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La classe politique orpheline du leader



La classe politique orpheline du leader
Le fondateur du FFS, bien que ses prises de position souvent «atypiques» n'étaient pas partagées par tous les bords, a toujours suscité des débats houleux au sein de la classe politique.Il y a une année, le 23 décembre 2015, est décédé le dernier fils de la Toussaint à Lausanne: Hocine Ait Ahmed. Ce jour-là, l'Algérie a perdu en lui un symbole de la résistance anticoloniale, un révolutionnaire, un diplomate et un grand militant. En effet, présent à tous les rendez-vous que l'Algérie a eus avec l'Histoire, son rôle a été indéniable dans l'émergence du Mouvement national, la mise en marche de la révolution algérienne, mais aussi dans l'émergence du combat pour la démocratie et les droits de l'homme. Ce parcours qui se confond avec le destin de l'Algérie fait que Hocine Ait Ahmed n'est pas une perte seulement pour ses proches et pour sa famille politique. Il l'est aussi pour la classe politique algérienne puisque, jusqu'à son dernier souffle, il n'a pas cessé de militer et a fait même de sa mort un acte militant en refusant des obsèques officielles pour reposer dans son village natal à Ait Yahia. Né le 20 août 1926 à Aïn El-Hamam, en Grande Kabylie, Hocine Ait-Ahmed a intégré le PPA à l'âge de 16 ans pour devenir, deux ans plus tard, membre du Comité central de ce parti et dirigeant de l'Organisation secrète qui devait préparer le terrain pour la lutte armée. En tant que tel, il supervise l'installation de plusieurs cellules de l'OS dans les régions Centre du pays. En 1949, il opère le braquage de la poste d'Oran dans le cadre de la collecte de fonds pour financer la lutte armée. Après la crise antiberbériste de 1949, il est écarté par Messali et ses amis pour être remplacé par Ben Bella. Recherché suite au démantèlement des réseaux de l'OS, il entre en clandestinité avant de s'exiler, au Caire, en 1952. A partir de là, commence pour lui une carrière de diplomate au service de la révolution algérienne. Ainsi, de la capitale égyptienne à New York, en passant par Bandung, Ait Ahmed a battu, a crié sur tous les toits, tapé à toutes les portes et a élevé la voix dans les plus grands sommets pour plaider la cause indépendantiste algérienne. Toutefois, ce travail de diplomate a été brutalement stoppé par son arrestation, en compagnie de Lachref, Boudiaf, Ben Bella et Khider lors du détournement d'un avion de la compagnie Air Atlas, qui les transportait de Rabat à Tunis, le 22 octobre 1956. Après sa libération suite au cessez-le feu en 1962, il n'a pas hésité à condamner le coup de force perpétré par l'état-major de l'ALN contre le GPRA. Dans ce sillage, il démissionne du FLN, entre en rébellion contre Ben Bella et l'armée des frontières et met en garde contre «la fascisation du nouveau pouvoir». Il est arrêté. En 1966, avec la complicité d'un geôlier, il s'évade de la prison d'El Harrach et part en exil. Mais ses actions étaient sans grande portée compte tenu du climat de congélation qui régnait dans l'Algérie de Boumediene. Il rentre au pays en 1989, dans le sillage de l'ouverture politique post-88. «Il faut rendre l'Etat à la nation», «L'armée dans les casernes, «Ni Etat policier ni Etat intégriste», étaient les mots d'ordre de sa démarche politique. Sa démarche réconciliatrice lui a valu des torrents de reproches. Mais, les guerres finissant toujours autour d'une table, Ait Ahmed aura inscrit sa démarche dans le sens de l'Histoire même si, politiquement, il n'en a tiré aucun profit. Son retrait avec les cinq autres candidats de la présidentielle de 1999, son boycott de toutes les autres qui allaient suivre, ses mises en garde, ses déclarations politiques, notamment à l'occasion de la tenue des réunions du conseil national du FFS, ont été, durant ces deux dernières décennies, autant de motifs de mise en branle de la scène politique nationale, pouvoir et opposition, mais aussi des occasions de relancer le débat sur les questions inhérentes à la démocratie, aux droits de l'homme, à la légitimité, à la mémoire, etc. Aujourd'hui, une année après sa mort, son parti se déchirant dans une guerre intestine sans nul doute due à l'absence de leadership et à l'inconsistance programmatique de sa démarche, Ait Ahmed manque non seulement au FFS, mais aussi à la classe politique nationale qui, depuis la mort de certains leaders et le retrait de certains autres du même acabit, crapahute dans une espèce de médiocrité difficile à surmonter.
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