«Le seul point dont on est sûr qu'il est à l'ordre du jour, c'est le
SNMG. Tout le reste doit faire l'objet de consultations transversales avec les
autres partenaires», nous a déclaré hier le secrétaire général de l'UGTA au
sujet de la prochaine tripartite.
Une virée à la centrale syndicale, hier en fin de matinée, permet quand
même de prendre le pouls d'un des partenaires d'une tripartite, dont le monde
du travail attend beaucoup. «Le seul point dont on est sûr qu'il est à l'ordre
du jour, c'est le SNMG. Tout le reste doit faire l'objet de consultations
transversales avec les autres partenaires», nous a dit hier le SG de la
Centrale syndicale après plusieurs tentatives de le faire parler. Le salaire
national minimum garanti (SNMG) est justement ce point précis à propos duquel
les travailleurs tendent l'oreille pour en connaître les évolutions que
daignerait bien opérer le président de la République. Parce que si, Sidi Saïd
est sûr que le SNMG est à l'ordre du jour, c'est parce que le premier à en
avoir parlé, c'est Bouteflika. Il a ordonné aux partenaires sociaux de
réfléchir à son relèvement. «A quelle hauteur ?», demandons-nous à Sidi Saïd.
«Il est impossible que j'en parle maintenant, je ne veux m'avancer sur rien du
tout», a-t-il lâché sans presque réfléchir comme s'il pensait qu'on pouvait
deviner les niveaux de relèvement qu'il doit jalousement garder dans ses
tiroirs. «Bien sûr que nous avons différentes hypothèses, c'est déjà fait, on attend
de les affiner», susurre-t-on dans les couloirs de la Maison du peuple.
Il est inutile d'insister à
vouloir faire parler Sidi Saïd sur cette question. Sous son air débonnaire, il
peut cacher des sautes d'humeur qui lui ferait perdre son sourire habituel.
Un SNMG à 18 000, 20 000 ou à 35
000 DA comme le revendique Louisa Hanoune ? «Et même à 50 000, pourquoi pas ?»,
s'amuse à renchérir Sidi Saïd. Pourtant, on entend dire que l'UGTA vient de
finaliser une étude sur le panier de la ménagère et pense qu'il ne pourrait
être rempli que si le salaire minimum serait de 36 000 DA. «Nous sommes en
train de la terminer», nous dit Sidi Saïd comme pour mettre un terme à la
discussion sur ce sujet. Il est clair que le niveau du relèvement du SNMG est
une question qui sera tranchée par le seul président de la République.
Le SG de l'UGTA venait de sortir
d'une réunion avec quelques membres de son secrétariat national. Abdelkader
Malki, l'air un peu fatigué - Ramadhan aidant - restera le dernier à sortir du
bureau. Ce qu'ils confirmeront tous les deux, c'est la tenue de la prochaine
tripartite «juste après l'Aïd, fin septembre». Vous deviez la tenir plutôt ?
Interrogeons-nous. «On n'était pas prêt», répond Sidi Saïd.
Dans l'attente «des consultations transversales»
Et bien qu'il refuse de
communiquer, ses «compagnons» ont déjà avancé que l'ordre du jour de cette
rencontre ne sera pas si différent de ceux des tripartites passées. «En dehors
du SNMG qui en sera le clou, on se penchera sur des dossiers récurrents comme
les salaires impayés, l'application des décisions de justice et autres du même
type comme le pouvoir d'achat et la cherté de la vie, nous inclurons le soutien
à des mesures encourageant la production nationale», nous a déclaré un membre
du secrétariat national en juin dernier (Voir Le Quotidien d'Oran du 18 juin
2009). Mais, pour cette fois-ci, on s'attarde quelque peu sur un autre point,
le nouveau code du travail que le gouvernement tentera, selon les
syndicalistes, d'introduire dans l'ordre du jour. Seulement «c'est justement ce
que nous ne souhaitons pas parce que ce code a beaucoup de zones d'ombre qu'on
n'a pas encore éclairci avec le ministère du Travail», nous disait notre source
en juin dernier. «Si l'on accepte de ne pas être trop regardant sur le volet
relations de travail ou recrutement, nous tenons par contre à savoir qu'entend
le gouvernement par flexibilité de l'emploi, c'est une question très délicate
», estime-t-on à l'UGTA. Il est possible aussi que la tripartite examine les
programmes d'assainissement financier des entreprises. En fait, il est plus
question pour la centrale syndicale de demander au gouvernement de lui remettre
l'emploi du temps de Temmar pour tout ce qui est industrie. D'autant que le
programme d'assainissement existe bel et bien puisque même le ministre des
Finances en a parlé quand il a reçu, à la mi-août, un groupe de journalistes
pour expliquer les dispositions de la loi de finances. Il a fait état, en
effet, d'un dispositif qui, a-t-il dit, « traite les entreprises viables dont
les dettes ont été rachetées par le Trésor public et celles non viables pour
lesquelles l'Etat a gelé les découverts et pris en charge leurs intérêts».
