Oran - Revue de Presse

La polygamie, un mal ou un remède ?



Avant de répondre à cette interrogation qui taraude plus d?un esprit, il est judicieux à notre sens d?éclaircir certaines zones d?ombre, voire dépoussiérer certaines idées reçues, afin de mieux connaître la polygamie pour y porter un jugement définitif sur le bien-fondé de cette pratique.

Pour commencer, un petit détour sur l?histoire de l?humanité nous paraît incontournable afin de lever l?équivoque qui pèse sur l?islam d?être à l?origine d?ouvrir à un homme le droit d?épouser plusieurs femmes à la fois. L?histoire nous apprend et reconnaît l?existence de la polygamie depuis la nuit des temps. En effet, épouser plusieurs femmes sans limite de nombre fut profondément enraciné dans les m?urs des anciens peuples. Certains prophètes étaient d?ailleurs polygames. Dans les anciennes écritures à l?exemple de l?Ancien Testament, la polygamie n?était nullement interdite.

Au fil du temps et à défaut de lois réprimant les injustices, l?homme polygame se donnait libre cours à ses fantasmes pour abuser de la faiblesse de ses femmes. S?installa alors la discrimination sexuelle qui dégrada la femme au statut d?objet à s?en servir et qu?on peut s?en débarrasser à tout moment. Elle fut considérée comme créature péché qu?il faut supporter de vivre avec, soit l?enterrer vivante dès son jeune âge, comme il fut au temps de la Jahiliya préislamique.

Pour en finir avec cette criarde injustice assimilée à une forme d?esclavagisme à l?encontre des femmes, il fut décidé l?abolition pure et simple de la polygamie. Elle s?entama en France, avec l?institution de la chasteté par Grégoire VII, au temps de Charlemagne, qui interdit aux hommes des églises d?être polygames. Le président turc Mustafa Kemal Atatürk, sitôt élu président, proclama la fondation de la république laïque qui abolira de facto la pratique de la polygamie en 1925. Lui emboîtant le pas, le président tunisien Habib Bourguiba promulgua de son côté en 1956 le code du statut personnel de son pays qui interdise ce type de mariage. De nos jours, la Tunisie reste le seul pays musulman qui interdit l?usage de cette pratique.

Ainsi et comme nous l?avons démontré précédemment, la polygamie est antéislamique. L?avènement de l?islam qui arrive à temps, bouleversa les pratiques anarchiques en vigueur et transforma considérablement les conditions de la femme en sa faveur. Par conséquent, la femme se fut libérée des carcans ancestraux et retrouva graduellement sa considération et sa dignité dans la société. A la pléthore de coépouses que se permettait un homme jadis, la législation islamique réduisit le nombre à quatre. Quant aux conditions d?accès à cette forme de mariage, elles sont tellement rigoureuses, parfois même impossibles à satisfaire que rares sont les personnes qui songent ou osent devenir polygames. Il suffit d?ailleurs de demander l?avis à n?importe qui sur le sujet, et voilà la réponse arrive spontanément: «Je n?y arrive plus à s?en sortir (difficultés) avec ce que j?ai (épouse) et tu veux que j?en rajoute une deuxième».

Pour se rendre compte de ces conditions, il suffit de jeter un coup d??il sur le code de la famille algérien, qui bien évidemment s?inspire de la charia islamique. A titre d?exemple, la polygamie ne peut se concrétiser qu?après accord du président du tribunal qui de son côté la subordonne au consentement mutuel de l?ex-épouse avec la future épouse (la première femme a notamment le droit de s?y opposer), aussi qu?aux motifs et aptitude de l?époux à assurer l?équité et les conditions nécessaires à la vie conjugale.

Devant ces conditions qui font fuir plus d?un, certaines franges de la société rejettent d?emblée le mariage avec plus d?une femme, l?assimilant à un mal qu?il faut éradiquer à jamais. D?autres, à l?opposé, considèrent la polygamie comme le seul meilleur remède efficace à une société pour contrecarrer l?adultère et autres dépravations sexuelles. Pour les premiers et en dépit des règles restrictives sus-indiquées, il n?en demeure que des voix s?élèvent de partout, d?organisations de défense des droits de la femme, d?intellectuels et de politiciens, qui par médias interposés dénoncent énergiquement ce genre de mariage et demandent par conséquent son interdiction.

