Oran - A la une

La réalité peu enviable de l'artisanat 3 000 artisans sur les 7 000 enregistrés à Oran ont mis la clef sous le paillasson



Photo : Sahel
De notre correspondant à Oran
Samir Ould Ali

En novembre dernier 2011, à l'occasion du «Carrefour du jeune entrepreneur», organisé à l'intention des porteurs de projets dans les vastes locaux du Centre des Conventions d'Oran, des responsables de la Chambre de l'artisanat et des métiers d'Oran ont livré quelques chiffres tellement éloquents qu'ils dispensent de tout commentaire sur la situation réelle de l'artisanat dans la capitale de l'Ouest : cinq années après avoir lancé leur activité, 3 000 artisans sur les 7 000 enregistrés par la Chambre, ont mis la clef sous le paillasson. «En raison de multiples difficultés, 3 000 jeunes artisans ont rangé leurs outils et instruments et sont allés rejoindre le circuit de l'informel ou grossir davantage les rangs des chômeurs», ont ainsi expliqué les responsables, en pointant quelques-unes des difficultés qui freinent l'évolution de ce secteur dans une région aux potentialités indiscutables. Les lourdes charges d'exploitation, l'absence de circuits de vente ou d'exposition, le manque des matières premières (certains parlent de détournement vers d'autres espaces) et l'anarchie qui continue de caractériser l'économie constituent les principaux obstacles que les artisans (notamment dans la tannerie et la transformation du cuir et la joaillerie) n'arrivent pas à surmonter. La Chambre de l'artisanat et des métiers a même prévenu, qu'à moins d'un regain d'intérêt pour ce secteur et de nouvelles mesures concrètes, les autres métiers encore en activité et qui sont confrontés aux mêmes difficultés, risquent de connaître le même sort.Au cours de la même période, Smaïl Mimoune, le ministre du Tourisme et de l'Artisanat, annonçait l'élaboration d'un nouveau plan de développement durable de l'artisanat pour l'horizon 2020, afin de «donner une impulsion aux métiers artisanaux en vue de leur permettre de contribuer au renforcement et à la promotion de l'industrie artisanale et de la hisser aux normes de qualité exigées par les nouvelles donnes économiques locales et internationales», avait-il expliqué lors d'une visite. Et, à l'évidence, la labellisation des produits semble plus importante aux yeux des pouvoirs publics dans le processus de relance du secteur que l'absence de circuits de vente ou le manque des matières premières qui continuent pourtant d'asphyxier les artisans ; et ce ne sont pas les expositions qui s'organisent de loin en loin (généralement à l'occasion des dates anniversaires de l'artisanat et du tourisme), les annonces et promesses médiatiques qui desserreront l'étau. A Oran, comme ailleurs, la concurrence déloyale imposée par les produits manufacturés -qui plus est, sont importés de lointains pays-, l'incapacité des pouvoirs publics à trouver une issue au marché parallèle (encore que les récentes opérations d'assainissement semblent avoir quelque peu ébranlé un certain nombre de certitudes), l'anarchie qui marque l'économie nationale et le propension presque «mécanique» des opérateurs et investisseurs privés à privilégier le commerce au détriment de l'industrie sont autant d'obstacles qu'il convient de traiter - à défaut de les lever- pour apporter un peu plus de visibilité à une situation très confuse. C'est, en tout les cas, ce que les artisans estiment, eux qui ont toutes les peines du monde à se «nourrir» d'une activité qu'ils ont pourtant adopté en raison des mesures de soutien et de promotion annoncées. Cela est d'autant plus urgent que les jeunes ne rechignent pas à embrasser une carrière dans les différents métiers de l'artisanat, pour peu qu'ils bénéficient des moyens et outils nécessaires. Or, toutes les mesures régulièrement prises pour promouvoir l'activité artisanale se sont révélées, dans leur grande majorité, inopérantes et ont butté sur la réalité économique.
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