Les ossements de 24 résistants de la révolte des Zaâtcha seront enterrés, ce 5 juillet, au carré des martyrs du cimetière El-Alia.Des dizaines de citoyens ont attendu patiemment, dans une file de plusieurs mètres, de pouvoir rendre un dernier hommage aux 24 résistants au colonialisme dont les crânes ont été rapatriés de France, la veille.
Devant les cercueils, posés sur des tréteaux et enveloppés de l'emblème national dans le grand hall du Palais de la culture Moufdi-Zakaria, des hommes et des femmes, d'âges différents, parfois accompagnés d'enfants, ont lu la Fatiha, pris quelques photos-souvenirs, puis ont cédé la place à un autre groupe d'anonymes, parfois intercalés par une délégation d'officiels.
Le cérémonial du recueillement a duré toute la journée, dans une ambiance feutrée, connotée par l'ambivalence de l'événement : un mélange de sentiment funèbre et d'esprit révolutionnaire. Le silence pudique des visiteurs, à peine rompu par intermittence par des chuchotements, est couvert par les versets coraniques, diffusés à l'aide de haut-parleurs, et des youyous poussés quelquefois par des femmes happées par l'émotion.
"C'est une journée historique qui marque le retour de nos révolutionnaires après avoir dormi pendant plus de 170 ans dans un lieu inacceptable", relève Noureddine Bahbouh, ancien ministre de l'Agriculture. Il a été rejoint par Tahar Benbaïbèche, ancien secrétaire général du RND, et d'Ali Benflis, ancien chef de gouvernement et candidat malheureux à la présidentielle du 12 décembre 2019. Les deux hommes n'ont pas souhaité s'exprimer devant la presse.
Les crânes des résistants algériens ont été conservés au Musée d'histoire naturelle de Paris, depuis 1849, pour certains. Hormis ce détail de l'histoire, peu d'Algériens, venus en masse hier s'incliner à leur mémoire, connaissaient le parcours de ces martyrs et les circonstances de leur exécution.
"Ce sont des Algériens qui se sont battus pour la liberté de ce pays. Je suis content qu'ils soient enfin enterrés sur leur terre natale", nous dit un quadragénaire, au moment où il quittait les lieux. Il était, néanmoins, incapable de nous citer les noms des révolutionnaires de la première heure, dont les restes mortuaires reposaient dans des sarcophages en bois massif à quelques mètres.
Ces derniers n'étaient, certes, pas identifiables visuellement pour le commun des citoyens. Les organisateurs n'ont pas placé de portraits ou de pancartes indiquant les patronymes des chouhada, héros du jour, encore moins une transcription des faits historiques qui remontent au mois de novembre 1849. À cette date, un hameau, situé au sud de Constantine, a été attaqué par les soldats français.
Ses habitants furent massacrés, à l'exception des leaders décapités quelques jours plus tard. Leurs têtes furent exposées au bout de piquets, sur la place publique, avant d'être emmenées en France et conservées dans un musée parisien, pendant presque deux siècles. Selon un officier du MDN, auquel nous avons posé la question, sur chaque cercueil est inscrit le nom du martyr.
Ceux qui contiennent les crânes de Cheikh Bouziane, chef de la révolte de l'oasis des Zaâtcha, de Chérif Boubaghla, ainsi que d'Aïssa Al-Hamadi et de Si Moussa, leurs compagnons de lutte, sont au premier rang. Les vingt autres victimes, dont quelques-unes ne sont pas encore formellement identifiées par le comité scientifique, forment de nombreuses lignes en arrière-plan.
Les ossements des 24 résistants de la révolte des Zaâtcha seront mis sous terre, ce 5 Juillet, date anniversaire de l'indépendance, au carré des martyrs du cimetière El-Alia. C'est l'aboutissement d'une longue procédure pour le règlement d'un dossier du contentieux mémorial entre l'Algérie et la France.
Souhila HAMMADI
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Souhila HAMMADI
Source : www.liberte-algerie.com