Le premier long métrage du réalisateur jordanien Fadi G. Haddad est une charmante fiction, avec un éclat tout particulier, qui reprend avec brio les codes des comédies romantiques, pour raconter l'histoire d'une jeune femme qui sourit pour la première fois de sa vie, et qui voit le monde se transformer autour d'elle.Même si on sait exactement ce qui va se passer et comment toute l'histoire va se terminer, on reste scotché à son siège et on continue de suivre l'exploration du moi de Monaliza, qui finit après une trop longue attente par décrocher un travail en tant que fonctionnaire, et qui trouve enfin un homme qui s'intéresse vraiment à elle. On pourrait avoir l'audace de croire que tout lui sourit, mais c'est négliger un point très important : Monaliza, 37 ans, vivant seule avec sa s'ur aînée qui l'a élevée, n'a jamais souri.
Ce sont là les premiers éléments du long métrage jordanien Lamma dehket Monaliza (quand Monaliza a souri) de Fadi G. Haddad, en course pour le Wihr d'Or du Festival d'Oran du film arabe (Fofa), et qui a été projeté, vendredi dernier à 20h30 à la salle El-Maghreb, en présence du réalisateur et de la productrice. Lorsque Monaliza commence son travail dans une administration où les passe-temps favoris des employés sont les bavardages et les ragots, elle fait la connaissance de Hamdi, un Egyptien joyeux et plein de vie. Monaliza commence alors à espérer et à découvrir qui elle est vraiment. Bien sûr, comme dans toute bonne comédie romantique qui se respecte, il y a les difficultés et les éléments extérieurs qui perturbent ou bloquent quelque peu le parcours de nos deux amoureux, Monaliza et Hamdi : il y a d'abord la s'ur de Monaliza, agoraphobe, qui a peur d'être abandonnée par sa s'ur ; il y a aussi le marchand du coin qui se considère comme le fiancé de Monaliza ; il y a, en outre, la situation irrégulière de Hamdi en Jordanie : et il y a surtout Monaliza qui se réfugie dans ses rêves. Monaliza a, en réalité, peur d'affronter la vie, mais avec l'aide de Hamdi, tout s'éclaire, tout semble simple et facile.
C'est, dit-on, un pouvoir que seul l'amour détient. Sourire pour Monaliza implique donc qu'elle fasse des choix sans se soucier du regard des autres, des commérages de ses voisins, et d'accepter de vivre la vie qu'elle mérite et qui s'offre à elle. À l'ingéniosité du scénario de Fadi G. Haddad, s'ajoute une mise en scène qui laisse entrevoir le côté cinéphile, amoureux du cinéma, du réalisateur, qui fait parfois des va-et-vient entre la couleur et le noir et blanc, tout en nous faisant voyager entre l'imagination fertile de l'héroïne et sa réalité morose. Pour ce faire, il parodie des comédies romantiques égyptiennes des années 1950 et du début des années 1960, dans lesquelles Monaliza est une Faten Hamama donnant la réplique à Omar Sharif, ou une Chadya écoutant la voix exceptionnelle d'un Abdelhalim Hafez.
À ce premier niveau de perception et de lecture, s'adjoint un deuxième niveau relatif à la réalité sociale et intérieure de Monaliza, et de beaucoup d'autres femmes et hommes qui vivent dans une capitale mais qui ont du mal à trouver leur place.
Le film se passe dans un quartier populaire de Amman, mais cette histoire pourrait se dérouler dans n'importe quelle partie du globe, car Fadi G. Haddad met l'accent sur l'humain et sur le fait qu'on est tous conditionnés par notre environnement social. Mais ce qui nous rapproche est bien plus fort que ce qui nous sépare. Lamma dehket Monaliza est un véritable petit bijou, réalisé avec un petit budget, campé par des comédiens de talent, qui revisite avec brio les codes des comédies romantiques et qui confirme, encore une fois, la montée en puissance du cinéma jordanien.
S. K.
Nom
Adresse email
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sara Kharfi
Source : www.liberte-algerie.com