Oran - Revue de Presse

La sortie, acte culturel



On pourra dire ce que l'on veut de ce deuxième Panaf'. On le dit d'ailleurs déjà, en bien ou en mal, en figue ou en raisin, en groupe ou en aparté, en privé ou dans la presse. Et c'est tant mieux car l'un des buts essentiels de la culture est l'exercice de la critique. Mais, au risque de radoter, il est un fait qui mérite d'être encore souligné : l'extraordinaire engouement des citoyens à sortir le soir. Non pas seulement les irréductibles « cultureux », dont nous sommes, qui font le bonheur des séances de dédicaces en librairie, des cinéclubs ou des vernissages, mais « Monsieur et Madame tout le monde ». Le phénomène prend de l'ampleur et, faute de statistiques, il est observable à l''il nu, comme dans ce quartier de la banlieue où le parking, habituellement l'objet, dès le Maghreb venu, d'âpres batailles pour une demi-place de stationnement, demeure clairsemé jusqu'à des heures avancées de la nuit. Son gardien ne cache pas sa frustration.Passionné de chant, poussant des vocalises durant ses gardes, avec une belle voix il faut le dire, il se sent floué quelque part. Aux dernières nouvelles, il a décampé lui aussi, emmenant femme et enfants aux concerts nocturnes, en prenant soin de se faire remplacer. Bien sûr, un tour du côté des « chouayin » d'El Achour ou des marchands de glaces de Staouéli ou Fouka Marine peut nous indiquer que les « plans-bouffe » demeurent d'actualité. Mais, selon nos informateurs sociaux préférés et patentés, ces directions sont largement combinées avec des sorties culturelles. Youssou N'dour puis pêche-melba à la chantilly ou brochettes dinde-merguez suivies par Safy Boutella. Dit ainsi, cela peut choquer. Mais, à bien y regarder, il ne saurait y avoir offense, ni pour les artistes ni pour les spectateurs. Quand l'acte de consommation culturelle devient aussi naturel que celui de manger, il y a, au contraire, progrès. Seuls quelques puristes pourraient s'en offusquer quand ils trouvent naturel qu'à Paris, on réserve son restaurant à Saint-Germain-des-Prés en même temps qu'une place à la Comédie française.Toutes les traditions culturelles de l'humanité ont été liées à la commensalité (l'acte de manger ensemble) et la convivialité, chacun avec ses formes et ses rites. Et là, sous nos yeux, sans qu'on sache encore si cela amorcera quelque chose de durable, les Algériens rompent avec leur enfermement, s'éloignant de la « culture d'appartement » (télé, DVD, internet) parfaitement décrite par l'universitaire oranais Hadj Miliani, culture qui représente cependant une tendance lourde et universelle ; se débarrassant des phobies réelles ou supposées à l'égard de la vie nocturne ; bravant enfin l'esprit de couvre-feu qui s'est incrusté en eux de manière terrible. A leur élan, correspond un dispositif : des programmes suffisamment attractifs, un encadrement de sécurité et un accès gratuit à des espaces publics. Ce qui indique que la responsabilité de l'Etat est entière dans la poursuite d'une telle dynamique.Pour l'instant, nos jeunes amis du site kherja.com qui ont pris très tôt la mesure de ce que signifie l'acte de sortir, doivent être bienheureux. Quant à ceux qui ont oublié qu'il n'y a pas si longtemps les Algériens qui n'étaient pas enterrés devaient se terrer, qu'ils sortent un peu vérifier ce que nous avançons. See you outside.
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