A leurs yeux, la polygamie est pratiquée uniquement pour l?assouvissement de désirs charnels, la projection des fantasmes et autres appétences sexuelles. Ils l?assimilent à une forme d?esclavagisme, du fait que la dignité de la femme est piétinée par son époux qui préfère satisfaire ses fantasmes sexuels plutôt que d?améliorer la condition de celle-ci. Ce sont là quelques griefs exprimées ici et là par certaines franges de notre société à l?encontre de la polygamie. Bien évidemment, en réaction à leur inquiétude, des experts de l?ONU se disent «préoccupés par la persistance de discriminations à l?égard des femmes tant en fait qu?en droit» et recommandent aux autorités algériennes «d?abolir la polygamie qui porte atteinte à la dignité de la femme» et de «réviser sa législation, afin de définir et de criminaliser la violence entre conjoints et le viol conjugal». De l?autre côté de la Méditerranée, l?avis du président français Nicolas Sarkozy sur la question ne s?est fait pas attendre. Dans son discours d?investiture (fév 2007), il déclara: «La polygamie c?est le contraire de la République». Il affirme que «la République française ce sont des valeurs... c?est la liberté de la femme, la dignité de la femme, le respect de la femme. Je le dis clairement que la polygamie est interdite sur le territoire de la République française. Je n?accepterai pas que la femme soit traitée à l?inférieur de l?homme... Personne n?a le droit d?être prisonnier, y compris dans sa propre famille», lit-on sur son site Internet officiel.

Les défenseurs de la polygamie y voient ce discours autrement et font remarquer que le constat sur la dégradation des valeurs françaises est sans appel, et la société d?autrefois n?est plus ce qu?elle est aujourd?hui. Parler de valeurs moraux dans un monde occidental en pleine démocratie libertine n?est qu?illusion. Les actes immoraux ont pris le dessus et règnent en maître au point où le fidèle est devenu le paria de la société au grand bonheur de l?infidèle, et l?interdit a pris place du permis. L?image de l?infidélité qui n?émeut plus personne et où tout le monde semble s?y plaire dans sa pratique, est devenue des plus banale. Les maires ont beau conseiller aux nouveaux mariés que «les époux se doivent fidélité», appuyés par le code civil dans son article 212 stipulant que «l?adultère est une faute», le constat parle de lui-même, la palme des causes de la quasi-totalité des divorces en France revient à l?infidélité des conjoints. Il suffit de quelques heures, voire parfois quelques jours suivant le mariage, pour remarquer que le mari qui a juré devant tout le monde fidélité et amour à vie pour le meilleur et pour le pire, à son épouse, devenir menteur en plus d?infidèle. Il bafoue ainsi la dignité de sa femme, s?ensuivra alors la souffrance des enfants légitimes et illégitimes, abandonnés par leurs parents.

En Occident, l?incitation à la consommation sexuelle est permanente au point où le sexe est devenu une valeur marchande, ce qui conduit forcément à la multiplication des rapports et des partenaires. Parler de valeurs dans un monde où l?infidélité, le mensonge, la trahison sont devenus, toute honte bue, des pratiques usuelles courantes, c?est vouloir cacher la lumière du soleil par un tamis, pour ne pas dire verser dans l?hypocrisie. De nos jours, personne n?échappe à ces vices, y compris les autorités officielles occupant même le sommet de l?Etat.

Pour preuve, lorsque les Français ont appris l?existence de Mazarine, fille adultérine de François Mitterrand, alors président en exercice, ils ont souri. Sans oublier les Etats-Unis, où le feuilleton des relations sexuelles du président Clinton, hors mariage, avec Monica Lewinsky, ont failli lui coûter son fauteuil de président. Ces exemples illustrent à eux seuls l?ampleur de la pratique de l?infidélité et son corollaire l?adultère.

Dans la polygamie, rajoute ses défenseurs, il n?y a pas d?infidélité, l?épouse est au courant des intentions de son mari d?autant plus qu?il est fait avec son accord, car elle pouvait refuser ou demander le divorce. Aussi, pour une femme musulmane, l?éventualité que son mari épousera une autre femme était fort probable, tant que la permission est divine.

A propos de divinité, les pro-polygamie mettent en garde contre toute remise en question des prescriptions coraniques, car l?obéissance au Seigneur Allah passe obligatoirement par l?exécution de ses recommandations. Quoique la polygamie ne soit pas une obligation, il n?en demeure que militer pour son abolition relève d?une pure insoumission. A ce propos, le verset suivant avertit: «Le croyant et la croyante n?ont plus à choisir sur une disposition décrétée par Allah et son messager». Car, comme rassure le Coran, «Ton Seigneur, cependant, n?est point injuste envers les serviteurs». La polygamie trouve son autorisation dans le verset suivant: «Et si vous craignez de n?être pas justes envers les orphelins,... Il est permis d?épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent,...».

Si la polygamie est permise par la législation islamique, c?est qu?elle recèle en elle et propose sans doute des solutions non seulement à l?individu mais aussi à la société tout entière. Avant de découvrir ses bienfaits, il y a lieu de voir ses indications. La polygamie peut être une nécessité au cas où la femme présente une stérilité définitive, le bonheur d?avoir des enfants pour un homme n?est pas à démontrer. Aussi au cas où la femme présente une tare physique générale handicapante qui prive son époux à assouvir les plaisirs.

