Pour la soprano Amel Brahim Djelloul, la belle histoire continue. D'Algérie où elle apprit, toute petite, le violon et le chant, la voici désormais propulsée en France au rang des jeunes vedettes de l'opéra mondial.
Aix-en-Provence
De notre envoyé spécial
La carrière d'Amel Brahim Djelloul s'annonce florissante. «Je crois à ma bonne étoile», nous confie-t-elle sereinement. On peut la croire. Cet été, on a pu l'applaudir aux Chorégies d'Orange, dans la Petite messe solennelle de Rossini, tout juste après avoir quitté la scène de l'opéra Bastille à Paris en juin. Puis, jusqu'à la fin de juillet, elle a alterné les dates, avant des vacances bien méritées en août. Enfin, entorse agréable au répertoire opératique, à Aix-en-Provence, où elle avait chanté l'an dernier dans La clémence de Titus de Mozart, elle s'était offert, le 17 juillet dernier, le luxe d'un concert magnifique aux couleurs de l'Andalousie et la Méditerranée, son jardin secret. Un spectacle donné avec son frère Rachid, violoniste, orchestrateur né, passeur de musiques entre l'Occident et l'Orient. Avec son ensemble, Amedyez, ce fut un vrai régal. Amel Brahim Djelloul aimerait beaucoup renouveler ce genre de concert : «J'aimerais en faire plus, car cela m'apporte une liberté d'être dans mon univers, ma voix se modèle, et puis ici en France, le concert a un effet positif sur le public qui découvre un autre art.»
Tout cela est vécu par elle comme un vrai conte de fée. D'ailleurs, on devrait écrire fées au pluriel. Dans sa vie, il y eut d'abord le grand-père, qui jouait pour le plaisir dans une fanfare, mais aussi du banjo dans un ensemble chaâbi, à Khemis-Miliana. Il y a aussi le père, dont Amel Brahim Djelloul salue l'ouverture d'esprit. «Toutes les filles ne sont pas encouragées lorsqu'elle jouent d'un instrument ou qu'elles chantent», nous confie-t-elle. Troisième fée, si on peut dire, son frère Rachid, «vraiment doué pour la musique». Lui, partit tôt d'Algérie pour continuer sa route musicale en France, où elle devait le retrouver quelques années plus tard. Autre personne qui l'a beaucoup aidée, son professeur algérois, auquel elle rend hommage, Abdelhamid Belferouni.
«Mon apprentissage, c'était le violon, mais lorsqu'il m'a entendue chanter, lui qui était formé à l'école russe et connaissait bien l'opéra, a repéré ma voix. Tu es faite pour ça, m'a-t-il dit. Tu ne pourras pas évoluer si tu ne traverses par la Méditerranée. En stage, une des professeurs, une Anglaise, me remarque et elle me fait une lettre de recommandation. ''Cette jeune femme, estime-t-elle, en m'encourageant, a besoin d'être accompagnée pour apprendre le chant lyrique, elle a le don''. Elle a contacté des gens à Paris au conservatoire supérieur de musique, le CNSMD, et j'ai décroché une bourse d'études. J'ai quitté Alger le 13 septembre 1998, pour assouvir ma passion, je n'aurais jamais pensé un jour quitter le pays ».
«Une progression que je mesure au fil du temps»
Le chant lyrique occidental n'est plus guère dans l'air du temps algérien comme il le fut à l'ère coloniale et de façon éparse après l'indépendance. Les talents dans le genre s'étiolent et disparaissent. Amel Brahim Djelloul est une des rares à avoir pris conscience de ses possibilités, à l'étranger et de s'être accrochée, en dépit du chemin à parcourir. Une suite de rencontres lui ont fait gravir un palier dans son évolution artistique. Aucun petit rôle ne la rebute. Il y a trois ans, elle jouait le petit rôle du berger dans le magnifique opéra «Mireille» de Charles Gounod. Petite présence sur scène dans l'impressionnant théâtre antique d'Orange, mais grand succès et tonnerre d'applaudissements. Sans perdre de sa simplicité, elle a chanté avec les plus grands chefs d'orchestre sur beaucoup de scènes prestigieuses en Europe et aux Etats-Unis.
La liste de ces interprétations est remarquable et remarquée par la presse, dont la radio musicale classique France Musique, qui lui a déjà consacré deux émissions. «Je me sens épanouie dans mon métier avec une progression que je me mesure au fil du temps. Je pense que je suis arrivée au bon moment, sans bousculer quoi que ce soit et cela m'a permis de faire jusqu'à ce jour tant de choses différentes et enrichissantes que qui me font évoluer», estime la soprano à la tessiture de voix douce et fluide comme une source d'eau pure. Elle sait qu'elle est aujourd'hui à un tournant de sa jeune carrière, avec de grands rôles à portée de voix. Mais elle ne veut pas en parler tant que cela n'est pas signé. En fait, elle est au moment où elle peut jouer des rôles plus longs dans des 'uvres opératiques, des personnages qui maintiennent sa présence du premier acte au dernier.
«Un challenge de tenir dans l'endurance», en conclut-elle, avec un sourire qui ne la quitte jamais. Si au départ elle reconnaît que sa chance c'est d'abord la volonté, puis les rencontres, le soutien affectif familial et musical, elle pourra ajouter désormais la ténacité, celles qui trace les grands desseins.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com