
Rien de plus dramatique que d'imaginer le cerveau des Algériens comme un grand rond-point au milieu d'une autoroute. Et ce serait encore plus catastrophique de se rendre compte que cette autoroute n'est autre que celle de l'Est-Ouest, terrible ! On peut bien rajouter à «cette sauce imaginative» le fait que, par un concours de circonstances inattendu, un concert de klaxons et de vivats annonce le passage «triomphal» du cortège de Amar Ghoul, venant d'Oran et se dirigeant droit vers la Grande Mosquée d'Alger. Imaginez un instant pourquoi ' Ça fera rire sans doute si l'on pousse plus loin le bouchon de la parodie ! Eh bien ! Pour inaugurer cette ?uvre architecturale «religieuse» mise au monde par les Allemands, les Canadiens et les Chinois afin que nous puissions accomplir nos pieuses prières dans la sérénité. Et, en même temps, «tester» l'horreur des glissements de terrains, des dos-d'âne et des nids-de-poule tout au long de sa trajectoire ! Le rond-point en Algérie, c'est tout ça en fait : un entrelacs de contradictions qui nous tient en haleine entre la réalité et l'imaginaire, le vrai et le faux, l'orgueil et la bassesse ! Mélange toxique ne nous laissant le choix, à nous Algériens, qu'à naviguer entre le pile ou face, le dégoût et la consternation, la nausée et la mort. Bref, le rond-point est un lieu «fantastique» pour qui veut comprendre quelque chose à ce qui nous arrive. On veut tous partir et s'élancer dans le marathon, mais personne n'y ouvre le bal ni sait pourquoi il tient à s'en sauver. A la longue, on finit tous par tourner en rond, sens giratoire oblige. Cela nous procure une joie infinie. Et cerise sur le gâteau, les starting-blocks portent le signe suivant : à vos marques, prêts, «restez» ! Enfin, pourquoi devrions-nous en avoir honte, nous les râleurs' On en serait plutôt fiers même si les horizons du rond-point sont désespérément dépourvus de relief. En «losers» magnifiques, on savoure notre marche de tortue, notre immobilité. Histoire d'un flop national qu'on tourne en prouesse. Où' Dans notre rond-point cérébral qu'on adorait tous, bien sûr, dans la réalité. C'est en somme notre seul repère qui pour chercher un hôpital ou une école, qui pour visiter un musée ou rencontrer un ami cher longtemps perdu de vue, qui pour attendre, etc. On s'y réfère comme s'il est «l'aphrodisiaque d'un fantasme refoulé». Passion pathologique, diraient certains, narcissisme voyeur, répliquent d'autres, intersection de nos gros handicaps pour ceux qui espèrent vraiment avancer.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamal Guerroua
Source : www.lequotidien-oran.com