Le passage de la loi de finances complémentaire (LFC) est en général une
formalité, la « vocation » de la chambre haute n'étant pas de censurer des
textes qui viennent du gouvernement.
La LFC 2011 n'a pas dérogé à la règle. Pourtant, certains membres du Conseil de
la Nation
avaient donné l'impression que la chambre « haute » allait censurer la chambre
« basse » qui avait décidé, au grand dam du syndicat des travailleurs du textile,
d'autoriser à nouveau l'importation de la friperie. Les députés avaient
justifié l'introduction de cette mesure - non prévue par le texte soumis par le
gouvernement – par le fait que l'interdiction n'a pas mis fin à l'importation
de la friperie et qu'elle n'a fait que le faire basculer dans l'informel. Pour
les députés, il vaut mieux que la friperie passe par les circuits légaux (les
ports) avec des contrôles en bonne et due forme et paiement de taxes que de
laisser faire l'informel.
L'argument avait laissé de marbre le syndicat des travailleurs du textile.
Au-delà de la relative modestie des importations en friperies (13 millions de
dollars), le syndicat a vu dans l'amendement un mauvais signal et une brèche
dans laquelle d'autres segments du textile pourraient s'engouffrer.
Le secrétaire général de la
Fédération des travailleurs du textile Amar
Takdjout avait en effet mis en avant le risque que la
mesure ne s'étende à l'importation du fil et des tissus. « Cela va inciter les
autres à aller de l'avant, ceux qui ont l'habitude d'importer les fils, ceux
qui importent les tissus, on va les fermer ces usines. Je n'hésiterai pas à
appeler les travailleurs à descendre dans la rue pour exprimer leur
désapprobation. Je le ferai sans état d'âme pour défendre nos usines », avait-il
déclaré à la Chaîne III.
Le gouvernement avait fait valoir qu'il n'était pas favorable à la levée de
l'interdiction mais n'a pas essayé de faire revenir le Parlement sur son
amendement fripe.
En 2012 peut-être
Ce sont quelques sénateurs qui se sont fait l'écho des inquiétudes des
travailleurs et ont dénoncé l'amendement « fripe ». Ils ont fait valoir la «
menace » que le rétablissement de l'importation de la fripe fait peser sur
l'industrie du textile que le gouvernement souhaite relancer. D'autres ont fait
valoir des considérations de santé publique. Pourtant, il était totalement
improbable que le Conseil de la
Nation bloque l'ensemble de la LFC à cause d'un seul article.
Le Conseil de la Nation
ne discute pas d'un texte, article par article. La Constitution précise
qu'il « délibère sur le texte voté par l'Assemblée Populaire Nationale et
l'adopte à la majorité des trois quart (3/4) de ses membres ». Selon des
sources au Conseil de la Nation,
les tractations qui ont eu lieu se sont conclues par la promesse que l'article 7
bis autorisant la fripe serait retiré dans la prochaine loi de finances en… 2012.
En attendant, la LFC
2011 est bien passée au Sénat avec fripes et bagages.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Salem Ferdi
Source : www.lequotidien-oran.com