Mardi, sous
pression des Banques centrales,les bourses affolées se
calmaient un peu. Pour combien de temps ?
Barack Obama est catégorique : « Les
Etats-Unis mériteront toujours le AAA ! ». Le chef de l'exécutif américain
pouvait difficilement déclarer autre chose lundi dernier. Il s'est exprimé
environ deux heures avant la clôture de Wall Street qui a chuté de 5,5% dans la foulée de la décision de
Standard & Poor's de déclasser les Etats-Unis. Le président américain a dit
avoir bon espoir que cette décision de l'agence allait au moins rappeler aux
élus « l'urgence qu'il y avait à régler le problème des déficits. »
Il n'a en
revanche pas commenté la dégradation de notation faite par l'agence (d'état)
chinoise Dagong qui fut la première agence à réviser
définitivement à la baisse l'appréciation de la dette publique américaine. Selon
Dagong, la décision américaine sur le relèvement du
plafond de l'endettement public permettra aux États-Unis de régler d'anciennes
dettes grâce à de nouveaux emprunts, mais elle ne pourra ni bloquer le grossissement
rapide des dettes publiques ni améliorer la rentrée des revenus fiscaux du
pays.
Enfin, Dagong a indiqué que «les disputes entre les deux partis
politiques américains sur ce problème ont démontré l'influence négative que le
système politique américain pouvait exercer sur les fondements économiques du
pays », et que ceci remettrait en cause la confiance des investisseurs et
n'améliorait aucunement la capacité des États-Unis à honorer leurs dettes. « La
solvabilité des États-Unis continuera de s'affaiblir. Une nouvelle crise de la
dette souveraine est donc probable en raison de la contradiction entre
affaiblissement de la solvabilité et croissance des dettes souveraines »,
menace Dagong. Bref, « l'affaiblissement de la
solvabilité américaine est irréversible (…) la politique monétaire laxiste
amènera l'économie globale dans une crise générale (…) la position dominante
des USA dans l'économie globale sera également remise en cause.» conclut
l'agence chinoise, qui reflète largement la colère de l'état chinois. Celui-ci,
inquiet, possède 12% de l'énorme dette américaine mais la Chine voit également ici
l'occasion d'assoir son rôle de grande puissance
internationale.
L'invraisemblable
attitude des élus américains
En début de
semaine, l'ensemble des places boursières partageaient
un réel sentiment de panique. Les cours affichaient 20% de baisse en un mois,
on flirtait avec les chutes de cours lors des effondrements boursiers de 1987
et 2008. Une correction s'est effectuée en milieu de semaine. La dette américaine
était au centre de toutes les interrogations, pourtant les obligations
américaines restent, malgré la baisse de la notation, un placement attractif et
sûr en raison d'un dollar qui conserve son rôle de monnaie–pivot
internationale. La correction sur les marchés financiers reflète davantage
l'inquiétude quant à la croissance mondiale qui montre de plus en plus de
signes d'essoufflement. L'OCDE note ainsi que « des signaux plus forts
d'inversion des cycles de croissance ont fait leur apparition aux Etats-Unis,
au Japon et en Russie » en juin par rapport à mai, « les indicateurs pour le
Canada, la France,
l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, le Brésil, la Chine et l'Inde continuent à
souligner un ralentissement de l'activité économique », poursuit l'organisation
internationale. Dans ses prévisions publiées en juin, le Fonds monétaire
international (FMI) avait déjà révisé à la baisse ses prévisions de croissance
des Etats-Unis et des pays développés, tablant respectivement sur une
croissance de 2,5 % et de 2,2 % en 2011. Ce dernier chiffre pourrait être
encore plus mauvais que prévu, Washington ayant fait état fin juillet d'une
croissance nettement ralentie en 2011, à 1,3 % en rythme annuel au deuxième
trimestre, réalité qui avait fort déçu les attentes des marchés.
