
C'est le Mois du patrimoine depuis le 18 avril. Beaucoup de musées sortent leurs joyaux pour accueillir le public de tous âges. Celui du Bardo, à Alger, nous offre pour l'occasion une nouvelle exposition sur l'histoire de l'écriture. Un sujet passionnant quand on sait que la ligne de démarcation entre la préhistoire et l'histoire se situe sur l'apparition de l'écriture.Sous le titre, «L'écriture, des signes aux lettres... Naissance et voyages des Ecritures», on revient sur une histoire vieille de 4000 ans. On voyage dans le temps et l'espace vers la Mésopotamie des Sumériens, inventeurs de l'écriture. Une reproduction de tablette porte encore les comptes d'orges et autres marchandises d'un probable notable mésopotamien.On l'oublie souvent, mais l'invention des lettres va de pair avec celle des chiffres. Il est même probable que le besoin de tenir une comptabilité ait été un des principaux motifs de cette invention révolutionnaire. L'activité du commerce et l'établissement de contrats a aussi encouragé ce moyen qui permet de consigner des faits sur un support plus durable que la mémoire humaine.Ce sont d'ailleurs les Phéniciens, connus pour leurs activités marchandes à travers la Méditerranée, qui ont inventé les premières formes d'alphabet. Des préoccupations bien prosaïques en regard du prestige dont jouira l'écrit à travers les âges. Après l'argent, le temps. En effet, l'écriture permettra aussi de préciser la mesure du temps à travers des calendriers de plus en plus précis. Elle permet enfin d'asseoir son pouvoir en l'inscrivant dans le roc ! C'est le cas du Code de Hammourabi (1750 avant J.-C.) qui reste le plus vieil exemple de texte juridique. Pour le roi babylonien, comme pour les pharaons, l'écriture de leur épopée leur confère une dimension sacrée et répond à leur ambition d'éternité.L'exposition met enfin en avant les écritures qui ont permis de transcrire le tamazight. On peut observer des inscriptions en Lybique (qui serait inspiré de l'alphabet punique) ainsi qu'en Tifinagh. La langue arabe est également présente, avec des manuscrits calligraphiés notamment du Coran qui a impulsé «la tradition de l'embellissement du manuscrit coranique, véritable ?uvre d'art, tant les copistes et les souverains avaient à c?ur de produire des ??masahif'' prestigieux». En somme, cette exposition, malgré ses dimensions modestes, nous invite à méditer sur cette épopée humaine qui commence, dès la préhistoire, avec l'art rupestre et se poursuit aujourd'hui avec les nouvelles technologies.On profitera de cette visite pour voir ou revoir deux expositions toujours en cours. Celle du haïk, qui se tient depuis le Ramadhan dernier, explore les différentes facettes de cet habit typique algérien. Ses différentes variantes régionales sont mises en avant, mais aussi sa dimension de symbole d'identité face au colonialisme et même son rôle de camouflage pour les moudjahidine dans la bataille d'Alger.Autre exposition en cours au Bardo : «Pouvoirs des perles d'Afrique». Un voyage en Afrique à la découverte d'impressionnantes perles, tirées de la collection de Tonia Marek, qui brillent par leurs couleurs et leurs formes variées, mais aussi par leurs usages insoupçonnés.Des vertus thérapeutiques ou magiques leur sont associées dans différentes traditions. Les perles sont également présentes dans le christianisme, l'islam et le bouddhisme sous forme de chapelets. Par ailleurs, leBardo ressort pour l'occasion les bijoux royaux de Tin Hinan. En effet, les colliers et bracelets découverts à Abalessa nous offrent un aperçu de la parure de la reine des Touareg.Trois expositions pour le prix d'une. Une très bonne «affaire», surtout que l'accès (comme pour tous les musées) est gratuit durant le Mois du patrimoine.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Bouchakour
Source : www.elwatan.com