C'est avec un pincement au c'ur que nous avons visité la maison natale du regretté Ferhat Abbas, sise à Taher (30 km de Jijel) et qui devrait d'ailleurs être érigée en musée. Nous avons rencontré sur les lieux son neveu, le Dr Abdelmalek Mimoune, qui nous a parlé de son oncle l'intellectuel humaniste et militant à la fois.
D'abord en homme de paix, il essaya de dialoguer avec la puissance occupante avant de recourir aux armes. Fondateur de l'Union du manifeste algérien (UDMA), il n'eut de cesse à travers ce parti de rassembler les Algériens autour d'un programme politique à soumettre à la France. Humaniste, Ferhat Abbas persistait à croire que l'autre pouvait lui ressembler, surtout lorsque celui-ci descendait de Voltaire et de Rousseau. Pacifiste, il a de tout temps prôné la liberté et la justice.
Ferhat Abbas n'était pas seulement le fils d'un caïd algérien, mais aussi le fils de la mechta qui a partagé les peines et les joies des enfants de son village. De cette enfance magique, il a gardé une profonde admiration et un grand respect pour les montagnards. Mais Paris n'écoutait que les gros colons, en l'occurrence ceux de la Mitidja qui faisaient «suer le burnous».
Intellectuel, il maîtrisait la langue française à la perfection, ce qui irritait encore plus les racistes qui voulaient maintenir l'Algérien dans l'analphabétisme et l'ignorance. En fait, Ferhat Abbas aurait pu mener une vie tranquille, matériellement à l'aise, puisque pharmacien à Sétif et intégré la société française, car de surcroît marié à une Européenne.
Cependant, c'est méconnaître le caractère de l'homme généreux, car celui-ci, au-delà de sa personne, voulait le bonheur de tout son peuple. Ainsi, il essaya toutes les voies pacifiques pour l'émancipation des Algériens, mais cela n'aboutit à rien. En effet, l'élection de Naegelen et les massacres du 8 Mai 1945 sont les remerciements de la France à l'engagement des Algériens durant la Seconde guerre mondiale.
Ferhat Abbas, n'eut alors aucune autre alternative que de rejoindre le FLN, après discussion avec son frère le regretté Abane Ramdane, lequel eut le génie politique de rallier à la lutte armée la plus large composante de la population algérienne, des communistes aux Oulémas en passant par les centralistes. A la proclamation de l'Indépendance, Ferhat Abbas est assigné à résidence par Benbella qui s'empara illégitimement du pouvoir.
En 1980, Abbas publie ses mémoires dans «Autopsie d'une guerre».
Quatre an plus tard, dans «L'Indépendance confisquée», il fait une virulente dénonciation de la corruption et de la bureaucratie qui régnaient alors en Algérie, engendrées par les régimes de Ben Bella et de Boumediene. Il est décoré par le président Chadli Bendjedid, le 30 octobre 1984, de la médaille du résistant. Décédé à Alger le 24 décembre 1985, il est enterré au Carré des martyrs du cimetière d'El Alia.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Cylia Lateb
Source : www.letempsdz.com