
Trois ans sans salaire, mais en permanence sur leur lieu de travail : c'est ce à quoi se sont astreints les dizaines d'employés du Musée national de Bosnie, la plus importante des institutions culturelles du pays, depuis sa fermeture en 2012. Une mobilisation pour garder intacts les quatre millions d'objets présents entre les murs, qui a su trouver un écho citoyen. Un acte de résistance aussi, dans une Bosnie minée par les divisions, et où la culture commune ne se préserve qu'à coups de subventions, étroitement liées au climat politique.La végétation chaotique dévorant le jardin du musée laisse deviner que tout n'a pas fait l'objet d'une attention méticuleuse. Mais les oeuvres, elles, sont préservées. Et c'est bien l'essentiel pour la quarantaine d'employés encore sur les lieux. En ces premiers jours de septembre, chacun s'est mué en agent d'entretien. L'excitation le dispute à la fatigue d'une lutte que tous croyaient sans fin. Ils ont pourtant obtenu gain de cause : après trois ans sans avoir vu de visiteurs, le musée - « leur » musée - rouvre enfin ses portes. Dans le hall d'entrée, alors que deux ouvriers s'éreintent à donner aux murs leur fraîcheur d'antan, Ines Bulajic vante les qualités de l'institution. Ici reposent près de quatre millions d'objets provenant de toute la Bosnie, « ce qui fait du Musée national l'un des plus importants de tous les Balkans ». Le bâtiment a été érigé au XIXe siècle. Ines Bulajic est la porte-parole de l'association Akcija (« Action »), à l'origine de l'initiative « Je suis un musée », organisée pour sensibiliser le grand public à la cause des employés. Après sa réouverture, il ne sera donc pas seulement question de présenter les trésors de Bosnie aux visiteurs, il s'agira aussi de leur conter trois années de résistance pour leur sauvegarde. Au premier étage, demeure toujours, d'ailleurs, une exposition de l'artiste bosnien Zijad Gafic. Des clichés sur lesquels certains employés prennent la pose, pour la bonne cause. Dehors, devant le pavillon du département d'ethnologie, un balai et une chaise composent une sorte de check-point pour accéder au bâtiment. Azra Becevic, 40 ans, ne joue plus les sentinelles, elle aide deux collègues à briquer des présentoirs. Après 18 ans passés dans ces murs, elle mesure la chance que constitue cette réouverture. « J'ai réussi à survivre car mon travail est assez rare dans le pays. Peu de personnes travaillent dans le secteur de la conservation. J'ai développé, en 18 ans, des liens avec plusieurs institutions. » Mais comme les autres, et malgré son Master obtenu en Grande-Bretagne, elle a dû se résoudre à trouver des petits boulots. Mardi pourtant, elle ne reverra pas tous ses collègues. Avant la crise, 65 personnes travaillaient au Musée national de Bosnie - 120 avant la guerre. Ils ne sont plus désormais que quarante. Enjeux politiciens La faute aux financements, bien sûr. Car en Bosnie, la culture nationale tombe dans un vide institutionnel. Seules les entités sont à la manette, et dans un pays ethniquement divisé, tous ne se précipitent pas pour maintenir en vie ce genre d'institutions. « Il n'y a pas une ligne de budget pour la culture, confirme Ines Bulajic dans un soupir. Le musée reçoit seulement des subventions du ministère des Affaires civiles. »
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M E
Source : www.lnr-dz.com