
L'esthétique de l'image prime sur la laideur du conflit. Après avoir gravi La montagne, le cinéaste libanais, Ghassan Salhab, descend dans La vallée, deuxième opus d'une trilogie en attendant l'immersion dans La rivière.C'est le second film qui a été projeté lundi soir au Festival du film arabe d'Oran (FIAO 2015). Ayant déjà participé à plusieurs rencontres cinématographiques, La vallée a valu à son auteur le trophée du Meilleur réalisateur du monde arabe lors du festival d'Abu Dhabi (octobre 2014). A travers ce titre, le jury avait sans doute salué l'originalité de ce film difficile à décrypter, car d'une intensité symbolique hors du commun.Ses plans minutieusement étudiés et mis en scène sont de véritables icônes et constituent à eux seuls une dimension à part, semblable à ce qu'ont tenté certains expérimentateurs européens des années 1980 pour réaliser des films sans dialogues (mais pas muets).Dans La vallée, le silence règne en maître mais une réelle intrigue meuble cette fiction de plus de deux heures qui parle aussi du «Conflit» qui a secoué et secoue encore le Liban et par extension l'ensemble du Moyen-Orient.Seulement, le réalisateur libanais ne veut pas être otage d'une quelconque obligation de restituer des faits ou de montrer un réel que d'autres que lui ont déjà exploré et continuent de le faire. «Je préfère en tenir compte (de la guerre) sans pour autant le dire à haute voix», avait-il déclaré dans l'une de ses précédentes interviews.Pour éviter toute prise de position, il va jusqu'à inventer un univers à part. Un domaine isolé gardé par des hommes armés où vivent peut-être des trafiquants de drogue, mais qui sont loin de répondre aux profils des individus incarnant le genre. D'ailleurs rien, si ce n'est les indices, ne signifie explicitement qu'ils versent dans cette activité. «J'étais infirmière dans une autre vie», déclare une des femmes.D'autres sont laborantins, manipulant vaguement des instruments à la recherche d'une formule idéale pour peaufiner un produit qui va satisfaire de probables clients. Les personnages, hommes et femmes, n'expriment ni idéal, ni but dans la vie et ne semblent être liés par aucun lien social si ce n'est la langue avec laquelle ils communiquent.Aussi, mis à part quelques références iconiques, les protagonistes ne sont ni chrétiens, ni musulmans, ni athées même si les termes druzes, maronites, chiites, etc. propres à la mosaïque qui caractérise le Liban ont été prononcés. Dans cet univers ponctué par des scènes de vie ordinaire ? arts de la table, sensualité, création artistique ?, l'atmosphère est plombée par une attente, celle qui consiste à résoudre le mystère de l'amnésie qui a atteint le personnage principal recueilli dans cette maison par un pur hasard mais peut-être sinon par la force du «destin» et c'est selon, car le film aime jouer avec les contrastes (jour/nuit), mais surtout avec les confusions (surimpressions) qui ont pour effet de dérouter le spectateur.Que peut bien symboliser l'âne errant dans le domaine, et quelle charge porte-t-il ' Une chose est sûre : chacun, selon ses présupposés politiques et culturels, y compris dans l'histoire du cinéma ou de la littérature (les longues descriptions du nouveau roman) trouvera à redire. Au début du film le ciel est d'un bleu éclatant, mais à la fin une grisaille s'est abattue sur la terre. Quant au personnage principal (interprété par Carlos Chahine), sa blessure est constante tout le long du film et son regard toujours absent.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com