Quelleest la plus grande menace pour les Etats arabes et les intérêts supérieurs deleurs peuples ? Dans l'éventail des réponses possibles, on peut aller desbombes nucléaires d'Israël à l'ignorance et l'analphabétisme, en passant parl'état effroyable dans lequel se trouvent les Palestiniens et la dominance desystèmes politiques fondés sur l'exclusion.Lesministres arabes de l'Information ne sont pas d'accord: le problème numéro 1qui menace les intérêts suprêmes de la «oumma» arabeest posé par les chaînes satellites. Signe d'un consensus rare, les Etats de la Ligue arabe, qui en généralne décident de rien, ont adopté un code de déontologie, rédigé comme il se doitdans un style léonin, qui va permettre de mettre de l'ordre sur NileSat et sur Arabsat. Le texte,conçu par l'Egypte et l'Arabie Saoudite, a fait l'unanimité des ministres de laoumma, eux aussi convaincus que la plus grave menacenous vient du ciel. Seul le Qatar, petit Etat rendu célèbre par une chaînenommée Al-Jazira, s'est opposé à cette charte dite de«Régulation des radios satellites et de la diffusion télévisuelle dans larégion arabe» qui veut bannir «l'offense» contre les régimes et les sociétésarabes.Ily a, bien sûr, à boire, à manger et parfois à vomir sur les chaînessatellitaires arabes (près de 150) et les Murdoch arabes ne sont pas des anges.Mais cette inhabituelle volonté d'agir des Etats de la Ligue arabe n'est pasrévélatrice des «dépassements» des chaînes satellitaires mais d'une visionsurannée des gouvernements à l'égard des médias.Dansle cas de l'Egypte, l'existence de chaînes satellitaires «osées» a repoussé leslignes rouges de l'interdit d'expression. Alors qu'une bonne partie des chaînessatellites sont sur NileSat, l'Egypte fait montred'une frilosité soudaine qu'il est difficile de séparer des préparatifs d'unesuccession dynastique qui se profile. Le contrôle des médias sur terre perdraitde son sens si le ciel reste dégagé. Voilà qui explique qu'on essaie del'obstruer à coups de mauvais arguments.Lesuccès d'une chaîne satellite - cela est démontré - est directement lié à lamauvaise qualité des médias nationaux et de leur degré de fermeture. Lameilleure manière de faire face aux chaînes satellitaires n'est pas de leurinterdire le ciel mais de libérer le champ médiatique national, de rétablir lanotion de service public qui implique un traitement équitable entre les acteurset un réel professionnalisme. Apparemment, on pense toujours qu'un codepermettant de renvoyer des chaînes récalcitrantes des satellites disponiblesest la solution. Elle est absurde. Les Murdoch arabes ont les moyens d'allersur d'autres satellites, non arabes. Et gageons que les téléspectateurs arabesles suivront. Il suffit d'un bon rotor, messieurs les ministres !Onsubodore bien que ce code a été fabriqué pour contrer la «funeste» Al-Jazira. Celle-ci a défendu l'idée que tout code éthiqueou toute réglementation sur l'exercice du journalisme soit le fait desjournalistes et non des politiciens. On devine les responsables d'Al-Jazira très contents des ministres arabes qui luidonnent cette opportunité de marquer encore sa différence. La chaîne qatarieest dans le plus beau rôle. A force de ne pas voir loin, les ministres arabesont oublié l'essentiel: ils ne peuvent fermer le ciel... Et encore moins lefaire tomber sur nos têtes.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com