Réalisme et transcendance
Les données de la raison s’expriment dans la connaissance objective de ces besoins, de ces désirs, dans leur relation avec le monde qui nous entoure. La raison peut nous faire juger bon, non seulement ce qui est conforme à nos vœux, mais aussi ce qui est conforme à l’ordre universel, la nature, la société. La raison domine l’instinct en ce sens que ce qui a pu apparaître comme un bien subjectif, peut être considéré comme un mal vu du point de vue objectif. Il peut me paraître bon de jouir d’un bien que je convoite. La morale objective me dira que ce bien appartient à un autre et que je dois négocier avec lui l’autorisation d’en jouir. Si l’instinct reste néanmoins prédominant, je serais tenté d’utiliser la violence pour jouir de ce bien.
La raison alliée à la passion peut même m’induire en erreur, si elle me dit que le possédant de ce bien est un ennemi et que je peux légalement utiliser la force pour m’emparer de ce bien.
3) La révélation m’apporte un autre niveau de connaissances qui situent mon comportement, non plus seulement en fonction de mes désirs et des implications morales de ces désirs dans mes relations avec les autres, mais aussi en fonction d’un but transcendant ces désirs, et qui est la raison même de mon existence. La morale religieuse domine donc l’instinct et la raison et, sans les renier, elle les place dans un ordre moral conforme à la finalité de l’existence et aux fins de cette existence. La morale se conformera ainsi à des prescriptions révélées par Dieu Lui-même, qui discipline mon instinct et corrige ma raison pour les diriger dans la trajectoire de la foi. Car Lui seul connaît absolument ce qui est bien et ce qui est mal. Son enseignement guide nos actions vers le bien. «Il peut vous arriver de détester une chose dans laquelle se trouve votre bien et il peut vous arriver d’aimer une chose dans laquelle se trouve un mal pour vous. Dieu sait et vous ne savez pas» (Al Baqara. 216).
Dans la perspective religieuse, le bien devient tout ce qui favorise l’épanouissement de l’homme dans sa quadruple dimension : physique, intellectuelle, morale et spirituelle. Le mal, c’est tout ce qui peut le contrarier. L’appréciation du bien et du mal, est donc un équilibre entre les trois types de connaissance et de tendance.
Lorsque le déséquilibre se fait au profit de l’instinct, il asservit à la fois la raison et la religion. Lorsque le déséquilibre se fait en faveur de la raison pure, il peut asservir à la fois la nature biologique de l’homme et sa dimension spirituelle. Lorsque le déséquilibre se fait au profit de la religion formelle, il sacrifie à la fois la nature et la raison. Ce n’est pas là l’ordre voulu par Dieu, car Dieu a créé la nature, la raison et la foi, dans une harmonie existentielle elle-même liée à la finalité de la création. C’est dans cette voie d’équilibre et d’harmonie que nous oriente le message coranique. Cependant, l’épreuve morale de l’homme n’est pas simple. A la fois soumis à la volonté de Dieu qui s’exprime dans l’ordre de la création et responsable personnellement de ses actes et de leurs implications, de par la raison dont Dieu l’a pourvu, et de par la charge morale dont il est dépositaire, il se trouve confronté à des tensions multiples souvent contradictoires.
Pour être maintenue dans la droiture de la voie enseignée par Dieu, la morale n’est donc pas laissée à la libre appréciation subjective ou même objective de chaque individu.
Suite et fin
Dr Ahmed Aroua
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com