L'Algérie a mis du temps pour se mettre à l'heure de la finance islamique. Pour des raisons certainement liées à une incompatibilité d'intérêt des responsables, qui privilégiaient naguère les banques conventionnelles, aux ordres, où ils fauchaient l'argent public dans les caisses à souhait, la finance islamique n'a pas eu les coudées franches pour se développer. Il y a eu des tentatives ces dernières années de promouvoir la finance islamique, mais c'était plus de la poudre aux yeux qu'une volonté réelle de développer ce secteur qui trouve, pourtant, plein d'adeptes en Algérie. Aujourd'hui, la tendance est à l'encouragement sérieux du lancement de cette alternative bancaire qui repose sur les critères de l'absence de l'intérêt et l'usure (Riba), l'absence d'incertitude et spéculation (Gharar et de Maysir), l'absence de produits illicites selon la loi coranique (Haram) et le principe solidaire de l'obligation de partages des profits et des pertes. Cela se ressent à travers les récentes discussions du ministre des Finances, Aberrahmane Raouya avec le P-dg de la Banque Islamique de Développement (BID), M. Bandar Mohamed Hamza Hajjar, qui a été sollicité à «matérialiser l'appui technique attendu de son institution pour promouvoir incessamment la finance islamique en Algérie». Un pas sérieux dans cette direction est également palpable à travers la publication au Journal officiel n° 16, au mois de mars dernier, d'un règlement de la Banque d'Algérie définissant les opérations relevant de la finance islamique et les conditions de leur exercice par les banques et les établissements financiers. Notons que les discussions entre le ministre algérien des Finances et le P-dg de la BID ont tourné autour de la conjoncture économique mondiale caractérisée par deux importantes crises à savoir la chute des prix du pétrole et la propagation du Covid-19 qui a engendré un ralentissement de l'activité économique et commerciale dans le monde, et la disponibilité exprimée de la BID à accompagner l'Algérie dans ce contexte sur les court, moyen et long termes, mais il y a plus de gain à espérer de ce secteur.Le président Tebboune, a clairement laissé entendre lors de sa rencontre, jeudi, avec des responsables de presse, que les autorisations pour la création de banques islamiques sont prêtes pour quiconque en fait la demande, qu'il soit privé local ou étranger. Il soulignera par la même occasion que l'activité de la finance islamique pourrait faire office de capteur de l'énorme masse d'argent en circulation dans les circuits informels, évaluée entre 6.000 et 10.000 milliards de dinars, qui pourrait servir au financement de l'investissement sous formes de prêts.
C'est de loin bien mieux que d'aller chercher des prêts auprès d'institutions financières internationales, a-t-il encore argumenté. La finance islamique réussira-t-elle à bancariser cet argent informel qui a fait tirer la langue à plusieurs gouvernements, sans arriver à leur fin ' Jusque-là, toutes les mesures incitatives mises en place pour attirer l'argent qui circule dans la sphère informelle, fondées sur un aspect technique, notamment à travers la Loi de finances complémentaire 2015, ont échoué. Mais, la question n'a jamais été abordée sous cet angle de la finance islamique, dont le principe repose, justement, sur la collecte par la banque islamique des dépôts de ses clients pour financer l'actif, offrant des garanties inégalées tant sur le plan sécurité et procédure que sur le plan fiscal. Si on arrive à bancariser un taux de 30 ou 40 %, cela serait, déjà, un grand succès, car la confiance qui faisait défaut va se rétablir et attirer tous les capitaux en circulation dans les circuits informels.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdelkrim Zerzouri
Source : www.lequotidien-oran.com