Ce sentiment d'abandon est d'autant plus fort qu'ils affirment ne pas pouvoir assumer les besoins de leurs familles.La situation des éboueurs d'Oran est pour le moins alarmante en ces temps de coronavirus qui a imposé des mesures de sécurité strictes. "On entend tout le temps les autorités remercier la gendarmerie, la police ou la Protection civile, mais jamais les éboueurs qui travaillent dans les pires conditions qui soient", peste un éboueur de la commune de Belgaïd (daïra de Bir El-Djir), tandis que ses collègues farfouillent, à mains nues, dans le fond d'une benne à ordures avec l'espoir d'y trouver quelque chose à revendre. "Nous sommes sans salaire depuis presque quatre mois. Nous devions faire grève, mais en raison de l'apparition du corona, nous avons jugé plus sage de ne rien faire. Nous ne sommes peut-être pas instruits mais nous avons une conscience", se plaint l'un d'eux.
Malgré les multiples risques encourus, ces éboueurs travaillent sans gants et sans masque, alors que sous d'autres cieux ceux que l'on appelle agents de propreté urbaine disposent d'un équipement spécifique composé notamment de bottes ou chaussures antidérapantes, des vêtements avec des bandes réfléchissantes et des gants. Dans certains pays, cet équipement est obligatoire pour protéger les éboueurs contre les dangers qui accompagnent leur métier. "Nous n'avons rien de tout cela. Au départ, on nous a bien donné des gants et des masques, c'est tout.
Aujourd'hui, nous ne pouvons compter que sur la générosité des citoyens", assure un jeune éboueur en désignant de vieilles chaussures de sport qui ne peuvent protéger contre des objets tranchants. Se plaindre aux responsables ' "À chaque fois que nous le faisons, ils nous envoient balader. On nous a même menacés de licenciement. Nous sommes abandonnés à notre sort", renchérit un autre.
Le sentiment d'abandon est d'autant plus fort que ces éboueurs affirment ne pas pouvoir assumer les besoins de leurs familles. "Certains parmi nous sont mariés, ont des enfants. Ils doivent faire face à des charges (location, eau, électricité). Et le mois de Ramadhan est aux portes. Comment allons-nous faire ' Même les commerçants sur lesquels nous pouvions compter refusent désormais de nous accorder des crédits", se lamente un éboueur, père de deux enfants, en parlant de salaires avoisinant 28 000 DA/mois "quand nous les percevons, parce que là, nous n'avons encore rien touché".
Menace de grève
Un semblant de solution, les éboueurs l'ont trouvé dans la récupération. Chaque benne à ordures est jaugée, chaque contenu est examiné. Le plastique et le cuivre sont mis de côté, de même que des articles usagés qui peuvent encore servir. "En attendant de percevoir nos arriérés, nous essayons de nous débrouiller avec ce que les poubelles nous offrent. Elles sont souvent plus généreuses que les autorités locales", sourit malgré tout un éboueur en exhibant un thermos à café qu'il pense pouvoir revendre contre quelques pièces. "De toutes les manières, dès la fin du corona, nous entrerons en grève, parce que si tu ne fais pas grève, tu ne touches pas ton dû", promet l'homme, en rappelant les multiples grèves que les éboueurs ont observées ces dernières années sans pour autant avoir gain de cause, leur situation ne s'étant pas du tout améliorée.
L'amélioration des conditions de travail et la revalorisation salariale ont toujours figuré parmi les revendications des communaux qui ont organisé de nombreuses grèves dont les conséquences ont été désastreuses sur le cadre de vie des Oranais. "On a augmenté tout le monde : le médecin, l'enseignant?, à l'exception de l'éboueur", dénonce un agent de collecte des déchets dans le quartier de Maqarri (ex-St-Eugène), en suggérant que la paie des communaux soit portée à 40 000 DA.
Comme ses collègues de Belgaïd, il ne porte ni gants ni masque, mais il continue d'accomplir son travail en espérant des jours meilleurs. Son partenaire, lui, est vêtu d'une combinaison de travail bleue, "seul accessoire qui lui a été consenti par la commune", précise le chauffeur du camion à ordures. Pour les éboueurs interrogés, leur situation est le résultat de la mauvaise gestion et de l'imprévoyance des autorités qui agissent sans réflexion.
Evoluant sans tenue de travail propre à leur corps de métier et sans accessoires de protection contre le Covid-19, ils doivent également se débrouiller pour rentrer chez eux à la fin du travail. "La plupart sont obligés de faire une partie du parcours, sinon la totalité, à pied. Il n'y a pas de transport, et avec la peur d'être contaminé par la maladie, personne n'ose nous prendre en stop", continuent encore les éboueurs.
Plus que tout autre projecteur, l'apparition du coronavirus a jeté une lumière crue sur la situation déplorable des agents de collecte des ordures à Oran et mis à nu les carences dans la gestion des déchets ménagers.
En fait, la pandémie a souligné la faillite des pouvoirs publics qui, depuis le milieu des années 2000, n'ont pas cessé d'annoncer la "prochaine" mise en place d'un schéma directeur de gestion et de collecte des déchets ménagers qui débarrasserait la capitale de l'Ouest algérien d'une tache qui altère son image depuis plusieurs années.
Samir Ould Ali
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir OULD ALI
Source : www.liberte-algerie.com