Des bourses très instables, une croissance
américaine plombée par la dette, des inquiétudes continues sur les finances
publiques en Europe : beaucoup d'acteurs économiques craignent qu'une
éventuelle récession des Etats-Unis, 1ère économie mondiale, n'entraine dans sa chute le reste de la planète, en enrayant
la dynamique croissance des pays émergents. Perspective d'autant plus
redoutable que les Etats des pays développés, USA en tête, ne disposent plus des réserves budgétaires qui leur avait
permis d'amortir la crise banco-financière de 2008…
Dans un tel contexte, on peut partager le jugement très sévère de l'agence
chinoise Dagong sur « les disputes entre les deux
partis politiques américains » et « l'influence négative du système politique
américain ».
Depuis plusieurs
semaines, le spectacle des négociations de marchands de tapis entre
parlementaires républicains et démocrates parait en effet largement
irresponsable. Les deux partis ont campé caricaturalement sur leurs positions
traditionnelles, les démocrates hostiles à toutes coupes budgétaires, les
républicains farouchement opposés à toute augmentation d'impôts. Après avoir
beaucoup ergoté devant une planète consternée, leur laborieux compromis a
explosé après la seule décision de Standard & Poor's. Aujourd'hui, ces deux partis se rejettent la
faute de la baisse de notation et de la tempête boursière. Pas nous ! Pas nous
! Dans ce climat délétère, le mouvement républicain « ultra », « Tea Party » triomphe, sa seule
orientation en matière économique est mue par une obsession dévastatrice : tout
faire pour réduire l'état fédéral et démolir Washington. Le « système
antisystème » objectivement institué par Tea Party fonctionne à toute vapeur. » note
le site Dedefensa. Pour le reste, les républicains
ont largement pesé sur les termes du laborieux compromis final : pas
d'augmentation de la fiscalité mais les chefs des deux partis se sont entendus
sur un relèvement du plafond de la dette, conjugué à une baisse des dépenses
publiques de 1100 milliards de dollars.
Une commission
spéciale bipartite sera, en outre, chargée de dégager 2000 milliards de dollars
d‘économies supplémentaires.
Au soir de la
signature de cet accord, Barack Obama
s'était félicité, tout en regrettant l'absence de hausses d'impôts. « Cet
accord est-il celui que j'aurais souhaité? Non. J'estime que nous aurions pu
faire des choix difficiles et nécessaires sur la réforme des impôts. Mais cet
accord permet de réduire le déficit et d‘éviter un défaut de paiement. Et il
incite chaque parti à obtenir un budget à l‘équilibre avant la fin de l'année
». Quelques jours plus tard, l'affaire s'annonce beaucoup plus difficile.
USA : L'atout militaire
?
Les différents
épisodes remettent en cause en tous cas, l'autorité du président des Etats-Unis,
sans d'ailleurs compromettre les chances du candidat Obama
l'an prochain, tant la décrépitude des deux grands partis est manifeste et
l'usure du système, évidente. Ainsi, les élus étant incapables de choisir, les
deux tiers des coupes budgétaires devront être fixés d'ici la fin de l'année et
la responsabilité en incombera, non pas à l'exécutif américain mais à cette
curieuse « commission spéciale bipartite » composée de six élus démocrates et
six élus républicains. Leurs débats s'annoncent chauds.
Plus compliqué
encore, l'accord prévoit qu'en cas de divergences, les coupes budgétaires pour
les dix ans à venir interviendrait automatiquement
tant dans les dépenses civiles que dans les dépenses militaires…
Une clause qui a
semé la panique au Pentagone et dans le « lobby industrialo-militaire
». Et qui a entrainé la réaction quasi insolente du
tout nouveau secrétaire américain à la Défense. Leon Panetta, nommé depuis un mois, a déclaré tout net qu'il «
n'accepterait pas » les coupes budgétaires envisagés invoquant même le Seigneur
dans ce débat d'épicier :« S'il plaît à Dieu, le
processus ne déclencherait pas de coupes par lesquelles le Pentagone pourrait
perdre quelques 600 milliards de $ ». Le subordonné de Barack
Obama, et qui a oublié qui est son chef, s'inquiète
particulièrement du cas où la commission spéciale bipartite du Congrès ne
parvienne pas à un accord. Le dispositif actuel prévoit 350 milliards de
dollars de coupes budgétaires dans la Défense, étalées sur 10 ans. Faute d'accord, ce
sont près de 600 milliards supplémentaires qui pourraient s'y ajouter, une
solution « inacceptable » selon lui. Les grands chefs militaires et l'industrie
de défense partagent cet avis, avec le soutien de beaucoup de parlementaires,
notamment chez les élus républicains favorables à toutes les réductions
budgétaires sauf dans la défense.
