
La carte que vous présentez est une représentation détaillée de la baie d’Oran datant du XVIIIᵉ siècle. Son titre, inscrit dans un cartouche décoratif en néerlandais, indique :
« De Bay van Oran, gelegen in de Middelandsche Zee aan de kust van Barbarijen »
(La baie d’Oran, située dans la mer Méditerranée sur la côte de Barbarie)
Elle est attribuée aux héritiers de Johannes van Keulen vers 1725.
Cette carte provient de l’atelier de la famille Johannes van Keulen, célèbre dynastie d’éditeurs et cartographes maritimes d’Amsterdam aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
Après la mort de Johannes van Keulen en 1715, ses fils — notamment Gerard van Keulen — poursuivent la publication d’atlas nautiques destinés aux marins européens. Ces cartes étaient intégrées au célèbre atlas maritime néerlandais :
De Nieuwe Groote Lichtende Zee-Fakkel (Le Nouveau Grand Flambeau de la Mer)
Les Provinces-Unies dominaient alors la cartographie maritime européenne. Même si la Hollande n’exerçait aucun contrôle direct sur Oran, ses navires commerçaient largement en Méditerranée, justifiant la précision de ces relevés.
À l’époque de cette carte, Oran était sous domination espagnole.
La ville est occupée par l’Espagne depuis 1509.
Elle est reprise par les Ottomans en 1708.
L’Espagne la reconquiert en 1732.
La carte se situe donc probablement dans la période ottomane (1708–1732), ce qui explique certaines mentions relatives aux « Turcs » visibles sur le document.
La baie d’Oran est représentée en forme de large croissant naturel, entouré de reliefs escarpés.
On distingue :
Les falaises abruptes du Murdjadjo
Les hauteurs dominant la ville
Les zones d’ancrage avec indication de profondeur (en brasses)
Les lignes rayonnantes sont des lignes de rhumb, utilisées pour la navigation à la boussole.
Plusieurs éléments militaires sont clairement dessinés :
Fort Saint-Cruz (indiqué comme « ’t Fort St. Cruz »)
Un fort intermédiaire sur les hauteurs
Les fortifications protégeant le port
Le Fort Santa Cruz domine la baie depuis le mont Murdjadjo. Construit par les Espagnols au XVIᵉ siècle, il constitue l’élément stratégique majeur du site.
La ville d’Oran (« De Stad Oran ») est représentée avec ses remparts et son tissu urbain compact.
La carte fournit des informations essentielles aux marins :
Profondeurs marines
Zones rocheuses
Fonds sablonneux
Zones d’ancrage sûres
Orientation des vents
On remarque également une rose des vents décorée en bas à droite et en bas à gauche.
La baie d’Oran était un point stratégique majeur en Méditerranée occidentale :
Position intermédiaire entre l’Espagne et Alger
Base militaire clé pour les Espagnols
Port actif dans le commerce méditerranéen
Zone surveillée en raison de la course barbaresque
Les Européens appelaient alors la côte nord-africaine la « côte de Barbarie ».
Cette carte est typique des productions néerlandaises :
Cartouche décoratif végétal
Reliefs peints en aquarelle
Bâtiments coloriés en rouge
Grande précision topographique
Ce n’est pas une simple carte géographique, mais une carte-portulan, destinée à la navigation maritime.
Ce type de document est aujourd’hui conservé dans de grandes bibliothèques européennes, notamment :
Bibliothèque nationale des Pays-Bas
Bibliothèque nationale de France
Collections universitaires (comme mentionné sur votre exemplaire : Hebrew University of Jerusalem & Jewish National & University Library)
Ces cartes sont précieuses car elles offrent :
Une représentation d’Oran avant la période coloniale française
Un témoignage sur les fortifications espagnoles et ottomanes
Une vision européenne de la côte algérienne au XVIIIᵉ siècle
Cette carte de la baie d’Oran vers 1725 illustre :
La maîtrise néerlandaise de la cartographie maritime
L’importance stratégique d’Oran en Méditerranée
La complexité géopolitique entre Espagne et Empire ottoman
La richesse patrimoniale du littoral algérien
Elle constitue un document exceptionnel pour comprendre l’histoire maritime d’Oran bien avant la conquête française de 1831.
Posté par : patrimoinealgerie