
Recevoir une carte postale, voilà un petit plaisir qu'on a presque complètement oublié. Autrefois, c'était le premier geste du voyageur qui, une fois bien arrivé à destination, griffonnait quelques mots sur le dos d'une belle photo -représentant la ville, le village ou la région qui venait de l'accueillir- pour rassurer parents et amis. La petite image, généralement reçue avec bonheur, était précieusement gardée pour ne pas perdre les coordonnées exactes de son expéditeur. Il ne suffisait pas de téléphoner. La carte postale donne un aperçu visuel précis de l'endroit en question qu'aucune description orale ou écrite ne pouvait remplacer. C'était un réflexe bien incrusté dans les m'urs des vacanciers et des émigrants. Au fil du temps, chaque famille se constituait une collection de cartes-souvenirs retraçant des itinéraires personnels divers en donnant, a posteriori, une idée sur les transformations subies par de nombreuses cités. Certains en faisaient même une passion et acquéraient des cartes rien que pour enrichir leur propre fonds documentaire. Aujourd'hui, cette pratique, si raffinée, tend malheureusement à disparaître. Faute de temps, les gens se limitent à appeler les leurs pour les informer du bon déroulement de leur voyage. Le SMS et le mail ont quasiment remplacé le courrier traditionnel. Au mieux, l'intéressé clique avec son téléphone portable sur un site quelconque et envoie un MMS à un correspondant qui ne tardera pas à l'«écraser » pour faire de la place à d'autres. Faute de demande conséquente, la carte postale se raréfie. Très peu de photographes s'intéressent aujourd'hui à cet art qui a ses spécificités et ses exigences. Les éditeurs refusent aussi de se hasarder, mais ne s'empêchent pas de reproduire illicitement d'anciennes 'uvres pour les besoins d'une clientèle nostalgique, et de plus en plus nombreuse. Les vieilles cartes postales d'Alger, de Constantine, d'Oran ou de Béjaïa font paradoxalement le bonheur des laboratoires photographiques privés. Finement encadrés, ces clichés en noir et blanc ornent les intérieurs des maisons cossues et les bureaux feutrés de nombreux amateurs. Sentant la bonne affaire, certains photographes voyagent beaucoup, à la recherche de ces vieux papiers glacés. A l'affût du moindre indice, ils écument les brocantes françaises ou turques pour mettre la main sur ces «icônes» séculaires qui attendrissent beaucoup d'Algériens. Toute l'activité est suspendue à ce passé, lointain ou récent, qui semble dicter durablement la tendance. Un touriste ou un collectionneur ne trouvent pas de cartes actualisées. D'anciens pieds-noirs et des exilés volontaires engagent des photographes pour des reportages sur les régions où ils auraient vécu une bonne partie de leur vie. C'est dire que cette passion de la carte postale n'est pas complètement éteinte. Dans un pays qui s'emploie à promouvoir le secteur touristique, la photographie, de manière générale, et la carte postale, en particulier, constituent un vecteur de promotion et de vulgarisation. Pourvu que l'on réfléchisse sérieusement à une offre adaptée aux besoins réellement exprimés, les professionnels de la photo peuvent redonner à leur art ses lettres de noblesses. En développant des revues et des catalogues spécialisés, les intéressés peuvent cerner avec exactitude les tendances du jour et renouveler cet art qui reste, malgré tout, fondamental dans la science et l'industrie de la communication.
K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Amghar
Source : www.latribune-online.com