhikr) : au lieu de se reporter horizontalement au passé, elle s'adresse verticalement aux essences qui régissent le passé comme l'avenir». La plongée de l'âme au fond de l'instant permet de renouer le contact avec le divin, et par là, avec l'éternité. Le fait même d'effacer notre ego permet à la conscience de s'ouvrir, et d'être de nouveau irradiée par les Lumières divines. Ainsi, notre ignorance apparaît liée à notre absence de l'instant. La connaissance est présente, à notre portée à chaque instant. Au verset coranique, «je suis plus proche de vous que votre artère jugulaire», Ibn Ata-Allah renvoie cet appel déchirant : «Ô mon Dieu, comme tu es proche de moi, et comme je suis loin de Toi !». Pour terminer, il faut souligner que l'expression que les soufis utilisent eux-mêmes pour se désigner sous le rapport du temps est en réalité «le fils de Son instant» (ibn waqtihi). Il ne s'agit donc pas ici de se blottir au creux de l'instant pour échapper au passé ou à l'avenir, mais bien plutôt d'immerger volontairement sa conscience dans Son instant pour mieux comprendre Dieu, et pour se rapprocher de Lui. Leur objectif est d'être sans cesse «extérieurement avec les hommes, et intérieurement avec Dieu». Dans cette optique, ce qui importe n'est pas le passé ou l'avenir, mais notre état actuel, et l'instant qui se présente à nous, avec tous ses possibles. Les soufis s'efforcent de s'occuper uniquement de ce qui leur incombe face à ce moment. Et pour ceux qui les regardent vivre, c'est peut-être cela qui leur confère comme un surcroît de présence. [1] Pour être tout à fait exact, il faut préciser que seul celui qui est parvenu à la réalisation spirituelle peut véritablement être qualifié de «soufi». Néanmoins, par souci de commodité, nous continuerons à employer également ce vocable pour désigner le simple cheminant sur cette voie spirituelle. [2] Il ne s'agit pas ici du c?ur physique, mais du C?ur en tant que centre de l'être, qui désigne pour les soufis le lieu de l'intuition spirituelle et de la communication avec le divin. (Suite et fin)
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)