«Il faut l’émergence d’un marché foncier de nature juridique saine»
La voix de l’Oranie: M. le président de l’UNPI, à Oran, les coups partis, en terme d’habitat, sont énormes. Les ratés, aussi! Pensez-vous que c’est un problème de coûts de logements pour arriver à une telle situation de chahut visuel, au détriment de la qualité, bien entendu?
Larbi Chemmam: Assurément, c’est un problème de coût. Certes, il n’est pas la seule raison pour ne plus faire de logements promotionnels dans le sens de loger uniquement les gens mais pour travailler l’ensemble du cadre bâti. Ce dernier ne peut réussir que par la multiplication préalable de la qualité de la viabilisation. Il est temps de parler de l’urbain dans le sens le plus moderne du terme et non pas de cette vision misérabiliste, réductrice de la viabilisation comme on à coutume de voir.
- Voulez-vous être plus clair, M. le président?
- Je veux dire qu’on n’est toujours pas dans un marché tel que défini dans les règles universelles de l’Economie. C’est à dire que quand il s’agit de logement, nous devons répondre à un besoin qu’il faut régler au coup par coup. En réalité, le secteur de l’habitat, à ne pas confondre avec celui du logement, est un secteur important qui devrait être pris globalement, pour lui assurer sa pérennité. Partant de là, nous pouvons dire qu’il faut qu’on fasse appel à un marché du foncier, au demeurant inexistant. Mieux, aujourd’hui, il faut l’émergence d’un marché foncier de nature juridique saine et totalement aménagé. C’est dire que le foncier représente la matière première pour la promotion immobilière. C’est comme l’est la farine pour le boulanger. Le foncier, d’évidence, doit être bien réglementé avec à la clef des outils d’urbanisme bien établi (POS, COS, PDAU) et ce, dans le but d’éviter ce chahut visuel, comme vous dites. Il faut qu’il soit à la hauteur des attentes des Algériens, à la dimension de notre pays et de sa position de choix dans le bassin méditerranéen. Autrement dit, il faut relever le rendu de ces outils d’urbanisme.
- Quelle lecture faites-vous de cette course frénétique vers le moins cher?
- Certes, on peut construire moins cher que le haut standing, et nous pouvons avoir toute la palette du logement allant de la grosse villa au logement social, qu’il faut d’ailleurs encourager dans le cadre de la mixité sociale mais il faut surtout faire attention au plus bas prix. C’est-à-dire que, quelque soit l’effort de l’Etat ou encore les efforts des pouvoirs publics, les retombées bénéfiques sont toujours importantes. Cela veut dire que si un logement décent coûte 5 millions de Da, il ne faut pas s’entêter à le réaliser avec 2 millions de Da, cela au dépens de la qualité, parfois dangereusement sur la qualité de l’ouvrage. Il est temps de se projeter dans l’avenir, dans la qualité environnementale et toutes les nouvelles technologies…
- Peut-on avoir un mot sur l’investissement des promoteurs immobiliers dans le tissu urbain, du vieux bâti?
- Encore, un terme impropre qu’il faut bannir du lexique. Moi, je préfère parler de patrimoine à préserver. C’est un butin de guerre. Pour Oran, la partie de Sidi EL Houari, la Hold city est le cœur palpitant de la ville. Il est temps de remettre les pendules à l’heure et intéresser les investissements par l’intervention dans ces quartiers, véritables joyaux architecturaux qui malheureusement dépérissent. J’estime qu’un programme d’intervention garantirait le retour de l’investissement où l’opérateur économique pourrait collaborer. La part de l’Etat, quant à elle, est plus qu’importante et peut apporter son concours dans le cadre d’un partenariat public-privé pour préserver ce patrimoine.
Entretien réalisé par Safi Z.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com