
La carte présentée est un document cartographique et militaire remarquable du XVIIIᵉ siècle intitulé « Topographica Repraesentatio Barbarici Portus et Urbis Munitae Oran ». Elle fut publiée en 1732 par les héritiers de Johann Baptist Homann à Nuremberg, l’un des plus grands centres européens de production cartographique de l’époque.
Cette gravure représente la ville fortifiée d’Oran, son port, ainsi que les positions militaires liées à la campagne espagnole de 1732, lorsque l’Espagne reconquit la ville après vingt-quatre ans de domination ottomane.
La maison d’édition fondée par Johann Baptist Homann fut l’une des plus prestigieuses d’Europe au XVIIIᵉ siècle. Après sa mort en 1724, l’entreprise continua sous le nom Homannsche Erben (les héritiers Homann).
La carte indique qu’elle fut réalisée d’après les relevés du géomètre et ingénieur militaire Christian Gephart. Ces relevés auraient été transmis et gravés par les héritiers Homann avec privilège impérial du Saint-Empire.
Il s’agit donc d’une carte scientifique et militaire, conçue pour documenter un événement stratégique majeur en Méditerranée.
Depuis 1509, Oran était une place forte espagnole en Afrique du Nord. Cependant, en 1708, les forces de la régence d’Alger, sous autorité ottomane, réussirent à reprendre la ville.
En 1732, le roi d’Espagne Philip V of Spain décida d’organiser une expédition massive pour récupérer ce port stratégique.
La flotte espagnole était impressionnante :
plus de 500 navires
environ 30 000 soldats
plusieurs milliers de marins et d’artilleurs
L’opération fut dirigée par le général José Carrillo de Albornoz, qui parvint à reprendre Oran après un débarquement et une série de combats autour de la ville.
La carte constitue donc une illustration stratégique de cette campagne militaire.
La gravure représente la côte occidentale de la baie d’Oran avec une grande précision.
On distingue :
la ligne du littoral rocheux
les falaises dominant la mer
les plages permettant un débarquement
les reliefs intérieurs
Au bas de la carte figure l’inscription « Mitteländische Meer », c’est-à-dire la mer Méditerranée.
Les lignes rayonnantes partant de la rose des vents correspondent aux directions de navigation utilisées par les marins.
La ville est représentée comme une place fortifiée compacte située près du rivage.
Les éléments visibles comprennent :
les remparts urbains
la citadelle
les bâtiments militaires
les structures du port
L’urbanisme apparaît serré, caractéristique des villes fortifiées méditerranéennes de l’époque.
Plusieurs positions militaires sont dessinées :
Fort Santa Cruz, dominant la ville depuis le mont Murdjadjo
les fortifications protégeant l’accès au port
des bastions avancés contrôlant la côte
Le fort Santa Cruz, construit par les Espagnols au XVIᵉ siècle, était la clé de la défense de la ville grâce à sa position dominante.
L’élément le plus spectaculaire de la carte est la présence de nombreux cercles disposés dans l’arrière-pays.
Ces cercles représentent les campements de l’armée espagnole pendant la campagne.
Chaque cercle correspond probablement :
à un régiment
à un corps de troupes
ou à un secteur du camp militaire
Cette représentation graphique permet de comprendre l’organisation spatiale de l’armée autour de la ville.
On distingue également :
des unités de cavalerie
des colonnes en marche
des positions de siège
La carte montre également plusieurs éléments du paysage :
des vallées menant vers l’intérieur
des rivières ou oueds descendant vers la mer
des chemins reliant les camps militaires
Ces détails étaient essentiels pour la planification militaire et les mouvements de troupes.
Comme beaucoup de cartes du XVIIIᵉ siècle, cette gravure combine précision scientifique et esthétique artistique.
Les caractéristiques notables sont :
reliefs dessinés en perspective
couleurs aquarellées
mer stylisée
cartouches explicatifs
Les montagnes sont représentées selon la technique dite « en taupinière », typique de la cartographie de cette période.
Le titre mentionne la région comme « Barbarici » ou « Barbarie », terme employé par les Européens pour désigner le littoral d’Afrique du Nord.
Cette terminologie reflète la perception européenne du Maghreb à l’époque, souvent liée aux conflits maritimes et aux activités corsaires.
Cependant, du point de vue historique local, Oran appartenait au territoire de la régence d’Alger, province de l’Empire ottoman.
Cette carte possède plusieurs intérêts majeurs :
elle représente une opération militaire précise : la reconquête espagnole de 1732.
elle fournit des informations sur la géographie d’Oran avant la période coloniale française.
elle illustre les méthodes européennes de représentation du territoire au XVIIIᵉ siècle.
La Topographica Repraesentatio d’Oran (1732) est bien plus qu’une simple carte. Elle constitue un témoignage visuel précieux d’un moment clé de l’histoire méditerranéenne.
Elle révèle :
l’importance stratégique d’Oran
les rivalités entre puissances européennes et la régence d’Alger
l’évolution de la cartographie militaire européenne
Aujourd’hui, cette gravure demeure une source précieuse pour les historiens du Maghreb, de la cartographie et de l’histoire militaire du XVIIIᵉ siècle.
Posté par : patrimoinealgerie