Oran - Revue de Presse

La paix froide



Sonnez trompettes! La vraie surprise de ce week-end est un premier film, projeté dans lasélection «Un Certain Regard», qui a battu le record d'applaudimètre de cetteédition cannoise : «Le Voyage de la Fanfare», film israélien d'Eran Kolirin,raconte l'histoire d'une petite fanfare de la police égyptienne invitée enIsraël pour jouer lors de la cérémonie d'inauguration d'un centre culturelarabe. A cause de la bureaucratie de l'ambassade d'Egypte, personne ne vientles accueillir à l'aéroport. Et voilà nos musiciens perdus qui tentent de sedébrouiller seuls, pour finalement se retrouver au fin fond du désert israéliendans une petite ville oubliée du monde. Le temps d'une nuit les musiciensarabes vont rencontrer des israéliens, partager leur intimité, leur repas C'estdrôle et poignant, humaniste sans jamais être démago, très bien vu. Soyonsclairs, ce n'est pas seulement le caractère pacifique du propos du film et sonmessage, hymne à la cohabitation paisible et possible entre juifs et arabes,qui fait sa force. Non, au-delà de ses bonnes intentions, ce film est unegrande réussite sur le plan cinématographique. S'il fallait trouver des parentsà ce grand petit film atypique on citerait «Bagdad Café» (pour la réalisation,l'ambiance) et «Lost in translation» (pour l'humour intelligent). Dans «LeVoyage de la Fanfare», il faut saluer les comédiens, arabes et juifs, d'Israël,qui jouent tous merveilleusement bien. Citons les : Sasson GABAI, Saleh BAKRI,et la belle Ronit ELKABETZ. «Quand j'étais enfant, se souvient Eran Kolirin, jeregardais souvent des films égyptiens en famille. C'était très courant chez lesfamilles israéliennes, au début des années 80. Les vendredis en find'après-midi, nous regardions, haletants, les intrigues»compliquées, les amoursimpossibles et les chagrins à vous arracher des larmes de Omar Sharif, FatenHamama, Adel Imam et tous les autres membres de la seule chaîne de télévisiondu pays à cette époque. C'était assez étrange, d'ailleurs, pour un pays quipassait la moitié de son temps en guerre contre l'Egypte et l'autre moitié,dans une sorte de paix froide et tout juste cordiale avec son voisin du sud. ».Tout le monde a donc aimé ce film, y compris les critiques arabes présents enforce dans la salle, principalement les égyptiens, même si la plupart d'entreeux ont préféré s'éclipser avant la fin du générique, couverts en quelque sortepar le tonnerre d'applaudissements, et sans doute pour éviter de tomber sur d'autrescollègues à eux, on ne sait jamais n'est-ce pas. Le soir, l'unanimité affichéeà l'issue de la projection a volé en éclats. - «Dites donc, cefilm ne serait-il pas un peu démagogique» me dit un grand journaliste égyptienqui avait pourtant les yeux en larmes à l'issue de la projection- Bah, non. -«Mais si, si,c'est un film de propagande pour la normalisation (des relations entre lesisraéliens et les arabes)». - Bah, non je necrois pas- Tu sais lesacteurs arabes qui jouent les égyptiens dans le film n'ont pas du tout l'accentégyptien- Et alors ?- Ce n'est pascrédible, c'est tout. Pour ne pas sebrouiller avec ce grand journaliste on a trouvé un autre sujet où nos jugementssont convergents même si c'est pour des raisons différentes. Dire du mal de laréalisatrice libanaise Danièle Arbid, qui avait, la veille, présenté son secondlong-métrage, «Un Homme perdu». Basé sur des expériences vraies, c'estl'histoire de Thomas Koré (Melvil Poupaud), photographe français qui parcourtle monde à la recherche d'expériences extrêmes. Son chemin croise celui deFouad Saleh (Alexander Siddig), un homme solitaire, amnésique, qui a disparu deBeyrouth dix-sept ans plus tôt et n'y est jamais retourné. Le filme suit lesdeux hommes dans leurs dérives de bars (glauques) en bars (à putes) et d'hôtelsminables en hôtels miteux. Ce n'est pas le sujet qui pose problème, aucontraire, ce ne sont pas les scènes de sexe non plus, c'est juste la manièreputassière de les filmer.
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