Le monde
d'aujourd'hui ? Une merveille ! Oui une merveille où la technologie ne cesse de
pousser les limites du possible de l'homme. Une merveille où les découvertes de
la science ouvrent les portes les plus incroyables à l'espoir des humains. Une
merveille où il suffit parfois de penser à une chose pour la voir prendre
forme. Non, n'ironisons pas... le monde d'aujourd'hui est vraiment une
merveille où l'on a le monde à portée de souris et, pour les plus fainéants, à
portée de vue. Une merveille où l'intelligence artificielle est devenue presque
chose banale alors que le Net a tissé ses fils bienfaiteurs autour de la
planète. Les fortunes, bien et surtout mal acquises, montent et gonflent et
l'argent coule à flots pour ceux qui s'y intéressent. Jamais les salaires n'ont
atteint le niveau actuel et même si cela peut paraître fantaisiste, il y a de
nos jours des salaires en milliards de centimes. Pour traverser le monde, il
suffit de quelques heures et pour atteindre quelqu'un à l'autre bout de la
planète, il suffit de quelques secondes.
Dans notre monde d'aujourd'hui, les banquets
ne se dénombrent pas. Chaque jour, il y a au moins dix mille raisons pour
monter un banquet, pour fêter une idiotie, célébrer un événement ou commémorer
quelque chose, ou, tout simplement, pour organiser quelque chose, histoire de
se rappeler et de rappeler aux autres que l'on peut dépenser des millions, ici
et là, à la poursuite de la preuve que l'on est important. Ceci n'est propre à
aucun pays. Tous y vont, avec joie en plus !
Comble d'ironie, même ceux qui n'ont pas
assez d'argent dépensent bêtement à tout vent. Dans les pays sous-développés,
la dépense idiote est un critère de sérieux et d'émancipation. On court pour
détruire ce qu'on a. On jette notre argent par les fenêtres. Dans ces pays, les
opérations de vote, qui ne signifient absolument rien en réalité, coûtent aux
peuples sa sueur et son sang. Les campagnes présidentielles les ruinent et même
les visites, souvent inutiles, de responsables politiques coûtent énormément.
Tout cet argent gaspillé pour rien, ou presque, ne sert finalement aucune cause
et aucun objectif.
Comme si cela ne suffisait pas, nombreux sont
les séminaires, bidon et à l'aspect scientifique plus que douteux, organisés à
travers ce monde sous-développé, par des universités qui n'ont d'universités
que le nom et la carcasse. Des séminaires dont on ne saisit ni les
justifications ni les objectifs. Des séminaires où l'on bouffe jusqu'au rot...
rien de plus. Et tout est occasion, à tous les niveaux, dans ces pauvres pays,
pour fêter un oui, un non, une réalité, une autre réalité...
Dans ce monde d'aujourd'hui, pourtant, une
personne meurt toutes les six secondes à cause de la... faim. On estime que 1,2
milliard de personnes souffrent de la faim dans ce monde merveilleux. Avant que
le FMI n'intervienne pour civiliser les gens, ces pays étaient mieux lotis.
Beaucoup mieux et c'est à partir des injonctions dites PAS (programmes
d'ajustement structurel) que la catastrophe a commencé. Ceux d'entre ces pays
qui avaient encore quelque culture, traditionnelle ont dû la laisser pour
courir derrière la modernisation des méthodes préconisée par le FMI. Résultat:
on a perdu ce qu'on avait et on n'a pas pu avoir ce qu'on voulait.
C'est idiot, comme tout ce qui nous concerne,
nous pays sous-développés qui, d'une manière aussi idiote, avons raté notre
développement, avons laissé partir les occasions, avons gaspillé nos richesses
à courir après le maintien de régimes trop fatigués et trop à côté d'une
réalité qu'ils ne cessent de froisser.
Il suffit de faire des calculs pour se rendre
compte que cette faim n'est ni une fatalité pour ces pays, ni un hasard. Mais
juste la conséquence de comportements anormaux et injustifiés de ceux qui
avaient et ceux qui ont la charge de ces peuples.
Les pays que nous sommes ne savons même pas
produire ce que nous mangeons. Ni ce que nous portons. Ni ce que nous
consommons comme médicaments, ni ce que nous utilisons comme outils ou autres
moyens de production. Qu'est-ce qui nous empêche donc ? Longtemps, on nous a
fait croire que nos moyens ne le permettaient pas, longtemps aussi, on nous a
fait croire que nous n'avons pas les compétences suffisantes pour nous élever
au rang qui nous sied. Longtemps, trop longtemps, on s'est ri de nous en
avançant des bêtises après bêtises suffoquant de rire en voyant notre crédulité
et notre naïveté.
Aujourd'hui, tout se voit, tout s'entend,
tout se sait. Y a-t-il encore des raisons pour que certains (ceux qui
gouvernent le tiers monde et qui ont, semble-t-il, juré de le maintenir en l'état
léthargique qui est le sien jusqu'à la fin des temps) persistent à croire que
les peuples sont bons à rouler ? Les jeunes d'aujourd'hui se jettent à la mer,
lorsqu'ils ne sont pas carrément mangés par la faim comme viennent de le
reconnaître ceux qui se sont rassemblés à Rome pour constater nos dégâts. Oui,
ce sont là nos dégâts à nous seulement car ailleurs, dans les autres pays, il
est intolérable que l'on parle de faim. Pour en mourir, c'est autre chose !
Jusqu'à quand finalement continuerons-nous à être une charge pour les autres
lorsque nous avons ce qu'il nous faut ? il est bien bizarre notre tiers monde
et nous y tenons.
Nous y tenons, c'est certain car la faim,
avant tout, elle est dans les têtes. Elle est dans l'incapacité de ceux qui
mènent ce pauvre tiers monde par le nez. Elle est dans les ventres de ceux qui
ne peuvent se rassasier, dans l'âme de ceux qui hantent le quotidien des
générations, non pas dans les prisons car cela est dépassé depuis quelque
temps, mais dans leur assiette, dans leur travail, dans leur vie de misère qui
leur colle à la peau, qui leur colle à l'identité même. Lorsque le destin des
peuples du tiers monde sera entre leurs mains, et lorsque les marionnettes
cesseront de danser, la faim se sentira gênée et elle s'en ira. Mais pas avant.
En attendant, ils continueront à mourir, qui dans la mer, qui de faim, qui à
cause d'un match de football avec des frères...
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Aissa Hirèche
Source : www.lequotidien-oran.com