La révolution mentale et spirituelle Nous poursuivons aujourd?hui la réflexion sur les notions de djihad et de guerre sainte sans vouloir nous arc-bouter sur des considérations étymologiques, notre réserve protestataire, formulée précédemment, ne relève en aucun cas d?une attitude prudente quant à la réprobation de la notion même du djihad, dans son acception guerrière et combattante offensive, mais elle tient scrupuleusement à cerner son fondement scripturaire avant que sa compréhension ne fût dévoyée. Toujours est-il que sur le plan sémantique, le djihad est un mot de la langue arabe, étymologiquement construit sur la racine triconsonantique J. H. D. Il signifie, dans son acception la plus neutre : « consentir un effort vers un but déterminé ». La traduction abusive qui établit une équivalence isomorphe entre djihad et guerre sainte est donc on ne peut plus erronée. Nulle part, il n?est spécifié dans le Coran que la guerre soit sainte. Quiconque le compulsera avec sérieux, sera bien en peine d?y trouver la moindre allusion, même elliptique, à une quelconque sanctification de la guerre. Pour bien comprendre le glissement sémantique, il est nécessaire de recourir aux termes arabes de la langue véhiculaire des préceptes coraniques : s?il s?agissait d?une guerre sainte on aurait littéralement, et dans la stricte synonymie, al harb al muqaddassa. Affirmer tout cela n?a pas pour objet de faire l?impasse sur l?épineux dossier de la violence canonisée. Tant et si bien qu?il devient difficile d?aller à contre-courant de l?idée de cette pseudo guerre sainte islamique qui gagne les esprits. Mais si nous acceptons cette logique et le vocabulaire qui la sous-tend, nous devons réaliser que c?est très exactement ce que recherchent les fanatiques extrémistes. Ils ne pourront que s?en réjouir, alors que la multitude d?hommes et de femmes qui professent la foi islamique à travers le monde réprouvent et condamnent la violence qui s?abat au nom de Dieu et ne se reconnaissent nullement dans l?idéologie fascisante portée actuellement par le djihad. Ils en sont les premières victimes, doublement victimes. Ils sont directement atteints dans leur chair et dans leur c?ur, par les attentats meurtriers et abjects, comme ils sont indistinctement stigmatisés avec cette incompréhension due à la guerre sainte. En réalité, le vocable djihad est un mot piégé. S?en sortir recommande une aptitude intellectuelle qui puisse le circonscrire. Il faut savoir épuiser sa capacité de nuisance avant d?en revenir pour ceux qui le souhaitent, à un état d?esprit propice à cette notion dégagée de sa connotation guerrière. Il y a lieu d?exiger des oulémas contemporains de rendre caduques les incidences sociales et politiques qui résultent d?une lecture calcifiée et figée dans l?histoire. Ce serait là une manière de neutraliser les velléités bellicistes des passages coraniques de facture martiale. Ceux-ci ne sont pas à dissimuler, en procédant par un choix sélectif en les taisant pour ne garder que ceux qui enjoignent à l?amour, à la paix. Un jour ils réapparaîtront extraits de leur contexte, tels des mots d?ordre mobilisateur. Encore une fois, c?est beaucoup plus qu?un effort d?interprétation et d?adaptation dont il s?agit, c?est une révolution mentale et spirituelle que les oulémas sont appelés à opérer. Une fois la société sécularisée est sécurisée, tout recours à la violence dicté par des motifs religieux sera proscrit. La mission des oulémas dans ce siècle est de justifier l?entrée des musulmans enfin dans le « siècle » en y découplant l?anthropologique d?avec le théologique. C?est le préalable à toute entreprise de modernité. (*) Président de la Conférence mondiale des religions pour la paix
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghaleb Bencheikh
Source : www.elwatan.com