Oran

L'itinéraire flamboyant d'un personnage lumineux



L'itinéraire flamboyant d'un personnage lumineux
Cette année, le ton est aux biopics qui sortent de l'ordinaire, pour ce Ramadhan, la sacralité du mois ne transige pas avec la sacralité des poncifs du type caméras cachées ultimes et feuilletons à l'eau de rose instillés lors des vingt premiers jours du Ramadhan pour se distiller dans l'inconscient collectif aux reflexes involontaires.La star de l'écran est Salah Aougrout en roi de pacotille avec son pendant contemporain Hassan Kechache en J.R amateur. Mais il est intéressant de voir en Ben-Badis (1889-1940) de Amar Mohsen, un antidote aux clichés les plus récurrents. En effet, il tranche avec le film de Basil Al Khatib qui a effleuré le sujet sur plus de deux heures pour donner un maximum d'images du grand savant réformateur algérien même si le scénario du feuilleton est signé, comme pour le film, par Rabah Drif sur un texte original de Z'hor Ounissi qui est native de l'antique Cirta. Notons que le feuilleton est une production EPTV et une production exécutive d'Alpha Design avec des rythmes de passage quotidien, en deuxième partie de soirée post-tarawih, sur Algérie3 et sur la chaine télévisée Coran. La relecture du scénario et les conseils techniques et historiques ont été confiés à l'historien Mourad Ouzenadji et à une équipe spécialisée comme Djaber Djelmani Hani, Malek Haddad...le film ancré sur trente épisodes de 40 minutes chacun décline doucement et dans un luxe de détails le parcours lumineux de ce savant musulman réformiste qui a été une locomotive de savoir et de connaissance non seulement en tant qu'imam mais aussi en tant que chef de journal qui a instillé par son savoir la notion d'opposition et de lutte frontale contre un colonialisme violent qui a essayé d'annihiler la personnalité algérienne dans tous ses fondements. Ben-Badis se pare d'une sérénité de filmage et de modération, le personnage tout en modération laisse son aura de personnage humain, intégré aujourd'hui par le biopic qui monte en crescendo, dès l'âge de huit ans, pour aller jusqu'à la fin de son parcours dans une esthétique qui édulcore le parcours chaotique de sa vie maritale sacrifiée à jamais au nom d'un idéal révolutionnaire et nationaliste qui avait pris les armes de la connaissance, du verbe, de l'écrit et de la transmission du savoir comme parade et symbole de lutte dont Ben-Badis a fait les frais malgré le départ de sa femme, héroïque aussi dans son genre, et d'un fils disparu trop tôt dans une mauvaise aventure équestre. Le savant a été ainsi confronté a mille et une entrave, empêché d'exercer, victime de trahisons, de tentatives d'assassinats, de luttes intestines, de pressions multiples sans jamais lâcher prise et abandonner son idéal de transmission à un peuple sensibilisé par ses soins et par la célèbre « Jamiaat el oulama el djazaïrin ». De plus, outre que ce travail filmique glisse un peu sur le caractère évident d'ouverture du savant sur le côté amazigh de l'Algérie, de son abnégation pour la culture et le sport, son apport vital à la grande équipe du Moc a été souvent déterminant, et de ses encouragements à la mixité, pour l'égalité des chances aux filles d'intégrer le savoir, son goût pour le théâtre ou l'on connait des générations de jeunes filles et de jeunes garçons qui l'ont pratiqué dans le cadre de la grande association. Ben Badis ne s'est jamais limité à un simple enseignement du fait religieux, mais il avait créé une immense medersa où la science, la jurisprudence, l'algèbre ou les langues ont été le fondement de sa lumière partagée. Il consacrera sa vie à tous les idéaux, en diffusant sa lumière, en écrivant des textes pamphlétaires, des poésies, créant des journaux, se liant à plusieurs autres savants réformistes pour l'éternité, pour ensuite s'éteindre d'une longue maladie qui ne fera au final que l'inscrire dans le cénacle des hommes justes qui, dans les années 1920-1930, ont édifié les bases de cette Algérie décomplexée, fière de ses langues, éprise de sa liberté et riche de ses personnalités multiples et de sa culture flamboyante qui traduit une grande connaissance universitaire, et une immense culture du monde qui l'entoure. Ce feuilleton a réuni pour cela un casting mémorable à travers Chafia Boudraâ, Tin-Hinan, Antar Hellal, Madani Naâmoun, Djamel Dekkar, Ahmed Riadh, Mohamed Islam Abbas, Mourad Chaâbane, Ali Allaoua, Djamel Aouane, Ouahid Achour, Mohamed Cherif Bouaker qui incarne Ben Badis avec plusieurs comédiens étrangers et de nouveaux visages du cinéma algérien. Ce feuilleton de grande qualité restera une référence admise qui complète le film puisque des détails ont rajouté une note documentaire en plus qui reste fondamentale dans la compréhension de cet immense personnage. Un bon point à Amar Mohsen qui, dans son parcours, engage sa signature dans plusieurs ?uvres de qualité.
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