L'UGTA voudrait voir les Sociétés de gestion des participations (SGP) ouvrir le
dossier en tripartite.
L'on nous dit à la centrale
syndicale que chaque partenaire (gouvernement, UGTA, organisations patronales)
doit préparer son ordre du jour. Et avant de rentrer en tripartite, ils devront
s'échanger les copies pour en accorder les points et en faire un ordre du jour
collectif. C'est ce qui sera fait, comme a dit Sidi Saïd, «en consultations
transversales ». Celles-ci auront lieu en principe, une semaine avant l'Aïd.
«Il y a chez nous un véritable problème de société»
L'on s'attend à ce que le Forum
des chefs d'entreprises (FCE) participe pour la première fois à la tripartite.
«Il est possible qu'il soit présent puisqu'il a voulu se transformer en
syndicat des patrons», explique-t-on.
Excepté la tenue de la tripartite
après l'Aïd, rien de tout cela ne sera ni confirmé ni infirmé par le SG de
l'UGTA, qui avait une allure décontractée. Chemise - en soie - bleu marine
lâchée sur un pantalon en toile écru et espadrilles en écru et blanc, Sidi Saïd
était plutôt serein hier même si, à un moment, avec ses mains croisées sur sa
tête, il donnait l'air de battre en retraite. « Je suis fatigué, je ne dors pas
d'abord assez », nous dit-il. Interrogé sur sa santé, il affirme «gérer les
choses, sans trop de problèmes». Mis à part les yeux un peu bouffis par le
manque de sommeil, il n'avait pas l'air de souffrir. Mais, curieusement, il
avait affiché une tendance de philosophe qu'on ne lui connaissait pas. Nous
l'entendrons dire ainsi «nous sommes en période de piété, le Ramadan est un mois
de clémence, mais ce n'est pas ce que nous voyons chez nous». Il se dit peiné
de voir tant de visages angoissés dans les rues et les marchés. «J'ai été faire
un tour au marché de Aïn Benian, j'ai vu des visages angoissés, il y a, chez
nous, un véritable problème de société», souligne-t-il. Il estime que pour s'en
sortir «il faut en discuter, il faut un débat serein, sans a priori, sans
insultes, sans déchirures». Il dit être pour des discours contradictoires «mais
basés sur des logiques positives». Pour lui, «la société n'a plus de repères,
il ne faut pas oublier que ceux qui sont nés durant les années 80, qui ont vu
plusieurs crises et ceux des années 90 qui sont nés dans la violence et le
sang, sont aujourd'hui de jeunes adultes qui ont pour seuls repères la violence
et le matériel, ça ne construit pas un être humain». Il suggère
qu'«aujourd'hui, on doit donner sa dimension à la sérénité parce que nous
sommes un pays en convalescence, nous sommes dans une situation de
post-violence, c'est très délicat». Le pays, dit-il, «a besoin d'être porté par
tout le monde et tout le monde doit faire des concessions, des sacrifices. Si
je suis appelé à les faire en tant que syndicaliste pour amorcer le
rétablissement du pays, je le ferais. Je préfère dialoguer même si beaucoup
n'en sont pas convaincus». Toujours sur un ton désappointé, il continue «je
peux être incompris par ma base, mais nous avons besoin de tranquillité pour
avancer, il faut sauter les verrous de l'hypocrisie pour atteindre l'objectif
d'un pays prospère, de plein emploi, d'un bon pouvoir d'achat, d'une vie
normale tout court». L'on se demanderait si le SG de l'UGTA n'anticiperait pas
ainsi sur une tripartite dont les résultats ne changeraient rien aux angoisses
des petites gens...
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com