
Les avocats des personnes et des sociétés accusées dans l'affaire « Autoroute Est-Ouest » ont demandé, hier, au septième jour du procès, l'acquittement des accusés. La défense a tenu, lors des plaidoiries, à souligner le bon déroulement du procès au tribunal criminel près la cour d'Alger, présidé par le magistrat Tayeb Hellali, « qui a géré les audiences avec une main de fer dans un gant de velours », selon elle.Tous les avocats qui se sont succédé à la barre ont demandé l'acquittement de leurs clients. Ils ont également relevé certains vices de forme dans l'enquête judiciaire comme l'avocat des frères Zennachi Madani et Naim, des cambistes. Me Nabil Ouali a estimé lors de sa plaidoirie que « la justice algérienne est entrée dans l'histoire à travers ce procès qui a été très bien mené sur tous les plans. Le président du tribunal a permis aux accusés de s'exprimer librement contrairement à certains vices de forme qui ont marqué l'instruction judiciaire. Monsieur le président, nous cherchons depuis 2009 à corriger certaines erreurs : le juge instructeur doit informer les accusés lors de leur audition qu'ils seront mis sous mandat de dépôt, chose qui n'a pas été faite. Le juge instructeur a violé la loi et ne peut pas rectifier ces erreurs. On a déposé des requêtes auprès de la Cour suprême. En vain. Des accusés ont été écroués depuis 13 mois sans procès-verbal de constat de mise en dépôt », a-t-il rappelé. Et au juge Hellali de lui répondre : « Je ne couvre jamais les dépassements. Il s'agit d'erreurs personnelles et individuelles. Il faut lutter contre les dépassements, il faut les dénoncer et les combattre par tous les moyens. La justice ne doit pas endosser les erreurs des personnes médiocres. » De son côté, l'avocat de la société espagnole Esolux, Me Kamel Maâchou, a rejeté les accusations à l'encontre de cette entreprise qui a été félicitée, selon lui, par le Premier ministre, pour son sérieux et la qualité des travaux réalisés. « 98% des 1.500 employés de cette société sont des ingénieurs algériens vu leurs compétences. C'est l'Etat algérien qui a décidé d'octroyer à cette entreprise les projets de réalisation du tramway à l'ouest du pays, parce qu'elle n'a jamais commis d'infractions », a-t-il souligné, avant de demander au parquet de présenter des preuves. « Le procureur général s'est basé sur des paroles et déclarations d'un accusé qui est revenu lors de l'audience sur ses propos. Un peu de sérieux, donnez-nous des preuves. Nous sommes des hommes de loi », a-t-il observé en s'adressant au procureur général. Me Maâchou a saisi l'occasion pour contester les propos de l'avocat français, William Bourdon, qui a accusé les services de renseignements algériens d'avoir torturé l'accusé principal Chani Medjdoub. « Il y a des parties qui veulent créer des litiges entre les institutions algériennes. Et en tant qu'Algérien et avocat, je refuse ces accusations. S'il y a des erreurs dans l'enquête judiciaire c'est à titre personnel et individuel. La stabilité de notre pays est une ligne rouge à ne pas franchir », a-t-il déclaré. Et au juge Hellali de répliquer : « Je l'ai remis à sa place. D'ailleurs, je ne le vois plus au procès, il a peut-être pris la fuite. » La défense du consortium japonais Cojaal est revenue sur les difficultés rencontrées par la société qui n'a pas trouvé d'interlocuteur. « Toutes les portes ont été fermées et le directeur du projet en l'occurrence l'accusé Khelladi a refusé de recevoir les représentants de cette société, d'ailleurs, lui-même a reconnu ces faits. On a saisi l'arbitrage international en raison de blocage. Il n'existe pas de dilapidation de deniers publics », a insisté Me Chnaif. Revenant sur la prise en charge du fils de l'un des accusés à l'hôpital américain à Paris, l'avocat a précisé qu'il ne s'agit pas de corruption.Les accusés se sont exprimés librement« C'est purement humain. Tous les travailleurs de Cojaal sont assurés au niveau de cet hôpital », a-t-il affirmé, concluant que la poursuite judiciaire porte un énorme préjudice à la société japonaise tout en demandant la relaxe. La défense de l'accusé O. Mohamed, alias colonel Khaled, a également plaidé pour l'acquittement. Me Farid Nachef a signalé que son client a vendu sa villa à Oran à Khaled « légalement » en présentant au tribunal, l'acte de vente établi chez un notaire. « Le colonel Khaled est un officier supérieur de l'ANP qui a travaillé fidèlement pour son pays. Il n'a bénéficié que d'un appartement promotionnel à Staouéli », a-t-il soutenu, et de relever que l'accusé n'a pas été auditionné sur le délit de corruption. « La corruption n'est pas un crime virtuel. C'est un crime technique qui exige des preuves. Ici, aucune preuve n'incrimine mon client », a-t-il tenu à préciser. L'avocat du groupe canadien SMI, Me Salim Boudriou, a précisé que cette entreprise étrangère est la seule qui ne figure pas sur la black list des sociétés et n'a bénéficié d'aucun centime du Trésor public. « Elle est restée en Algérie lors de la décennie noire et n'avait aucune relation avec les institutions algériennes. Elle avait une convention avec la société chinoise CITIC », a noté l'avocat. La défense de la société portugaise Coba a rejeté, elle aussi, toutes les accusations de corruption et précisé que l'entreprise a bénéficié du projet selon une procédure légale. L'avocat de la société, Me Rekkami Toukal, a présenté au tribunal des factures qui prouvent que cette dernière a payé 30% comme avance forfaitaire, soit 186.000 euros comme frais de l'étude du projet. « Le délit de corruption n'existe pas. Il existe une convention signée entre l'entreprise et l'accusé Tej Eddine Addou qui est très légale ». Au cours de l'audience de l'après-midi, Me Belloula, avocat de l'accusé Salim H., son épouse et ses deux s'urs, a appelé à l'ouverture d'enquêtes sur les accusations des prévenus. A l'heure où nous mettons sous presse, les plaidoiries se poursuivent.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Neïla Benrahal
Source : www.horizons-dz.com