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Le bout du monde '



Le bout du monde '
« Vous auriez voté, vous, pour un homme de 88 ans ' Lui confier la sortie de crise ' Il m'arrive de lire votre presse. Avec tout ce que vous vous permettez de dire sur l'état de santé de votre président, je n'ai pas le sentiment que vous auriez été tendre avec un nonagénaire. Vous auriez crié au scandale dès sa candidature connue. Et pourtant, vous semblez satisfait du choix des Tunisiens. Et vous persistez à appeler cela le choix des Tunisiens».Je réponds : «votre consensus bancale nous ressemble».Je l'avais connu à Tunis, au lendemain de ce qu'ils appelaient «la révolution», que je m'entêtais de qualifier «faouda». J'en énumérais les raisons : absence d'un courant politique dominant, absence de leaders pour porter le mouvement, (le 30 septembre, l'ISIE Instance Supérieur Indépendante pour les Elections - annonçait 27 candidatures acceptées, 42 rejetées), absence de projet politique en dehors des «fonce sur le mur» islamiste, dépendance excessive au tourisme (qui représente 7 % du PIB du pays, 400 000 emplois directs ou indirects, 12 % de la population active et 60 % du taux de couverture de la balance commerciale), mobilisation de la communauté internationale pour remettre le pays sur les rails, ses rails. Et les effets : les agents de l'ordre public se font tout petit. Perte des valeurs. Les hommes d'affaires prudents, n'engageant pas un dinar dans l'économie. «Malgré cette volonté manifeste de la part de l'Etat d'offrir les conditions de réussite aux entreprises, il ne fait aucun doute aujourd'hui, que le secteur privé tunisien est dans la tourmente. L'entrepreneur national a perdu le goût auxaffaires et hésite à engager des nouveaux projets. Il est passé du statut d'un «risquophile» à celui de «risquephobe». Il est à la recherche d'une reconnaissance et d'une déculpabilisation après les attaques virulentes sous le voile de la révolution auxquelles il a été confronté», lit-on dans un document officiel.Et la jeunesse ' Les jeunes gens, désoeuvrés, participaient à toutes les réunions, pour peu qu'on ne les en chasse pas. Les plus saines et les pires. Celles qui sont destinées à embrigader des énergies disponibles pour les engager dans toutes les directions, pour peu qu'on la leur indique.Les énergies refoulées ne manquaient pas.Les élections ' Parlons-en.Pour l'Association tunisienne pour l'intégrité et la démocratie des élections (ATIDE)qui le disait, vendredi 26 décembre, au cours d'une conférence avec la participation de La Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH), l'Ordre national des avocats tunisiens (ONAT) et La Ligue des électrices tunisiennes (LET),«la campagne électorale, du 9 au 19 décembre 2014, a été marquée par une compétition déloyale. Le déroulement de la campagne été donc inégal entre les deux candidats et d'une région à une autre. Le second tour n'a pas été exempt d'infractions présumées liées aux dépenses de campagne et à une couverture médiatique inégale». Elle ajoute que ses membres ont «également observé d'autres dépassements relatifs à l'exploitation des enfants et des élèves et l'utilisation des lieux de culte à des fins de campagne électorale». Sans compter «l'absence d'une campagne à l'étranger» qui comptent un «nombre important d'électeurs dans les six circonscriptions en dehors du sol tunisien».Quand je pense que l'on prétend que les vieilles machines rouillent faute d'usage !Dans les hôtels, à l'époque de mon séjour, les touristes se faisaient rares. Les séjours bradés à des tarifs défiant toute concurrence aux tours operators. Les réfugiés Libyens affluaient, louaient des appartements et villas, selon les lois de l'offre et de la demande, faisant grimper vertigineusement les loyers. Ce qui ne plaisait pas aux nationaux. Phénomène connu. Des lieux de résidences qui se négociaient à portée des salaires raisonnables atteignaient des sommets. En un mot, si vous êtes riches propriétaires d'une belle demeure, elle continuera de vous rapporter dans le chaos, protégées par ses nouveaux locataires, réfugiés ou Organisations Internationales.Les salons des grands hôtels de standing internationalaffichaient eux aussicomplets. Tunisiens et étrangers, en quête de bonnes affaires, assuraient leur ouverture. On retrouvait ces mêmes Tunisiens et leurs vis à vis dans des restaurants chics, dans des quartiers chics que la plèbe n'avait pas encore investis. Et n'investira pas.Le reste, je le garde pour moi. Les relations entre nationaux de régions différentes, entre le Nord et le Sud, entre les arabophones et les berbérophones. Entre le haut et le bas de la hiérarchie sociale. Sans oublier d'évoquer tous ces diplômés sans emploi, sans perspective, les trafics d'essence à la frontière tuniso-libyenne, tuniso-algérienne. Mais qui s'en soucie 'Tout cela, il faut le savoir. Et pour pouvoir commenter la situation, il faut s'y rendre. Ou y avoir été.Lui, mon interlocuteur, il a refusé de me confier son point de vue sur la résurgence des politiques d'une autre ère. Ni qui tirait les ficelles pour que les consultations électorales soient nickel, propres, sans bavures. Seul réaction : il s'est frotté le nez. Je revins à la charge pour lui demander pourquoi les anciens du régime Bourguiba ou Ben Ali avaient toujours le contrôle du jeu politique, éléments qui se distancient du discours et projet «révolutionnaire» ' Il m'a parlé, une fois encore, de sa foi en la révolution. Je lui ai récité la réplique,dans le texte, - lui qui maitrisait la langue italienne de l'écrivain Giuseppe Tomasi di Lampedusa, que certains connaissent pour avoir vu le film «Le Guépard» : «Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi !» «Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change !».Il m'a tourné le dos et s'en est allé.Les événementsque ce pays traverse se déroulent à quelques centaines de kilomètres de chez nous. La Tunisie, ce n'est pas le bout du monde.La Libye, l'Egypte, non plus.Alors ' Il faut y aller. «Go East». Voir. Et dire.Se défier de la scélérate «information prêt à porter».Y aller. Voir, apprécier ce qui s'y passe avec des yeux d'Algérien.Parce que la Tunisie, celle de nos frères et de nos s?urs, avec lesquels nous voulons vivre et construire un Grand Maghreb, cette Tunisie là n'est pas ce que l'on voudrait nous vendre.Ca pourrait bien être un feu brûlant sous les cendres.Avec un président âgé de 88 ans, presque nonagénaire donc, (né le 29 novembre 1926) tout peut arriver dans le futur immédiat, ce qu'à Dieu ne plaise. Toutes les experts des officines et des ambassades vous le direz, s'ils le pouvaient. Ils spéculent et préparent «l'après M. Beji Caid Essebsi». Ce qui explique la sérénité, l'attitude «fair play» de ses concurrents, des chefs de file des partis qui cachent mal leur bonheur de lui transmettre «la patate chaude», la stabilisation du pays, le temps de fourbir leurs armes en vue d'un second round.Et ceci est «élémentaire» comme ne l'a jamais écrit l'auteur de Sherlock Homes, Sir Arthur Conon Doyle.


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