Bouleversement en vue dans les équilibres régionaux du Moyen-Orient ousimples effets d'annonce ? La conférence internationale sur l'Irak, qui s'esttenue durant les journées de jeudi et de vendredi et à laquelle aurontparticipé les délégations de 80 pays, aura surpris plus d'un observateur. Nontant par le résultat formel des discussions que constitue l'adoption àl'unanimité du fameux « contrat international pour l'Irak », que par les deuxrencontres successives et inédites qui se seront tenues entre représentantsaméricains et celles des délégations syrienne et iranienne. Une première rencontre très brèvejeudi avait permis à la secrétaire d'Etat américain Condoleezza Rice et sonhomologue iranien Manouhcher Motakki de se saluer à l'occasion du repas offertpar le pays hôte aux chefs des diplomaties présentes à la conférence. Neconstituant qu'un simple échange de politesse « entre deux personnes bienéduquées », comme l'a rappelé le ministre égyptien des Affaires étrangères,Ahmed Aboul-Gheit. Il n'en reste pas moins que cesimple échange de procédés était en soi une première à ce niveau depuis larupture des relations diplomatiques entre les deux pays en 1979. Un peu plustard dans la journée, Condoleezza Rice allait s'entretenir avec le ministre desAffaires étrangères syrien Walid Mouallem. Une première aussi. La rencontre,qui a duré une heure et demie, représentait la première rencontre entre deuxofficiels de ce rang depuis plusieurs années. Les Etats-Unis et la Syrien'entretiennent en effet plus de relations diplomatiques depuis l'assassinat del'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Les discussions auraientprincipalement porté sur la question de la surveillance des frontières de laSyrie avec l'Irak par lesquelles s'infiltrent la majorité des candidats audjihad irakien. Les Syriens auraient fait part d'un nouveau renforcement desmesures sécuritaires pour surveiller les combattants potentiels débarquant surleur sol. Derrière cette première réunionde contact entre deux pays entretenant des relations très tendues, d'aucuns ontvu une possible ouverture vers la voie d'une normalisation qui impliquerait lerèglement des différends israélo-syriens. Normalisation qui risquerait d'isolerencore un peu plus Téhéran, dont le régime syrien de Bachar El-Assad constituele seul véritable allié dans la région. Vendredi pourtant, une réunionentre experts iraniens et américains s'est tenue en marge de la conférence deCharm El-Cheikh. Des diplomates de rang d'ambassadeur auraient ainsi échangéleurs vues sur la question d'une sortie de crise sur le conflit irakien. Même si en l'occurrence, ceséchanges ne devraient pas déboucher dans l'immédiat sur des solutionsconcrètes, il n'en reste pas moins qu'il s'agit peut-être d'un premier pas dansla voie d'une reconfiguration des relations irano-américaines. Ce d'autant plusque lors d'une conférence de presse, Condoleezza Rice a affirmé être disposée àun « tête-à-tête » avec son homologue iranien si Téhéran suspendait sonprogramme nucléaire. Certes, ce discours ne change pas en soi les positionsaméricaines mais force est de constater que le ton des propos américains seveut beaucoup plus conciliant à l'égard de l'Iran, pour qui néanmoins touterencontre de ce niveau ne saurait être soumise à une demande assimilée commeune atteinte à sa souveraineté nationale et à son droit à la maîtrise del'énergie nucléaire. Ce nouveau pas du côté américainen direction de l'Iran n'aura pas pour autant mis les revendications iraniennesen sourdine. Dans une allocution à huis clos assez musclée, le chef de ladiplomatie iranienne s'en est pris aux Etats-Unis qu'il a accusés indirectementd'attiser les violences intercommunautaires et réclame toujours la libérationdes 5 diplomates iraniens enlevés au nord de l'Irak par des forces de sécuritédépendantes des troupes d'occupation américaines. Pour ce qui concerne l'Irak plusspécifiquement, l'adoption du fameux plan de relance économique soutenu par lePremier ministre Nour Al-Maliki, beaucoup de questions restent en suspens. Lesdons attendus restent bien en deçà de ce qui était attendu. A quoi pourraitservir d'ailleurs un plan de relance économique alors que sur le terrain, leconflit fait rage et que le processus de réconciliation avancé par le « contratinternational sur l'Irak » s'adresse aux chefs communautaires officiels sansintégrer les mouvements de la résistance armée ? Dans leur communiqué final, lesEtats participant à la conférence de Charm El-Cheikh ont lancé un appel autransfert rapide de souveraineté en direction des autorités et forcesirakiennes. Le communiqué affirme l'obligation pour tous les Etats de luttercontre le terrorisme, tout en rappelant le principe de non-ingérence à l'égarddu conflit irakien.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Correspondant Au Caire: Hichème Lehmici
Source : www.lequotidien-oran.com