De même, une autre épouse pour l?homme s?avère parfois nécessaire si la première femme consacre une grande partie de son temps à sa profession et à l?éducation des enfants et réduit à une portion congrue le temps consacré à son mari. Sur ce dernier point, une journaliste égyptienne, Hayam Dorbek, présidente d?une association de défense de la polygamie, dénommée «Tayssir» [facilité], déclara sur la chaîne El Jazeera que «le droit à la polygamie est un droit pour les femmes autant que pour les hommes». Mère de deux enfants, très prise par son travail et peu encline au rythme de la vie de famille, elle voudrait bien que son mari choisisse une seconde épouse. Elle considère à travers les colonnes du quotidien italien La Repubblica «qu?une seule femme, cela ne suffit pas», car, dit-elle, «la polygamie permet aux femmes de se garder un espace de liberté», et de rajouter que «la polygamie est une solution contre l?immoralité et l?adultère qui dominent dans les sociétés occidentales».

Approuvant cette position, Afaf Al-Sayyd, une autre journaliste connue elle aussi pour son franc-parler, auteur de romans et militante des droits des femmes, reconnaît de son côté que «la polygamie est un remède aux maux qui secouent la société arabe. Le mariage polygame a un effet positif sur la tendance des hommes à aller voir ailleurs». Elle explique que «la polygamie permet de résoudre les problèmes des filles qui ne trouvent pas de maris et de mieux répartir les tâches domestiques au sein du foyer»

Parmi les solutions ou remèdes que propose la polygamie, nous en citerons quelques-uns.

Primo, les statistiques et autres recensements de la population indiquent que la population féminine tous statuts confondus (filles célibataires, divorcées, veuves) dépasse de loin en nombre son partenaire masculin. Cette différence en nombre engendrera des femmes adultes célibataires, atteignant des âges avancés, privées d?âmes s?urs. A défaut d?époux, certaines filles, Dieu merci, peu nombreuses, impatientes, ne pouvant maîtriser leurs instincts et désirs sexuels, verseront sans nul doute dans l?adultère. De ce fait, en autorisant un homme à épouser une deuxième femme, voire jusqu?à quatre, ceci résorbera graduellement le surplus de femmes célibataires, ce qui par conséquent fermera la porte de l?adultère.

Secundo, consentement de l?épouse oblige, les hommes polygames établiront des relations conjugales futures dans la légalité et le respect total de la dignité et des droits fondamentaux et absolus des coépouses. A signaler que la législation islamique, tout en autorisant la polygamie, recommande et insiste sur la préservation totale des droits et acquis de la premier épouse ainsi que le renforcement du lien conjugal. Force est de reconnaître que pratiquer la polygamie dans la transparence, au vu et au su de tout le monde et la subordonner à la légalité juridique, est plus rassurant car il offrira plus de dignité et de considération aux épouses, que les tromperies et autres infidélités sur fond d?adultère en catimini

Tertio, donner un second souffle aux femmes divorcées et autres veuves qui se trouvent marginalisées surtout celles qui assument la charge de leur progéniture. En acceptant le mariage avec un homme marié subvenant à leurs besoins, elles y trouveront sûrement leur salut. Toutefois, la grande difficulté pour un homme ayant choisi cette forme de mariage réside évidemment dans sa capacité d?être équitable avec toutes ses épouses. En islam, assurer l?équité et la légalité entre les épouses est condition sine qua none pour accéder à la polygamie. «Mais si vous craignez de ne pas les traiter avec équité, n?en épousez qu?une seule... C?est la conduite la plus proche de la justice», avertit le Coran.

L?équité indiquée dans ce verset insinue le volet matériel et affectif, à savoir répartir équitablement entre les coépouses, leurs besoins en nourriture, vêtements, logement, argent, sorties, affection... sans oublier d?appliquer un emploi du temps juste entre chacune d?elles (partage de nuits). Le Coran met en garde contre l?excès de penchant vers l?une d?elles. Le favoritisme est considéré comme une injustice. «Ne vous penchez pas tout à fait vers l?une d?elles, au point de laisser l?autre comme en suspens», rappelle le verset. Reste la problématique de la séduction par l?une d?elles, où le c?ur détient le dernier mot. S?il s?avère impossible d?apporter un amour équitable à nos propres enfants, que dire alors d?un homme à deux épouses. Porter une préférence sur l?une d?elles reste incontournable. D?ailleurs le saint Coran confirme cette évidence: «Mais vous ne pouvez jamais être équitables entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux et le désirez ardemment».

Dieu merci, Allah ne nous punit pas sur les actes involontaires qui dépassent nos capacités à les maîtriser. Enfin, entre ceux qui, d?un côté, ne voient en la polygamie qu?un mal portant un lourd préjudice à l?honneur et la dignité de la femme, et d?autres, à l?opposé, qui la considèrent un remède efficace contre la dépravation des m?urs de la société, les lectrices de ce quotidien sauront sûrement choisir leur camp en toute quiétude, d?autant plus que le code civil les rassure, le dernier mot leur revient.

 

* Chirurgien-dentiste


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