Reste que
l'énorme budget de défense US garde quelques avantages comparatifs inégalés.
Avec en 2010, un budget de 698 milliards de dollars, le budget militaire
américain représente 42,8% des dépenses mondiales dans le domaine, suivi par la Chine (7,3%), la France (4%), la Grande Bretagne
(3,7%), la Russie
(3,6%), le Japon (3,3%). Cette énorme enveloppe permet aux Etats-Unis de
disposer, outre du 1er arsenal nucléaire, de 800 bases dans plus de 20 pays, de
la flotte de guerre de loin la plus importante du monde présente sur l'ensemble
des océans et mers extérieures. Les Etats-Unis mènent également deux conflits
majeurs simultanément, en Irak et au Pakistan.
Tout cela est
ruineux mais dans l'hypothèse un accident économique majeur, défaut de paiement
et/ou récession, cette supériorité militaire incontestable pèsera lourdement
dans toutes les négociations imaginables dans une phase de grave crise
internationale.
«Libye, la première
intervention militaire post-américaine »
« Politique
étrangère américaine : Rompre avec le tout-militaire
et le nation-building » : dans un étude, Alexandra de
Hoop Scheffer fait remarquer que pour répondre au
printemps arabe, le président Barack Obama a privilégié lors d'un discours prononcé le 19 mai
2009, la diplomatie américaine et l'aide au développement, au détriment de la
force militaire en récusant la théorie de Bush du « nation building »: « Cette
approche coïncide avec une volonté plus large de l'administration américaine de
redéfinir la posture stratégique des Etats-Unis dans la région du Moyen-Orient
et dans le reste du monde où les Etats-Unis ne seraient plus l'acteur principal
: désengagement militaire d'Irak ; diplomatie d'accompagnement des mouvements
populaires, au détriment de l'ingérence; phase de « transition » en Afghanistan
; recours croissant aux forces spéciales et aux drones armés au détriment du
déploiement de forces militaires de grande envergure. Le contexte post-Ben
Laden et les révoltes arabes sont ainsi considérés par le président Obama comme une occasion historique pour la région, mais
aussi pour infléchir la politique des Etats-Unis dans le sens d'une
démilitarisation». Bref, moins de GI'S, plus de coopération.
Dans les faits,
le décalage entre le budget du seul Pentagone (750 milliards de dollars) et
celui du département d'Etat et de l'USAID (50
milliards de dollars), qui porte l'aide civile, continue de contredire cette
démarche. « Cette tendance est d'autant plus renforcée que le Congrès a
traditionnellement peu confiance dans le département d'État et l'USAID, leur conférant un budget et un rôle limités en
opérations extérieures et qui continuera à attribuer des ressources
démesurément plus élevées au Pentagone qu'au département d'Etat» note la
spécialiste des USA. Pis, la moitié des « assistances civiles» sont
aujourd'hui gérées sur le terrain par les militaires, parfois sous-traitées à
des sociétés privées de sécurité.
Autre ambiguïté
américaine, la stratégie en Libye. « Obama a placé
les USA se dans une posture d'accompagnement et non de leadership qu'il délègue
à une coalition de pays » remarque la politologue. Suivant l'ONU, les USA ne
veulent pas d'escalade ni de présence militaire au sol, au grand dam des alliés
de l'Otan et du Conseil national de transition libyen. Mais Obama
sait bien que sa position serait beaucoup plus difficile à tenir dans le cas de
la chute du régime Kadhafi. Le débat à Washington porterait très rapidement sur
les enjeux pétroliers et donc du degré de l'implication concrète des Etats-Unis
dans la Libye
de l'après-Kadhafi.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Pierre Morville
Source : www.lequotidien-oran.com