« Toi, qui te plains de la vie, demande-toi ce que tu as fait de bien pour la rendre meilleure ».
J. de la Bruyère.
Il fut un temps où tout travail de réfection ou de consolidation était formellement interdit et sévèrement puni. La police communale (agents de la voirie) sévissait à la moindre trace de gravats ou d'agrégats d'une part, et d'autre part toute habitation menaçant ruine, donnait droit à un logement neuf. C'est alors que l'autodestruction commença dans le silence' complice' de l'administration. Aujourd'hui, les consciences se réveillent et s'engagent à faire amende honorable par l'institution d'un conseil consultatif pour sauver ce qui reste de la «Grande Dame Souika».
Ce n'est pas la première tentative, sauf que cette fois-ci ça paraît plus sérieux, plus crédible; elle est parrainée par le premier magistrat de la wilaya, qui veut, pour mieux s'assurer du succès de l'opération, impliquer les propres enfants de la vieille Dame, lesquels ont été de tout temps marginalisés, mis à l'écart de la gestion de leurs propres affaires.
Au regard de sa longue et riche histoire culturelle et sociale, et dans l'état actuel où se trouve embourbée la Souika, se porter à son chevet et vouloir sincèrement lui prodiguer l'amour essentiel pour un salutaire bain de jouvence, cela donnerait la chair de poule au plus téméraire des coqs.
Le phénix ne renaît-il pas de ses cendres '
Des vieilles villes, des médinas, des Souika, il y en a partout dans le monde; chacune d'elles vit ou a vécu le destin que l'administrateur et les vicissitudes du temps ont bien voulu lui réserver. Voici quelques exemples référentiels :
El Houbous ou le vieux Casablanca, au Maroc, de par son caractère juridique houbous (inaliénable, inviolable) a su et pu sauvegarder son identité profonde, son caractère intrinsèque. Aujourd'hui, c'est une ville vierge dans son actualité moyenâgeuse: des ruelles pavées, des fontaines, un café maure, un bain maure, des petits métiers de tissage, des ateliers de couture traditionnelle, un tribunal administratif' Saint-Malo, intra-muros (France): un mur d'enceinte, des portes d'accès, des rues piétonnes, une circulation automobile toujours à sens unique, stationnement à l'extérieur du vieux Saint-Malo, un commerce destiné aux touristes et aux nostalgiques, les personnels des cafés et restaurants arborant tous une tenue vestimentaire dans la pure tradition culturelle bretonne, etc.
Le quartier de la Goutte d'or dans le XVIIIe (Paris) a été littéralement rasé et reconstruit dans la modernité. Le vieux Montmartre conserve toujours son caractère médiéval, la place du Tertre et ses artistes peintres, ses petits cafés sombres et exigus... Et des millions de touristes chaque année
L'essence du charme ne tient-elle pas de l'énigme '
Pour en revenir à notre chère Souika, elle est sévèrement atteinte, toutes les parties de son corps ont été touchées, son état est très alarmant, mais de l'avis de ses nombreux enfants, elle survivra à l'agression, elle se remettra de sa déconvenue. L'optimisme étant une règle vitale. C'est une opération délicate et de longue haleine, qui ne demande ni audace, ni intrépidité, mais un tempo psychologique assez pragmatique et une culture assez élevée de l'amour et de l'abnégation: n'est-ce pas pour démêler l'enchevêtrement de la trame de ses propres racines ' Alors, point de création nouvelle ni d'invention spectaculaire, mais simplement une bonne oxygénation, une douce réanimation des centres vitaux dont les accros sevrés depuis longtemps, n'attendent que leur réhabilitation pour y revenir se ressourcer, se requinquer. Citons, à ce titre, les hammams, (Belebdjaoui, Bencharif, El Batha'), les cures thermales, les bains de vapeur avec massage musculaire et articulaire, l'autorelaxation psychosomatique naturelle, le thé revigorant à la cannelle et aux clous de girofle, etc. Les zaouïas, maternelle du Coran et de l'instruction civique, Thidjania, Sidi Abdelmoumen, Sidi Affane' Les dinanderies (Amine Khodja, Benchaker').
Pourquoi ne pas en faire des ateliers au profit des jeunes pour perpétuer la culture des arts et métiers ancestraux de Constantine, leur permettre de s'investir dans ce créneau très porteur et valorisant ' Sans omettre les fameuses épiceries (Barouche, Ami Cherif'). La meunerie (Benhadouche), vieille de quelques siècles, et toujours en activité, mérite une attention particulière. )
Les fours traditionnels sont également à restaurer, pour le bonheur des pains et gâteaux constantinois et du mois sacré. Les fontaines, une dizaine environ, rehausseraient agréablement l'environnement. Un cordon ombilical coupé mais jamais rompu, une soif toujours inassouvie, une mélodie jamais altérée : Galou Laârab Galou '
Zehida/Kamel Barouche, artisan-paysagiste
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Watan
Source : www.elwatan.com