
En 1956 déjà , avant que la question du Sahara ne devienne un enjeu dans les négociations entre le FLN et la France coloniale, les limiers de la CIA pensaient que la partition de l'Algérie entre arabophones et berbérophones n'était pas économiquement viable.Lyas Hallas - Alger (Le Soir) - La CIA, Agence centrale américaine de renseignement, qui limitait l'accès à ses documents déclassifiés en 1995 par Bill Clinton à une consultation sur place dans une salle de lecture dotée de quatre ordinateurs, a mis cette semaine 12 millions de documents déclassifiés en ligne, couvrant 50 ans d'histoire, celle de la guerre froide. Près de 9 000 documents concernent, d'une manière ou d'une autre, l'Algérie où les espions américains s'intéressaient à tous les aspects de la vie politique ainsi que des activités militaires et diplomatiques.En effet, cela va des photos satellitaires de chantiers militaires comme les aérodromes ou les plateformes de lancement de missiles de défense antiaérienne, aux adresses des centres d'écoute, en passant par l'analyse des intentions des responsables politiques ou encore la documentation de faits illustrant le double langage de la diplomatie algérienne et son activisme à l'encontre des intérêts américains.Ainsi, le transit des armes libyennes par le port de Mers-El-Kebir (Oran) pour arriver au Polisario ou le soutien en sous-main de Kadhafi dans son conflit avec le Tchad contrairement à une position officielle plutôt proche de celle de la France qui appuyait Hissène Habré, inquiétaient la CIA. Tout comme le soutien indéfectible aux Palestiniens considéré avec plus d'hostilité au vu de la position américaine pro-israélienne dans ce conflit, ou les pressions que l'Algérie exerce sur les pays arabes pour utiliser le pétrole comme arme contre les Etats-Unis dans l'objectif de faire infléchir cette position.Dans ce contexte, il convient de souligner l'opportunité du document classé «confidentiel» et intitulé «Faisabilité géographique de la partition de l'Algérie». Un document datant de juin 1956, au moment où la France coloniale rameutait ses réseaux afin d'engager des pourparlers secrets avec le FLN. Dans son livre L'Algérie à Evian : histoire des négociations secrètes 1956-1962, Rédha Malek a situé ce moment historique en mars 1956 : «A son retour d'un voyage à New Delhi et à Karachi, M. Christian Pineau, ministre des Affaires étrangères, s'arrête au Caire où il a, le 5 mars 1956, des conversations avec le Président Nasser. Tenant – à tort !– celui-ci pour l'homme clé de l'affaire algérienne, il lui propose l'ouverture de pourparlers secrets avec le FLN.» Mais en 1956 déjà – c'était aussi l'année de la découverte du pétrole à Hassi Messaoud –, avant que la question du Sahara ne devienne un enjeu dans les négociations entre le FLN et la France coloniale, les limiers de la CIA pensaient que la partition de l'Algérie entre arabophones et berbérophones n'était pas économiquement viable. Pas plus qu'une partition entre les pieds-noirs concentrés dans les centres urbains et les Algériens d'origine qui se concentraient dans les campagnes. «Il n'y a pas de base solide pour la partition de l'Algérie entre Français et indigènes. Et même si une partition entre indigènes, berbérophones et arabophones est possible, il n'en résulterait aucun bloc économiquement viable», ont conclu les rédacteurs du rapport. Et d'expliquer : «L'Algérie est un pays agricole où l'accroissement démographique va plus vite que la croissance des revenus agricoles. La concentration des Français dans les villes et la redistribution de leurs terres après expropriation aux indigènes, déboucheraient sur un résultat improbable. La prise de contrôle du système agricole par les indigènes creuserait l'écart entre l'accroissement de la population et la croissance de ses revenus agricoles. D'autant que les Français affaiblis dans les villes en perdraient le contrôle des sources d'approvisionnement en eau. Si cette option est politiquement avantageuse, elle pèche par son irrationalité économique et démographique.»Outre la guerre d'Algérie et l'activisme diplomatique de l'Algérie indépendante et sa volonté de se doter de moyens de défense, la CIA focalise aussi sur sa vie politique interne. Comme c'était le cas lors des évènements du 5 Octobre 1988. En somme, les analystes de l'agence américaine avaient conclu le 17 octobre 1988 que «les réformes politiques proposées par le Président Chadli Bendjedid étaient une manœuvre qui présentait un risque stratégique de neutralisation de ses adversaires d'autant que le pays ne disposait pas des ressources nécessaires pour satisfaire les revendications de la population (des emplois et des aliments)». Ils ont ajouté que «ses réformes économiques risquaient de ne pas aller plus loin qu'une première période d'essai et les violences allaient s'accentuer (”?) que les islamistes, faiblement structurés, profitaient de la situation pour faire pression sur le gouvernement et revendiquer un retour aux traditions islamiques (”?) que la collusion entre les socialistes radicaux et certains hauts gradés de l'armée qui craignaient de perdre leurs privilèges pouvait constituer un véritable frein à son programme de réforme». Et de conclure : «Beaucoup considéraient le discours de Chadli du 19 septembre, où il admettait la gravité de la crise économique, comme une invitation aux manifestations. Et son hésitation à réprimer les manifestations leur a donné une tournure violente.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : L H
Source : www.lesoirdalgerie.com